mardi 17 septembre 2013

L'économie circulaire


« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »
Lavoisier
L’une des questions centrales abordées dans mon roman Siècle bleu concerne la façon dont les sociétés humaines doivent s’organiser pour s’adapter à un monde aux ressources finies. Lorsque je me lancerai dans la rédaction du troisième tome (je suis encore en pleine phase de lecture/documentation), cette question devrait être centrale. Aujourd’hui, nous allons parler d’un concept capital : l’économie circulaire.

Notre mode de vie « moderne » : le constat d’un échec
Les systèmes vivants existent et se développent sur Terre depuis des milliards d’années. Malgré cette activité débordante, dans le monde vivant, il n’y a pas de décharges : les déchets d’une espèce forment la nourriture d’une autre. L’énergie initiale est fournie par le soleil, les choses poussent, puis meurent et leurs nutriments retournent à la Terre de façon saine. La nature et la vie ont réussi à atteindre ce que nous recherchons : la prospérité et l’harmonie (pas toujours si pacifique !) dans un monde fini.
Au lieu de ce fonctionnement en cycle, l’humanité a bifurqué depuis quelques siècles vers un modèle linéaire «extraire-fabriquer-consommer-jeter» qui ne fonctionne pas. Avec une population toujours plus nombreuse et à l’empreinte croissante, ce concept atteint aujourd’hui ses limites, il pollue la nature, les décharges sont pleines, on gaspille et épuise les ressources naturelles, ce qui augmente les coûts et détruit des emplois. Là où la nature a réussi à atteindre la prospérité et l’harmonie (pas toujours si pacifique !) dans un monde fini, nous avons échoué et nous nous dirigeons vers l’austérité et le chaos.
Ce modèle de production et de consommation n’est donc pas durable. Il faut bifurquer vers un autre modèle, et là encore nous pouvons nous inspirer de la nature (voir mon poste sur le biomimétisme). L’économie circulaire, concept assez récent, peut révolutionner la façon dont nous concevons et consommons les produits, et surtout les réutilisons en fin de vie.

C’est quoi l’économie circulaire ?
L’économie circulaire tâche de répondre à une question que la nature connaît bien : comment faire de nos déchets une matière première, c’est-à-dire des ressources et des richesses, plutôt qu’un fardeau ?
Pour cela, il faut inventer un nouveau modèle économique qui, plutôt que de continuer à diriger les matières premières vers les décharges ou les incinérateurs, encourage les producteurs à les réutiliser encore et encore, pour construire leurs produits, et à faire revenir à la Terre les parties biologiques de ceux-ci.

L’enjeu est donc de passer d’une économie en cycle ouvert à une économie en cycle fermé, une économie régénérative, une économie circulaire.

La différence avec le recyclage
Pour beaucoup, ce concept peut ne paraître neuf et rappelle étrangement le recyclage bien connu. Pourtant il y a une différence notoire et l’économie circulaire cherche à aller beaucoup plus loin. Contrairement au recyclage qui cherche à valoriser des déchets de produits non conçus pour être recyclés et qui ne reviennent pas forcément au producteur d’origine, ici il s’agit de concevoir des filières « arrière » permettant à un produit de revenir à son fabriquant d’origine ou à un partenaire qui en a besoin (notion d’écosystème industriel) pour être désassemblé et réhabilité.

La REP et les éco-organismes


La notion de « responsabilité élargie du producteur » (REP) introduite dans les directives européennes et la loi française sont une réponse à ce défi, de retour et traitement sélectif. Pour y parvenir, dans les produits de grande consommation, les entreprises d’un même secteur ont fait parfois le choix de s’associer en  éco-organisme comme le COREPILE (8100 tonnes de piles et accumulateurs collectées en 2012) ou RÉCYLUM (21 000 points de collecte et 20 000 tonnes de lampes récupérées en 6 ans).

Le rêve d’une économie des chaînes inverse
Aujourd’hui il existe des points de collecte pour les piles, les lampes, les vieux médicaments, les capsules de bouteille, les habits usés… La constitution des filières inverses pose un vrai problème économique si elle n’est pas massifiée. En effet, si chaque producteur doit créer des points de collecte, gérer la logististique pour les ramener jusqu’à ces usines, économiquement ce ne sera pas rentable pour tous et le consommateur n’y comprendra plus rien (déjà aujourd’hui on ne sait pas toujours où ramener les choses).
Je me demande donc économiquement s’il ne serait pas intéressant de créer un réseau mutualisé de boutiques dont le seul objectif serait de récolter/trier ce que les gens ramènent.  C’est une idée « business » qui me trotte dans la tête depuis longtemps. Si on rêve un peu, ces boutiques pourraient à terme devenir à terme l’équivalent des supermarchés mais à la fonction exactement inverse, les supermarchés pourraient d’ailleurs abriter (ou opérer ?) une partie de ces réseaux de boutiques.
Pour que cela marche, il faudrait que les consommateurs aient un intérêt immédiat à ramener les produits, en aidant rémunéré (système de consigne) ou en obtenant des bons d’achat (mais il faudra alors veiller à ce que l’effet rebond de consommation soit moins néfaste que le retour des produits). Cela fera l’objet d’un autre article.
Enfin, on pourrait mutualiser les sites de déconstruction ou remise en état, il y a un pan entier de l’économie ici qui pourrait être créé, très créateur d’emploi et d’espoir.

Impact sur la conception
Une fois la filière « arrière » permettant de ramener l’objet au producteur en place, ce n’est pas terminé. La plupart des biens de consommation n’ont pas été conçus pour être récupéré et le fabricant (qui comme le consommateur a été complètement déresponsabilisé depuis l’explosion de la société de consommation) devra certainement revoir tout son processus de conception/fabrication pour  que les objets soient plus faciles à désassembler, remanufacturés puis redistribués. Cela nécessitera dans la plupart des cas des efforts de recherche et développement très importants (nous le verrons dans un prochain post consacré au fabricant américain de moquettes Interface), mais qui devraient galvaniser la créativité humaine et aussi permettre de relocaliser des emplois (en effet il sera plus simple d’avoir les entreprises en charge de la réhabilitation proches des points de consommation).  

