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dimanche 27 décembre 2009

Pachamama

Aujourd'hui dans Le Monde, l'excellent Hervé Kempf signe un nouveau billet intitulé Pachamama qui donne matière à réfléxion.
Pachamama
LE MONDE | 26.12.09 | 14h54 • Mis à jour le 26.12.09 | 14h54

elle fête que celle de Noël ! La démesure marchande n'occulte pas qu'elle constitue, par le rituel des cadeaux, la plus éclatante manifestation dans la société de consommation de la logique du don.

Selon cet archétype anthropologique, l'échange entre humains obéit à d'autres motifs que la seule recherche de l'intérêt (voir Ce qui circule entre nous,de Jacques Godbout, Seuil, 2007). A Noël nous est rappelée la nécessité de la solidarité, puisque ce qui nous réunit, le solstice d'hiver, est le moment dans l'année où l'aventure humaine ressent le plus vivement sa fragilité.

Pour le comprendre, il nous faut tenter de retrouver ce sentiment d'anxiété qui étreignait les sociétés préhistoriques de l'hémisphère Nord à mesure que rétrécissaient les jours et que la nuit froide, étrangère, menaçante, gagnait jour après jour. Offrir, alors, est le signe du soutien réciproque. Moyen, aussi, d'illustrer l'abondance qu'annonce le retour de la lumière. Les jours rallongent, le monde sort des ténèbres, la vie - l'Enfant Jésus - revient avec sa prodigalité et ses promesses.

La mère nature semblait inépuisable. Mais ces archétypes anthropologiques datent d'un monde où le rapport à la nature était autre qu'aujourd'hui. Lévi-Strauss expliquait dès 1952 qu'avec la révolution industrielle nous sommes sortis de l'ère néolithique (Race et Histoire, Gallimard). Les géologues parlent aujourd'hui de l'ère anthropocène : l'homme lui-même est devenu force tellurique, il menace la nature.

Ce n'est pas dans la voie technique que nous trouverons la solution à la crise écologique. Elle est une crise civilisationnelle qui appelle une analyse spirituelle et/ou anthropologique. Il revient à Evo Morales, président de la Bolivie, d'avoir posé ce constat sur le plan politique. La Bolivie milite pour la reconnaissance de Pachamama, nom de la Terre mère dans les cultures indigènes. "La Terre ne peut être considérée comme une simple ressource naturelle", écrit-il dans The 10 Commandments to Save the Planet, Humankind, and Life. "La Terre est la maison de tous les êtres vivants. La Terre est la vie elle-même."

Mais sa démarche s'inscrit dans une analyse politique qui définit le système dominant par sa culture : "Pour guérir Mère Terre, continue Morales, il est nécessaire de comprendre que sa maladie a un nom : le système capitaliste mondialisé. Il n'est pas suffisant, pas juste, de dire que le changement climatique est le résultat de l'activité des êtres humains. Il est nécessaire de dire que c'est un système, une façon de penser et de sentir, une façon de produire la richesse et la pauvreté, un mode de "développement" qui nous conduisent au bord de l'abîme." Et de conclure : "Afin de préserver la planète, la vie, et l'espèce humaine, nous devons en finir avec le capitalisme."

La bataille écologique est culturelle, anthropologique, structurelle. Bon Noël !

Hervé Kempf termine son poste en prônant la fin du capitalisme. C'est d'ailleurs le thème de son livre Pour sauver la planète, sortez du capitalisme publié au Seuil en janvier 2009. Je vais le lire car l'idée est intéressante, mais concrètement je ne vois pas qui pourrait décréter la fin du capitalisme (au moins dans la forme exacerbée que l'on connaît). Il y a trop d'intérêts en jeu et beaucoup sont aux mains de personnes peu louables (et complètement indifférentes à l'avenir de la planète et de l'humanité) comme indiqué dans mon précédent post. Par ailleurs, éliminer le capitalisme n'aurait un sens que si l'on décrit le système qui lui succède. Lorsque le système communiste s'est effondré, il a été remplacé par un système bien pire, qui a provoqué la plupart des déstabilisations auxquelles on assiste aujourd'hui.