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mercredi 16 septembre 2009

Le rapport de la commission Augustine

La commission de Norman Augustine a rendu la semaine dernière ses conclusions préliminaires sur la pertinence du programme spatial américain. Ce rapport dresse un bon état des lieux de la problématique actuelle (impossibilité avec le budget alloué à la NASA de mener à bien le programme Constellation qui doit ramener les Américains sur la Lune et assurer le futur de la station spatiale internationale) extrêmement décevant dans le sens où il ne tranche pas et expose plusieurs scénarios qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, qui trahissent l'existence de plusieurs voix qui n'ont pas réussi à s'accorder. Le plus décevant c'est qu'il conclue que le programme Constellation n'est pas la bonne option car il ne dispose pas des fonds nécessaires. Mais pourquoi ne pas les lui donner ?!
Hier, deux témoins ont été entendu par le Comité sur les Sciences et les Technologies du Sénat pour réagir à ce rapport. Curieusement, au lieu d'inviter l'administrateur de la NASA Charles Bolden comme prévu, le Comité a invité Michael Griffin, l'ex-administrateur de la NASA, père du programme Constellation et surtout fervent supporter de l'exploration humaine du système solaire (voir par exemple le post où je reprenais l'édito Lets reach for the stars again qu'il avait publié le jour des 40 ans d'Apollo en juillet dernier). La raison invoquée pour ce remplacement de dernière minute est que la Maison Blanche est toujours partagée sur la suite à donner au programme Constellation et ne souhaitait pas que Bolden s'exprime tout de suite. Le texte de l'intervention de Griffin est disponible sur le site de la commission Augustine et comme d'habitude avec Griffin, la clarté est au rendez-vous dans le style très direct qui le caractérise. Après avoir félicité la commission pour son travail, il la rejette violemment dans ses cordes en lui demandant de revoir le budget à la hausse et de le compenser par une baisse des contributions à l'ISS obtenue en étendant le partenariat ISS à d'autres nations (la Chine par exemple). Quand on lit le communiqué de presse publié ensuite hier par le Comité Sciences et Technologie, on se dit que Griffin a marqué des points et le Comité se dit extrêmement insatisfait du rapport Augustine.
Donc la bataille pour le retour sur la Lune n'est pas perdue (il y a quelques semaines j'étais plus pessimiste) et je croise les doigts pour que la voix des explorateurs prennent le dessus par rapport à celle des fonctionnaires. Pour celles et ceux que ce sujet intéresse, je vous conseille d'aller régulièrement sur le site de la commission Augustine (qui offre même un flux RSS et un channel Twitter) ou alors sur le blog Space Politics extrêmement bien fait. Le rapport final est attendu pour la fin du mois.
Bon alors, ils y retournent quand les Américains sur la Lune ? Qu'ils se dépêchent car les Chinois ne se posent pas toutes ses questions métaphysiques et seront les premiers à exploiter les champs d'hélium-3.

dimanche 26 avril 2009

Jules Verne et Apollo 11


En 1865, Jules Verne publiait De la Terre à la Lune chez Hetzel. 5 ans plus tard il en publiait la suite, Autour de la Lune. Dans le passé, j’en avais lu la version pour enfants, mais ce n’est que l’an dernier que je les ai réellement découverts. Je suis resté sans voix. Ces deux livres sont une synthèse époustouflante des connaissances de l’époque dans des domaines aussi variés que la mécanique, l'astronomie, la balistique, la finance, la gestion de projet, la littérature (sur la Lune), la chimie des explosifs, les matériaux... mais ce n’est pas le plus fort : Jules Verne, comme d’habitude, a complètement assimilé ce matériel et en a fait la base d’un thriller haletant et surtout époustouflant de vision. 100 ans avant Apollo 11, Jules Verne avait TOUT prédit :