Changer les habitudes et le rapport aux consommateurs
Pour que l’économie circulaire fonctionne, il faut repenser la notion de « ventes » et il faut voir le consommateur comme un utilisateur (d’ailleurs une grande partie du problème actuel vient de ce mot « consommateur » qui donne l’impression que nous sommes des « trous noirs » qui aspirent la matière). Une façon d’y arriver est de ne plus vendre les produits mais de les louer. Michelin le fait déjà pour les pneus de poids lourds ou KPN pour ses téléphones. Je vous donnerai aussi dans un projet post l’exemple d’Interfaces, un fabricant de moquettes américain qui depuis 20 ans est le principal innovateur de l’économie circulaire. Le passage de la vente à la location change tout car le producteur a la responsabilité du produit en fin de vie. Donc il a un intérêt à ce que le produit soit réellement recyclable et dure le plus longtemps possible, marquant la fin de l’obsolescence programmée, sujet sur lequel je vous recommande ardemment le reportage d’Arte.


Le consommateur peut y gagner, à condition que le coût de la location soit dans la durée moins cher que le coût de l’achat. Toute la tendance actuelle autour de l’économie du partage (covoiturage, couch surfing, partage d’outils ou d’objets domestiques) va également dans ce sens.
Pour les producteurs, l’économie circulaire a aussi potentiellement beaucoup d’intérêt, à condition qu’ils en jouent le jeu. S’ils conçoivent des produits qui se prêtent bien à la réhabilitation, ils limiteront leurs dépenses liées aux matières premières et au traitement des déchets. De plus, dans un monde où les matières premières vont venir à manquer, cela améliorera leur sécurité d’approvisionnement et réduira la volatilité des prix des entrants. La Chine, l’un des Etats les plus conscients de l’importance des ressources (même si elle consomme beaucoup), en a fait l’une des pierres angulaires de sa stratégie.
L'adoption de modèles circulaires pourrait générer une économie nette mondiale par an de matières premières de 700 milliards de dollars pour le secteur des biens de consommation, selon un rapport publié fin janvier par la Fondation Ellen MacArthur, ex-navigatrice et ardente avocate de cette nouvelle économie. 

Les références

Il y a de nombreuses références sur l’économie circulaire.

  • Si vous le souhaitez, tout d'abord vous pouvez aussi écouter ma chronique du 7 juin 2013 sur France Inter consacrée à ce sujet dans l’émission de Frédéric Lopez « On va tous y passer ». J’interviens à 31’55 pendant environ 10 minutes.



  • Natural Capitalism : ce livre publié par Amory Lovins, Paul Hawken et L. Hunter Lovins du Rocky Mountain Institute est la bible sur ce sujet, je l'ai  découvert en 1999. Tous les chapitres du livre sont disponibles gratuitement en ligne :
  • L'objectif de la Fondation Ellen Mc Arthur créée en 2010 est précisément de faciliter la transition vers une économie circulaire. Les deux rapports sur le thème "Towards the circular economy" rédigés avec McKinsey sont excellents. Tout le site est extrêmement instructif.
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mercredi 11 septembre 2013

"En bande organisée" de Flore Vasseur


En 2010, Flore Vasseur avait signé un roman remarquable sur la folie des marchés financiers : Comment j’ai liquidé le siècle. Sorti un peu avant le procès Kerviel, elle y imaginait une gigantesque bulle spéculative haussière démarrée et entretenue par un trader aux mains du Bilderberg Group. Au-delà de la charge impitoyable contre les dérives de la haute finance, c’était une fresque sociale d’une grande importance, qui s’interroge sur ces Frankenstein au cerveau surdéveloppé et aux valeurs atrophiées issus des meilleures écoles de ce pays (Flore Vasseur est passée par HEC) et capables de tout, comme dans un jeu, pour gagner un peu plus et impressionner leurs chefs et leurs pairs.

Flore Vasseur nous revient en cette rentrée littéraire avec En bande organisée, nouveau thriller économico-politique qui cette fois-ci traite du maquillage des comptes des pays candidats à l’adhésion à l’euro par de grands banquiers comme Goldman Sachs. L’état de déliquescence financière de l’Europe et de l’Euro serait à rechercher dans ces falsifications de très grande ampleur. Le thème peut paraître austère, mais la vulgarisation est excellente, le livre peut être lu par n’importe qui. Pour ceux qui voudraient les détails sur ces magouilles, cela consiste à refourguer des swaps de devise permettant de temporairement générer des gains de court-terme permettant de satisfaire la fameuse règle des 3% tout en empêchant de la tenir par la suite à cause du prix à payer pour ces produits dérivés. Flore Vasseur a eu la bonne idée de parsemer son roman de flash-codes pour reléguer à l’extérieur les explications les plus techniques. Elle recommande ainsi (et moi aussi) de lire cet article de ZeroHedge ou ce mémo du CFR de 2001, qui donnent un autre éclairage sur la crise grecque et la situation en Italie.
Pour ceux qui ne sont pas intéressés par ces éléments financiers, rassurez-vous est aussi un très grand roman. Il raconte l’histoire de sept anciens camarades d’HEC qui atteignent la quarantaine et occupent les plus hautes fonctions de la société. Parmi les hommes, l’un est « dircab » au Ministère de l’Economie et des Finances, l’autre est responsable de la communication de Goldman Sachs (oups pardon, Folman Pachs), le troisième intervient auprès des gouvernements quand il semble ne plus y avoir de solutions (la partie où Jérémie aide l’Islande est remarquable), le dernier a tout plaqué pour devenir hacker, aide les officines d’Etat et participe au mouvement Anonymous. Chez les femmes, une responsable d’une grande agence de communication, une journaliste et une femme au foyer. Tous ces couples qui paraissent au premier abord si glamour sont en fait au bord du naufrage. La vie de ces individus nous donne envie de vomir, non par leur opulence, mais par le vide affectif et humain qui s’en dégage.
Le style, déjà affûté dans le précédent, atteint ici une précision chirurgicale. Au niveau d’un Brett Easton Elllis.

Sébastien masque son désarroi. Pour Folman Pachs il massacre sa vie de père (il confond ses jumelles), d’homme (il ne touche plus Céline) et de fils (il n’a plus le temps d’appeler ses parents).
Elle regarde autour d’elle : sa cuisine briquée, sa baie vitrée sans traces, sa maison sans âme. Sa vie sans joie.
Payer une inconnue en mode survie pour avoir le privilège de passer sa journée loin de ses enfants et rentrer le soir pour leur hurler dessus : c’est donc ça l’émancipation féminine.
Ils se sont connus à vingt ans, bébés requins, sur le campus, ils étaient déjà une série de clichés mal empilés : la génération Just do it. L’enfance s’est dissoute dans l’effort puis dans l’alcool.
Ils ont des connexions partout, des liens nulle part.
Le calcul a pris le pas sur le raisonnement, le cynisme sur l’esprit critique.
Ils sortent de l’église en traînant les pieds, confus, lourds de ne savoir ce qu’ils pleurent vraiment : leur ami, leur jeunesse, leurs illusions ?

La peinture de la déchéance des personnages m’a rappelé Les Choses de Georges Pérec. La rédemption de certains d'entre eux est aussi passionnante. De nombreux passages sont admirables comme l’évocation de la cantine de Jérémie qu’il n’a rouverte depuis son déménagement de Hong Kong et grâce à laquelle il effectue un voyage dans le temps. Sa time capsule. Ou la visite de la maison de repos où Jérémie voulait « placer » son père. J’avais ressenti la même chose pour ma grand-mère, qui n’avait pas tenu deux semaines.

Ce livre contient également d’innombrables informations qui raviront le lecteur curieux ou éveillé. Par exemple, peu de gens savent que les imprimantes laser laissent un code invisible (de minuscules points jaunes) permettant d’identifier le numéro de série du périphérique… Cela n’est pas du tout de la fiction, il s’agit d’un scandale révélé en 2005 par l’EFF (Electronic Frontier Foundation) mais qui n’avait fait que peu de bruit (je comptais me servir de cette information dans l’écriture d’Ombres et Lumières). Si vous voulez vous transformer en corbeau… n’utilisez pas d’imprimante !


Si cela vous révolte, allez sur : www.seeingyellow.com
Parmi les auteurs qui se sont aventurés dans le monde de la finance, la plupart nous ont livré au mieux des caricatures ratées (j'en ai lu beaucoup). Flore Vasseur a signé elle un très grand livre qui j'espère contribuera à faire ouvrir les yeux à une classe politique affaiblie et aveugle sur les dégâts causés par la voracité.
PS : Petite remarque au correcteur : Helmut Kohl ne s’écrit pas Khol (p. 77), le siège de campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 était rue d’Enghien (p. 180) et non pas rue de l’Echiquier (j’habite rue de l’Echiquier), et enfin les prostituées ne sont pas (encore) au métro Bonne Nouvelle mais à Strasbourg Saint-Denis. 

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lundi 2 septembre 2013

Le Rêve de Bernard Madoff et l'Ombre de la Mafia



Dominique Manotti nous a gratifié d’un très beau petit livre (47 pages et 3,10 euros) paru aux éditions Allia : Le Rêve de Madoff. Comme le titre le laisse présager, ce roman est écrit à la première personne et donne la parole à Bernard Madoff, le plus grand criminel financier de l’histoire (tout du moins parmi ceux qui ont été démasqués). En quelques dizaines de pages, Madoff, embastillé, retrace ce que fut sa vie, faits réels, parfois bien connus, mais dont l’auteur nous livre une synthèse remarquable par sa fluidité et surtout exempte de tout verbiage technique, ce qui rend son récit accessible à tous.
La vie de Madoff donc. L’enfance, la soif de reconnaissance et l’argent comme moyen de l’épancher, « le mariage de son beau-père » (superbe formule dont Manotti a l’art), l’ouverture de son cabinet de courtage, l’informatisation de la finance, l’ouverture du NASDAQ, l’appartement à Manhattan, la première villa à Palm Beach, le premier yacht… Tout cela est à peu prés connu de tous ceux qui ce sont intéressés à ce scandale (lisez par exemple L’affaire Madoff d’Amir Weitmann qui est assez intéressant sur la psychologie de l’escroc).