  • L’action se déroule aux Etats-Unis (à l’époque, il fallait vraiment être perspicace). Il nous dit : « Rien ne saurait étonner un Américain. On a souvent répété que le mot « impossible » n’était pas français, on s’est évidemment trompé de dictionnaire. En Amérique, tout est facile, tout est simple, et quant aux difficultés techniques, elles sont mortes avant d’être nées. Entre le projet Barbicane et sa réalisation, pas un véritable Yankee ne se fût pAjouter une imageermis d’entrevoir l’apparence d’une difficulté. Chose dite, chose faite ».
  • L’ampleur de la tâche, la ferveur populaire et l’organisation du projet ressemblent à s’y méprendre au projet Apollo
  • L’obus conique est remplacé par un projectile cylindroconique qui ressemble à s’y méprendre à la capsule Apollo
  • Il y a trois passagers à l’intérieur de la capsule (si on exclue le chien), comme pour Apollo. Deux Américains mais un Français (le sémillant Michel Ardan) 
  • Il prévoit que le voyage se fera en 97 heures et treize minutes, Apollo 11 aura mis 102 heures pour se poser dans la Mer de la Tranquilité. 
  • La columbiad (le canon qui tirera la capsule) est localisée en Floride, à proximité du Cap Canaveral (il décrit d’ailleurs la rivalité entre le Texas et la Floride, Texas qui est aujourd’hui aussi un haut lieu du spatial)…
  • La capsule de Jules Verne (ci-dessous la gravure de l'époque) amerrit à deux jours de navigation de San Francisco. Celle d’Apollo 11 s’est posée non loin de là, à l’ouest de Hawaï (ci-dessous la mission de récupération par l'USS Hornet)… 


Troublant non ? 
Par rapport aux thèmes développés dans ce blog et dans mon roman, c’est le passage suivant qui m’a le plus ému :

Ces soins donnés, les voyageurs observèrent attentivement la Terre et la Lune. La Terre n’était plus figurée que par un disque cendré que terminait un croissant rétréci que la veille ; mais son volume restait encore énorme, si on le comparait à celui de la Lune qui se rapprochait de plus en plus d’un cercle parfait. 

« Parbleu ! dit alors Michel Ardan, je suis vraiment fâché que nous ne soyons pas partis au moment de la Pleine-Tere, c’est-à-dire lorsque notre globe se trouvait en opposition avec le Soleil. 

- Pourquoi ? demanda Nicholl.

- Parce que nous aurions aperçu sous un nouveau jour nos continents et nos mers, ceux-ci resplendissants sous la projection des rayons solaires, celles-là plus sombres et telles qu’on les reproduit sur certaines mappemondes ! J’aurais voulu voir ces pôles de la Terre sur lesquels le regard de l’homme ne s’est encore jamais reposé ! 

- Sans doute, répondit Barbicane, mais si la Terre avait été pleine, la Lune aurait été nouvelle, c’est-à-dire invisible au milieu de l’irradiation du Soleil. Or, mieux vaut pour nous voir le but d’arrivée que le point de départ. 

- Vous avez raison, Barbicane, répondit le capitaine Nicholl, et d’ailleurs quand nous aurons atteint la Lune, nous aurons le temps, pendant ces longues nuits lunaires de considérer ce globe où fourmillent nos semblables !


C’est pour cette raison que toutes les missions Apollo sont parties avec la pleine Lune ou presque, afin aussi de ne pas à avoir à affronter la glaciale nuit lunaire (les douze astronautes d’Apollo sont toujours repartis avant). La vision du globe terrestre sur le chemin du retour a laissé évidemment un souvenir impérissable aux astronautes.


J’aime aussi beaucoup cette tirade de Michel Ardan, optimiste invétéré :


Mes chers auditeurs, reprit-il, à en croire certains esprits bornés – c’est le qualificatif qui leur convient –, l’humanité serait renfermée dans un cercle de Popilius qu’elle ne saurait franchir, et condamnée à végéter sur ce globe sans jamais pouvoir s’élancer dans les espaces planétaires ! Il n’en est rien ! On va aller à la Lune, on ira aux planètes, on ira aux étoiles, comme on va aujourd’hui de Liverpool à New York, facilement, rapidement, sûrement, et l’océan atmosphérique sera bientôt traversé comme les océans de la Lune ! La distance n’est qu’un mot relatif, et finira par être ramenée à zéro. »


Pour ceux comme moi qui ne savaient pas ce qu’est le Cercle de Popilius, voici la définition du Littré :


Cercle de Popilius, cercle qu'avec sa baguette Popilius Lénas, député de Rome, traça autour du roi de Syrie Antiochus Épiphane, lui défendant de franchir cette limite avant d'avoir répondu catégoriquement à la demande du peuple romain ; d'où, figurément et par allusion, situation dont on ne peut sortir qu'en accomplissant une certaine condition. Il fallait me décider dans deux heures : c'était pour moi le cercle de Popilius.