NASDAQ et Mafia
C’est alors que l’auteur commence à nous dévoiler la face plus sombre (et moins connue) du personnage et avec elle, celle de toute la finance moderne. Tout d’abord elle suggère que Madoff et d’autres courtiers auraient utilisé le NASDAQ (dont Madoff devint par la suite président) pour blanchir l’argent de la drogue, en provenance des grandes familles de la mafia italo-américaine.
La pénétration de la finance et des bourses par l’argent sale des mafias est un fait connu des acteurs de la finance bien informés (j’en sais quelque chose…), je vous conseille par exemple la lecture de La Grande Fraude du commissaire Jean-François Gayraud, l’un des grands spécialistes de la criminalité financière que j’ai eu la chance de rencontrer l'été dernier (je l'avais aussi comme enseignant à l'IRIS). 
Curieusement il existe très peu d’informations officielles sur ce phénomène et les régulateurs se sont peu penchés dessus, soit par incompétence (les schémas sont en général complexes et internationaux, et dépassent vite les compétences des autorités – par ailleurs, pour comprendre le fonctionnement des mafias, le profil de haut fonctionnaire n’est pas toujours le plus adéquat) ou par ignorance (si on ne se donne pas la peine de les rechercher – et c’est complexe vu que le nombre de sociétés écrans intermédiaires – on ne trouve rien) ou par refoulement (la mafia, c’est comme le réchauffement climatique, la vie est plus simple quand on oublie qu’elle existe). D’autres diront que les régulateurs sont acquis aux causes de la mafia, mais je ne le crois pas, tout du moins en France.
Il y a cependant quelques évocations de la pénétration du NASDAQ dont parle Manotti, par exemple  dans l’audition sur « The Involvement of Organized Crime on Wall Street » de Richard Walker en 2000, l’un des directeurs de la US Securities and Exchange Commission (la fameuse SEC), mais les montants annoncés semblent dérisoires. L’énorme enquête menée par Business Week en 1996 est aussi intéressante, mais l’argent du crime n’a certainement pas servi qu’à manipuler le cours de petites actions (small caps) ; le phénomène est beaucoup plus vaste. Passons.

Délits d’initiés, faillite des S&L et junk bonds
Ensuite Manotti nous conduit à travers tous les scandales qui ont secoué la finance depuis les années 80. Tout d'abord, un passage dans le monde des délits d’initiés dont elle donne une splendide définition :
« Pour nous, les joueurs en Bourse, le « délit d’inité » était une infraction à un règlement qui n’existait que pour donner un temps d’avance et une prime à ceux qui avaient l’audace de le contourner ».
Vient alors le développement du marché du crédit immobilier dans les années 80 qui mena à la faillite des caisses d’épargne (savings and loan) américaines (déjà payée par les contribuables américains), mini-bulle des subprimes avant l’heure dont on n’a tiré malheureusement que peu de leçons. 
Suit le développement des junk bonds par Ivan Boesky et Michael Milken, fraude monumentale qui avait abouti à leur condamnation pour une centaine de chefs  d’inculpation, principalement des délits d’initiés (plus lucratifs encore dans le cadre de junk bonds – obligations pourries – car il est plus facile de prédire la fin d’une société moribonde quand on est informé que l’essor d’une société en bonne santé). Plaidants coupables, ils n’écopèrent que de deux ans de prison, protégeant ainsi tous leurs pairs, certains aussi véreux qu’eux. Milken qui a multiplié les actes de philanthropie est aujourd’hui un homme d’affaires respecté (à la tête de 2 milliards de dollars), mais ses réseaux directs et indirects semblent être toujours au cœur des plus grandes fraudes et délits d’initiés actuels. Le phénomène n’a fait d’ailleurs que s’amplifier.
Voir par exemple la condamnation en juillet 2013 du hedge fund SAC Capital, le champion du monde toute catégorie des délits d’initiés au XXIème siècle. Le patron, Steve Cohen, a choisi le même avocat que… Michael Milken ! 
Cela fait plus de dix ans que le site deepcature dénonce les agissements de SAC Capital et ça ne bouge que maintenant. Un peu comme Harry Markopolos qui a dénoncé la supercherie Madoff à la SEC de 2000 à 2008, avec preuves à l’appui, et qui a été totalement ignoré (Madoff, qui faisait partie du gotha financier new-yorkais, avait de gros appuis à la SEC). Je vous recommande d’ailleurs la lecture de son livre « No one would listen » qui se lit comme un thriller et qui raconte sa guerre contre les moulins. Cela m’a un peu rappelé ce que j’ai vécu sur une autre affaire ces quatre dernières années.

Le schéma de Ponzi 
Puis arrive enfin la partie la plus croustillante du livre, que je qualifierais d’ « hypothèse Manotti », qui reprend une idée évoquée par d'autres avant elle, dont Jean-François Gayraud. 
Pour constituer son "arnaque", Madoff avait ouvert au début des années 90, un fonds d’investissement en marge de sa société de courtage, échappant à toute forme de régulation et qui fut le véhicule de sa fraude monumentale. Ce fonds était situé dans le même immeuble que ses bureaux "officiels" et seuls quelques rares intimes y travaillaient (la plupart ignorait l'ampleur de l'arnaque, du moins ce fut leur défense). Jouant de sa notoriété, il attira des investisseurs riches et prestigieux (des institutionnels et des particuliers, dont on peut trouver la liste ici), à qui il promit des rendements constants de l’ordre de 10% à 12%, soit beaucoup plus que les marchés et quelles que soient les conditions de ceux-ci. Ce taux ahurissant faisait des produits « Madoff » l’investissement sans risque le plus sexy du marché. Evidemment derrière ce miracle se cachait une entourloupe mais Madoff a été un génie théâtral pour la cacher à tous. A ceux qui l’interrogeait sur sa « martingale », il leur répondait : « je ne peux évidemment rien vous dire, mais les banques X et Y m’ont fait confiance. À vous de voir, vous êtes évidemment libre de ne pas investir ». Le piège a fonctionné à merveille. 
Quelle était la fameuse martingale ? La presse a retenu qu’il s’agissait de la plus grande pyramide de Ponzi de l’histoire (65 milliards) puisque Madoff n’investissait jamais cet argent sur les marchés (ce que bizarrement personne ou presque n'avait remarqué) et payait les intérêts dûs aux investisseurs existants avec l’argent apporté par les nouveaux venus.

L'Ombre de la Mafia
Selon Manotti, cette explication ne serait pas complète et Madoff se serait déclaré coupable pour cacher quelque chose de bien plus grave (il espérait peut-être ne prendre que deux ans comme Milken et Boesky, mais certainement pas 150 ans). En effet, selon elle, il est difficile de faire tourner une pyramide de Ponzi pendant longtemps, celle de Ponzi n’ayant tenu que quelques mois. Pour Dominique Manotti, l’arnaque de Madoff cachait un second double fonds : Madoff recyclait de l’argent sale (opération rémunérée à 20% par les apporteurs d'argent sale) et payait avec cela les 10% dûs à ses clients. Dans ce cas, cela voudrait dire que Madoff empochait 10 de marge et les 65 milliards n’auraient pas été touchés et dormiraient quelque part.
Que dire de l’hypothèse Manotti ? Difficile de juger car on ne saura jamais tout de cette affaire. La piste blanchiment/mafia a été évoquée par plusieurs mais jamais complètement validée. Robert Jaffe, l’un des principaux rabatteurs de Madoff, avait travaillé pour Gennaro Angiulo, l’un des parrains de la mafia de Boston dans les années 70-80 et il a certainement conservé ces liens. Madoff lui-même devait être proche des réseaux mafieux compte tenu de son passé au NASDAQ et aussi de sa notoriété à Palm Beach, où il avait sa maison de vacances et où il recrutait de riches américains pour son fonds. West Palm Beach est aussi connue pour être un repaire de mafieux. En 1985, alors que nous étions en visite à Disneyworld, mes parents avaient passé une soirée à Palm Beach chez l'un des plus gros boss mafieux italien (collection de 200 Rolls Royce) à l'invitation d'un de leurs amis qui habitait en Floride. Je précise que mes parents (dans la médecine) n'ont rien à voir avec la mafia, mais que le copain de mon père qui nous hébergeait certainement :-) Malheureusement il est mort et je ne pourrai pas lui poser la question. Madoff était peut-être déjà à l'oeuvre à l'époque... 
Un autre élément qui pourrait corroborer l'hypothèse mafieuse : une semaine avant sa "chute", Madoff a transféré 150 millions de dollars vers la branche à Gibraltar de la banque Jacob Safra.  
Jacob Safra est selon Forbes le banquier le plus riche du monde avec près de 15.9 milliards de $. La famille Safra est l'une des dynasties bancaires les plus philanthropes et les plus mystérieuses. La mort d'Edmond (le frère - un peu moins riche - de Jacob) dans l'incendie "criminel" de son penthouse à Monaco en 1999 a conduit aux hypothèses les plus folles (cf. l'article de Libé de l'époque). L'action de la mafia russe, avec laquelle Edmond Safra aurait fricoté, a été pointée à de nombreuses reprises. 
Cette hypothèse est reprise dans un roman extraordinaire d'AW Rosto "Le Souffle au coeur", sans doute le meilleur polar que j'ai lu. D'autres voix évoquent des malversations sur le commerce de l'or (Edmond Safra était le principal interlocuteur des hedge funds sur l'or, commerce dans lequel sa famille a toujours été active, notamment depuis le rachat en 1993 de Mase Westpac Ltd, l'une des 5 firmes qui participe à la fixation du cours de l'or - l'un des processus financiers les plus opaques et archaïques qui soit ... on attend le résultat de l'enquête de la CFTC lancée en mars 2013) ou l'intervention des services secrets français. 
A ce jour, seul le majordome a été condamné, mais on ne sait toujours pas qui est derrière. A noter que le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres : les frères Candy (designers anglais très médiatiques à qui l'on doit le complexe pour milliardaires OneHydePark - dont le penthouse a été vendu pour 200 millions de $ à Rinat Akhmetov, l'ukrainien le plus riche) ont racheté le penthouse brûlé pour 17 millions de $ à la veuve Lily Safra et l'on revendu pour 314 millions de $ après rénovation ! L'appartement rénové est hallucinant et est devenu l'un des plus chers du monde. 
L'appartement le plus cher du monde (300 millions d'euros, soit un peu plus) verra bientôt le jour à Monaco au sommet de la tour Odéon en cours de construction à quelques pas de là. Un toboggan relie la chambre à la piscine. Bienvenue dans le monde des ultrariches.




Autre point qui pourrait aussi servir l'hypothèse mafieuse : le schéma de Madoff a démarré au moment de la chute de la BCCI en 1991, la plus grande blanchisseuse de tous les temps. Il y avait donc un besoin pour blanchir d'importantes sommes.

Pour finir avec "l'hypothèse Manotti", il y a un point avec lequel je ne suis pas d'accord. Une pyramide rémunérée à 10% par an peut tenir longtemps, car chaque année il suffit en théorie de ne trouver que 10% de fonds supplémentaire pour que l’ensemble tienne (cela signifie multiplier par 7 les fonds sous gestion en 20 ans). Ponzi proposait des pourcentages beaucoup plus  élevés : 50% de rendement en 45 jours et 100% en 90 jours, ce qui explique l’explosion du schéma. Il n’y a donc pas de comparaisons possibles.
De plus, si l’hypothèse du blanchiment était vraie, il faudrait blanchir chaque année, l’équivalent de ce qui est sous gestion, c’est à dire plus de 50 milliards annuels dans les derniers temps. Cela fait beaucoup (mais c’est quand même possible).
Si Dominique Manotti lit cet article (ou d’autres), je serais preneur de références ou d’éléments qu’elle pourrait porter à notre connaissance (mon email est ici), car si la piste mafieuse reste plausible elle n'est pas forcément le coeur de l'arnaque de Madoff.
Dernière petite chose, Dominique Manotti imagine un Madoff qui rêve de se voir nommer par Barack Obama à la tête de la SEC. Cela paraît farfelu mais l’auteur nous rappelle un fait que j’ignorais totalement : lorsqu’il avait créé la SEC en 1934, Roosevelt avait nommé à sa tête… Joe Kennedy ! Le père de JFK qui avait des liens notoires avec la mafia !
En définitive, un petit livre très instructif, distrayant à faire lire à tous ceux qui s’intéressent aux dérives du système financier. La forme choisie du roman en fait une lecture très agréable.
PS : Dominique Manotti nous avait déjà donné l’excellent « L’Honorable Société » écrit avec DOA et que j’ai eu le plaisir de lire cet été (un excellent thriller sur fond de financement de partis politiques par le lobby nucléaire/BTP et l'accusation injustifié d'écoactivistes... tout lien avec des faits réels est une coïncidence...). J’enchaîne de ce pas sur un autre Manotti sur le blanchiment d’argent dans le milieu des courses de chevaux : « A nos chevaux ». 