En conclusion, Jules Verne est vraiment un visionnaire d'exception. Si tous nos soient-disants "érudits" pouvaient être aussi imaginatifs (s'ils en étaient capables, ils n'oseraient de toute façon pas, de peur d'être ridiculisés). C’est dommage en tout cas que Jules Verne ne nous ait pas légué un manuel pour sortir de la crise actuelle !


samedi 3 janvier 2009

Constellation : la NASA et le Pentagone ensemble ?

L'administration Obama s'installera au pouvoir dans quelques semaines. Une des questions sur lesquelles devra trancher sera l'avenir du programme Constellation initié par Georges W. Bush et dont nous vous avons souvent parlé sur ce blog. Le choix devra être fait dans un contexte de durcissement budgétaire sans précédent sans oublier que les Etats-Unis ne peuvent laisser les Chinois faire cavaliers seuls vers la Lune. 
Une partie de l'équipe de transition d'Obama planche déjà sur la question et des idées très iconoclastes ont été avancées. Dans un article de Bloomberg daté du 2 janvier 2009 et intitulé "Obama Moves to Counter China With Pentagon-NASA Link", on apprend qu'Obama pourrait rapprocher les équipes et les efforts de la NASA et de la division spatiale du Pentagone, afin de mutualiser les coûts (il s'agirait d'utiliser les lanceurs Delta IV et Atlas V, en lieu et place du futur lanceur Ares I) et surtout d'accélérer le retour des Américains sur la Lune pour ne pas se faire devancer par les Chinois. Une telle coopération serait inédite et remettrait en cause le caractère civil des programmes menés par la NASA, ce qui serait pour les employés et pour le monde une régression sévère, et un pas supplémentaire vers un affrontement entre les Etats-Unis et la Chine.L'article reprend bien les enjeux géopolitiques de la lutte que se livrent ces deux Etats.

lundi 8 décembre 2008

Quand le ciel se met à sourire


Le 1er décembre, deux des planètes visibles à l'oeil nu (Jupiter et Vénus) ont donné rendez-vous à la Lune pour faire sourire le ciel d'Asie. Dans un monde gagné actuellement par la morosité, c'était un clin d'oeil rafraîchissant qui rappelait à l'Homme sa juste place dans l'Univers. Cela dépend où, car en Amérique du Nord les habitants ont eu droit à un visage qui faisait la "moue" !! 

mercredi 3 septembre 2008

Shenzou VII


Comme évoqué dans précédents posts, le programme spatial Chinois est extrêmement actif. Les Chinois viennent même d'annoncer qu'ils avanceraient de près d'un mois la mission Shenzhou VII, prévue initialement courant octobre 2008. Celle-ci aura lieu entre le 17 septembre (fin des Jeux paralympiques de Pékin) et le 1er octobre, la fête nationale chinoise (célébrant l'anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine par Mao en 1949). Cette mission enverra 3 taïkonautes en orbite et ceux-ci effectueront la première sortie extravéhiculaire chinoise (cf. photo de l'entraînement ci-dessus), mise en scène lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux le 8 août dernier. 
Elle fait suite aux missions Shenzou V en 2003 qui avait vu l'envoi du premier taïkonaute Chinois en orbite (Yang Liwei), la mission Shenzou VI en 2005 durant laquelle deux taïkonautes sont restés en orbite pendant 5 jours, et Chang'E-1  sonde robotisée en orbite autour de la Lune. Les Chinois sont très discrets sur le contenu de chaque mission (ci-dessous les rares images officielles ramenées par Chang'E-1), mais elles ont toutes pour but ultime d'envoyer des taïkonautes sur la Lune... avant les Américains.

Pour vous donner une idée de l'importance de ces programmes, voici une retransmission du décollage de Chang'E-1, images auxquelles on était plus habituées en anglais, russe ou français ! 