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PS : la magie d’Internet fait que Dominique Manotti m’a écrit et je devrais la rencontrer bientôt. L’hypothèse Manotti semble encore plus crédible après cet échange. En effet, les rendements de 10% à 12% étaient proposés aux investisseurs classiques de Madoff mais certains autres bénéficiaient d’un traitement de faveur bien plus généreux. Notamment ceux d’un avocat/comptable nommé Picower (regardez sa notice Wikipedia), qui avait apporté plusieurs milliards à Madoff et qui avait bénéficié de rendements pouvant aller jusqu’à … 900 % ! Là on sort du schéma de Ponzi classique et la présence d’une lessiveuse est une hypothèse intéressante.

Picower, qui est un ami de longue date de Madoff et certainement l’un de ses « associés », fait partie des quelques initiés qui avaient retiré leurs billes avant l’effondrement de la pyramide de Ponzi. Le plus troublant c’est qu’Irvin Picard, le trustee en charge de la récupération des fonds Madoff pour les victimes, est parvenu à une conciliation record avec Monsieur Picower pour 7 milliards de dollars. Une bonne façon d’empêcher de gratter plus loin sur l’origine de ces fonds. Monsieur Picower a par ailleurs été retrouvé mort quelques mois auparavant au fond de sa piscine de Palm Beach (en octobre 2009).  Ce qui tend à montrer que les personnes qui ont investi dans Picower Estate n’étaient pas forcément des enfants de chœur… Des mafieux par exemple ?

mardi 27 août 2013

Trois jours de plongée au cœur de la planète écologiste



La semaine dernière je suis intervenu pour exposer les idées développées dans Siècle bleu dans deux enceintes fort intéressantes.


Tout d’abord jeudi et vendredi je me suis rendu à l’Université d’été de la communication sur le développement durable organisée à Bordeaux par Gilles Berhault, président du Comité21 et de l’ACCIDD, où je suis intervenu sur la table ronde finale sur le thème « Métamorphoses » animée par l’étonnant Mathieu Baudin (créateur de l’institut des futurs souhaitables qui forme des « conspirateurs positifs », concept qu’il explique dans sa conférence donnée l’an dernier à TEDx Paris) aux côtés de Cynthia Fleury (une jeune philosophe engagée que je ne connaissais pas et qui m’a impressionnée par la puissance de ses propos, vous n’avez qu’à lire sa fiche Wikipedia) et Alexandra Siarri, adjointe au Maire de Bordeaux.

A noter, l’extraordinaire intervention la veille de Jean-Paul Delevoye, président du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) qui a tenu un discours capable de révolutionner la France (et le Monde). Ce discours a littéralement scotché l’assemblée par sa portée et il me faudra du temps pour le décortiquer. Jean-Paul Delevoye (ancien maire, député, sénateur, ancien président de l’association des maires de France, ancien ministre de la fonction publique, ancien Médiateur de la République pendant 10 ans) a développé les mêmes idées sur le nouveau pacte que les élus doivent nouer avec la société civile sur l’émission Place aux Idées de PPDA. 


Il est fort possible que ces idées viennent nourrir la réflexion que je mène en ce moment pour la (longue) préparation du tome 3 de Siècle bleu ainsi qu’un autre projet sur lequel je commence à m’engager… Je ne peux rien dire à ce stade, tout cela est encore secret. Monsieur Delevoye est en tout cas parti avec ses exemplaires dédicacés de Siècle bleu et Ombres et Lumières.


Samedi matin, je me suis ensuite rendu aux Journées d’été des écologistes à Marseille organisée par Europe Ecologie – Les Verts (merci à Dominique C. pour l’invitation), où j’ai été impressionné par la convivialité et l’ambiance générale qui détonne avec les messages envoyés par les derniers leaders de ce parti.

Je me suis toujours tenu à l’écart des cercles politiques (je déteste les étiquettes), mais en revanche il me semblait essentiel d’échanger avec ces sphères pour prendre le pouls du changement et essayer d’y contribuer. Ces deux conférences furent l’occasion de dizaines de rencontres passionnantes, j’ai appris une multitude de nouvelles choses (que j’aborderai sur ce blog dans les semaines qui viennent) et les idées de Siècle bleu ont semblé faire mouche et apporter un éclairage différent. 

Le premier constat c’est que, contre toute attente, la résistance écologique se porte bien, peut-être même mieux que jamais. Cela semble paradoxal tant les scores électoraux et les nouvelles colportées par les gros titres des journaux semblent signer la fin de l’écologie (abandon par le président équatorien du projet Yasundi, première traversée par un navire commercial chinois de l’Arctique en été, décision de David Cameron d’exploiter le gaz de schiste anglais…).

Plutôt que de le tuer, il semblerait que ce renoncement de la sphère politique et économique, ait galvanisé le mouvement qui redouble de créativité et d’énergie. Les acteurs dressent le bon bilan de ce qui a conduit à l’échec de ses vingt dernières années, que ce soit dans le changement des comportements, la communication, l’action politique locale ou globale. Nous entrons vraiment dans l’ère de l’écologie des solutions et parmi les idées qui émergent, il y a des choses qui risquent d’être difficile à arrêter. Le plus frappant est la reprise en main par la société civile des questions sociétales et environnementales au niveau local,. Ses acteurs deviennent de véritables co-producteurs de solutions au côté des élus, et à Bordeaux par exemple, cela a facilité la transformation radicale de la ville. Aménagement des quais, mise en place du tramway, développement du vélo, création d’éco-quartiers pionniers (Gingko et Darwin, sur lequel nous reviendrons), Bordeaux devient l’archétype de la ville harmonieuse du futur où il fait bon vivre et qui respire l’enthousiasme.

A très bientôt ici pour parler de ces exemples concrets,

PS : Vous pouvez télécharger ici la présentation donnée aux journées EELV. Désolé, il n’y a pas beaucoup de textes. N’hésitez pas à me contacter si vous souhaitez que j’intervienne ailleurs.

dimanche 4 août 2013

Avis sur La République des Mallettes de Pierre Péan



Normalement sur ce blog je ne commente que les livres que j’ai aimés mais je vais faire aujourd’hui une exception. Je vais vous parler d’un livre qui m’a beaucoup déçu (non par le thème abordé mais par le faible travail fourni par l'auteur) et dont pourtant tout le monde parle : « La République des mallettes » de Pierre Péan (numéro un des ventes sur le palmarès de l’Express dès sa sortie, la semaine dernière).

Cette enquête devait s’intituler initialement « Monsieur Alexandre » et était supposée lever le voile sur un personnage mystérieux : Alexandre Djouhri. Sorte de Rastignac du XXIème siècle, cet homme au charisme unique a grandi à Sarcelles et après un début de carrière dans le grand banditisme, il a gravi les échelons vers les hautes sphères de l’Etat et des grandes entreprises françaises, ce qui est assez unique. Il est (dit-on) l’un des intermédiaires les plus puissants de l’hexagone et fait partie du « cabinet noir » de Sarkozy (après avoir été dans celui de Villepin). Pas une affaire à l’export ne se ferait sans son aide (et ses émoluements), il serait derrière tous les coups bas politiques ourdis depuis une quinzaine d’années et surtout il serait un gros pourvoyeur en fonds pour le financement des partis politiques. Depuis près d’un an, je m’étais intéressé à ce personnage et j’avais lu à peu près tout ce que l’on pouvait trouver sur lui sur le net, mais j’avoue que j’avais été frustré car il y a beaucoup de suppositions et peu de faits. J’attendais donc avec impatience le livre de Péan et je n’étais pas le seul car apparemment l’Elysée était en ébullition ainsi que les services secrets depuis des mois. Pierre Péan était l’homme à abattre et ce livre était « le livre de tous les dangers ».

Je me suis donc lancé avec frénésie dans sa lecture et en le terminant j’ai eu envie d’écrire ce post. Ce livre n’apprend en effet rien de nouveau sur Alexandre Djouhri. 95% des éléments cités étaient déjà connus et Péan n’apporte de plus aucune preuve nouvelle. Dès le prologue, ça sentait d’ailleurs le roussi car il expliquait à quel point Djouhri était un homme discret et un homme dangereux. Personne n’a voulu lui parler (ou alors en off complet) et il n’a trouvé aucune preuve matérielle. On n’écrit pas ce genre de livres sans avoir au moins un témoin de premier plan (anonyme ou non) pour éclaircir la vie du personnage. D’autres ont réussi bien mieux que Péan, par exemple Julien Caumer qui a écrit en 1999 l’incroyable « Les Requins » sur un certain Etienne Léandri, un intérmédiaire tout aussi mystérieux et puissant que Djouhri et à la personnalité également hors-du-commun.

À mon sens, il ne fallait donc pas publier ce livre en l'état et plutôt attendre six mois ou un an, qu’il y ait de vraies choses nouvelles à nous apprendre. Par exemple, si l'auteur avait percé le rôle exact de Djouhri, il aurait là marqué une avancée significative afin d'ébranler ce système destructeur des rétrocommissions. Mais c’est vrai que cette rentrée qui marque le début des débats présidentiels ne pouvait pas être ratée et Fayard, son éditeur, ne s’est pas trompé.

Les seuls chapitres qui m’ont intéressé sont le chapitre 14 « Dans le gang de la banlieue nord » sur les premiers faits et gestes de Djouhri dans le Paris des frères Zemour des années 70 (ceux qui ont inspiré le film Le Grand Pardon), et le chapitre 15 qui relate ses frasques avec Anthony Delon et la guerre contre son père Alain, ainsi que la façon dont il a rencontré en boîte de nuit le fils du directeur général de l’Unesco qui a commencé à le présenter à tous les leaders africains. Sinon dans le reste du livre on n’en apprend pas plus que tout ce qu’ont publié Le Point, Marianne, L’Express, Le Monde et Le Canard Enchaîné depuis un an sur Djouhri. Rien de nouveau donc. Comme il fallait remplir un livre de 460 pages, Péan nous fait un donc un récit de toutes les affaires auxquelles Djouhri aurait participé (sans jamais nous dire exactement le rôle que Djouhri y a joué) : les frégates de Taïwan, l’affaire Clearstream 2, la lutte Villepin-Sarkozy, la libération des infirmières bulgares par Cécilia, l’appel d’offres manqué des centrales nucléaires d’Abou Dhabi, la clique de la GLNF, la guerre Proglio/Lauvergeon… C’est donc au mieux un bon livre pour ceux qui ont hiberné depuis dix ans ou qui n’ont jamais entendu parler d’Alexandre Djouhri.

Le livre a quand même l’intérêt de montrer à quel point le financement des partis politiques a pourri notre pays et une partie de la planète. Au début de cette campagne, cette piqûre de rappel ne fait pas de mal. Pour ma part, je pense qu’il faudrait se poser cette question une fois pour toutes. En effet, on a inventé la démocratie mais on a oublié d’inventer le mode d’organisation/de financement de la société qui permette aux individus et aux partis de survivre et de combattre loyalement les uns contre les autres pour se faire élire. Si on ne statue pas sur cette question cruciale, la démocratie est condamnée (si tant est que celle-ci ait vraiment existé).

Toutes les questions que l’on se pose sur Djouhri demeurent donc à la fin de ce livre. Quel est le rôle exact de cet homme ? Que font ses sociétés à Genève ? Quel service rend-il exactement aux entreprises et à l’Etat français ? Détient-il vraiment 8% de Véolia ? D’où tire-t-il sa grande puissance ? Qui sont ses hommes de main ? Quand on lit Péan expliquer qu’il ne sait pas s'il est millionaire ou multi-milliardaire (ça fait quand même une différence), on s’etonne. Péan est-il ne serait-ce qu'allé en Suisse pour voir où Djouhri vit ? Il ne semble pas.

Monsieur Alexandre reste donc un mystère et si le personnage est aussi dangereux qu’on le dit, on comprend pourquoi il a laissé paraître ce livre et pourquoi Péan est toujours en vie. L'absence d'éléments nouveaux dans ce livre ne blanchit évidemment pas Djouhri, mais le vrai livre sur lui reste donc toujours à écrire.

mercredi 12 juin 2013

L'intégrale de mes passages radio "Siècle bleu" en 2013

Cette année, après la parution des deux premiers tomes de Siècle bleu, j'avais décidé de faire une pause dans l'écriture afin de prendre le temps de rencontrer mes lecteurs, faire connaître les concepts introduits dans Siècle bleu, à la radio (Radio Nova, France Inter et France Culture notamment), à la télé (j'interviendrai à la rentrée dans un documentaire sur France 5) et surtout pour donner des conférences. J'avais aussi besoin de prendre du recul, réfléchir à ce que j'écrirai ensuite et surtout dont je pourrais contribuer à ce que certaines idées du livre (la révolution bleue ?) se réalisent...

Si vous souhaitez que je donne une conférence sur l'un des thèmes abordés dans Siècle bleu, n'hésitez pas à me contacter. Je fais ça bénévolement !

PS : Cette année j'ai aussi continué à rencontrer un certain nombre de personnalités à qui j'ai envoyé les deux tomes de Siècle bleu et j'ai aussi lancé le Think Tank BLUE. Donc finalement, même si je n'écris pas, ce n'est pas une année reposante ! Et j'espère qu'avec cela, les idées de Siècle bleu continueront à diffuser :-)



Le reportage "Siècle bleu, une révolution écologique" sur Terre.tv. Merci à Christophe Polart et Jean-Yves Casgha pour ce merveilleux montage. Vraiment merci.








Mes chroniques sur France Inter dans l'émission "On va tous y passer" de Frédéric Lopez, 11h00 à 12h30 (ma chronique de 10 minutes, est à la 30ème minute) où j'ai obtenu ma carte de "bon client" comme disait Ardisson. J'y tiens une chronique à peu près mensuelle sur l'écologie et l'énergie.
Et également ma chronique du livre "Effondrement" de Jared Diamond pour l'émission scientifique "La Tête au carré" (dans leur rubrique "La bibliothèque scientifique idéale").

Mes chroniques sur Radio Nova dans l'émission "2h15 pour sauver le monde" de Marie Misset et Armel Hemme (à 18h30). Chaque jour cette émission (humoristique) traite d'une question d'actualité brûlante et j'ai carte blanche pour donner du fond en abordant ce thème sous l'angle que je souhaite. Exercice assez périlleux qui m'a souvent emmené loin de mes bases, mais très formateur.
Il y en a eu d'autres sur différents thèmes, mais à cause du changement de site web de Nova, elles ne sont malheureusement plus en ligne
  • Mitt Romney et les îles Caïmans (octobre 2012)
  • Trafic de drogues et dépénalisation (octobre 2012)
  • Monsanto et l’agent orange (septembre 2012)
  • Surmédication et médecine endobiogénique (septembre 2012)
  • Surpêche et mafia (septembre 2012)

Mon intervention du 26 février 2013 sur la table ronde "Boson de Higgs, OGM, gaz de schiste... La science est-elle le problème ou la solution?" dans le cadre du Forum "L'année vue par les Sciences" organisé par France Culture dans le grand ampithéâtre de La Sorbonne, en compagnie notamment d'Etienne Klein et de Jacques Testart. C'était très émouvant car j'ai effectué mon DEA de mathématiques et économie à La Sorbonne, et je n'aurais jamais imaginé y donner une conférence... sur un roman !


Vous pouvez consulter ici, l'intégralité du dossier de cette émission sur le site de France Culture, avec la présentation des invités et du thème.
J'ai également été invité le 19 avril 2013 par Michel Alberganti (qui animait le débat de La Sorbonne) à son émission "Science publique", certainement la plus belle émission scientifique de la radio française. Il s'agissait d'une émission spéciale pour les 100 ans de Science&Vie et le thème était "Quels débats entre science et société d'ici 2100 ?".

CONFERENCES

En 2013, je suis également intervenu :
  • Météo France (Toulouse, juin 2013)
  • Club d'astronomie ALCOR (Faculté d'Orsay, avril 2013)
  • Festival "Sciences et Frontières" de Cavaillon (mars 2013), vous pouvez lire ici, l'intégralité de mon compte rendu de cet incroyable festival, trop peu connu malheureusement mais où se croisent des savants et des artistes des horizons les plus divers.