Toutes les missions s'inscrivent dans le cadre du Chinese Lunar Exploration Program. Shenzou VII : nouvelle pression sur les Etats-Unis qui s'apprêtent à élire leur nouveau président !

dimanche 10 août 2008

29 pas de géant : supposition...

Une séquence de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques a particulièrement marqué les esprits : celle de ces feux d'artifice représentant (vu d'hélicoptère) des pas de géant se dirigeant de la Place Tian'anmen vers le stade olympique. 29 pas de géant en tout. Mais pourquoi 29 ? La cérémonie a été marquée par la symbolique des chiffres (coup d'envoi le 8 août 2008 à 08:08PM) et le chiffre 29 n'est certainement pas lié au hasard.
Pour ceux qui l'auraient ratée, voici la fameuse séquence (attention, les images de la cérémonie sont sous copyrights et il se pourrait que les autorités chinoises fassent retirer cette vidéo de YouTube... Ils l'ont déjà enlevé à plusieurs reprises).



Ces pas de géant symbolisent pour les commentateurs la grande marche en avant de la Chine. Ils ont impressionné les téléspectateurs (voir leur ont donné froid dans le dos), mais malheureusementla séquence a été truquée. Les feux d'artifice ont bien eu lieu, mais la séquence a été réalisée en image de synthèse car selon les autorités chinoises, il aurait été impossible de filmer sans danger les 29 pas. Ce point a été révélé ce week-end dans le Beijing Times et relayé dans la presse étrangère. Mais mon point n'est pas là. Pourquoi ces 29 pas et pas 28 ou 30 ?
Personnellement, ces pas de géant m'ont surtout rappelé la phrase de Neil Armstrong lorsqu'il foula le sol de la Lune le 21 juillet 1969 : " C'est un petit pas pour l'homme, mais un pas de géant pour l'humanité ". D'ailleurs, la forme des pas des JO de Pékin ressemble à s'y méprendre aux empreintes figurant sur l'emblème du Chinese Lunar Exploration Program (CLEP) dont le but ultime est d'envoyer des taïkonautes sur notre satellite naturel d'ici 2020.
 
Or, l'écart entre deux pleines lunes est de 29 jours (appelée période synodique, elle est exactement de 29,53 jours). Si c'est avéré, après une telle déclaration, je ne vois pas comment Obama et McCain pourraient abandonner le programme Constellation et ne pas tout tenter pour arriver avant les Chinois...

PS: désolé de décevoir les amateurs de théorie du complot, mais les Chinois ont choisi le chiffre 29 car il s'agit de la 29ème Olympiade ! Mais bon, on ne sait jamais, il est quand même possible que derrière la justification officielle, il se cache un message subliminal à l'attention des Etats-Unis ! 

dimanche 29 juin 2008

Constellation : retour vers la Lune

Le 14 janvier 2004, le président Georges W. Bush exposait devant les employés du siège de la NASA la nouvelle vision de l'exploration spatiale des Etats-Unis, probablement sa seule intervention mémorable en 8 ans de mandat. Un an après l'accident de la navette Columbia, les Etats-Unis y insistaient sur la nécessité de faire rêver la NASA et les Américains avec un grand projet que le programme de la navette n'incarnait plus. Et le programme inspiré par Bush, maintenant baptisé Constellation, ne manque pas d'ambition. Il s'agit d'établir une base humaine pérenne sur la Lune avant le grand saut vers Mars, puis vers le reste du système solaire (Moon, Mars and Beyond).
Comme dans toute aventure humaine, la ferveur est nécessaire pour maintenir les employés de la NASA au plus haut niveau de motivation et d'exigence.  Par son ampleur, ce programme dépasse largement l'effort d'Apollo. Même si on en entend peu parler en France, la NASA a réagi à une vitesse incroyable et le programme est déjà bien amorcé : les grandes orientations techniques sont arrêtées (ci-dessous une simulation en images de synthèse du voyage vers la Lune prévue d'ici la fin de la décennie) et des fournisseurs ont reçu les premières commandes. 
Le programme inspiré par Bush insiste sur l'importance de l'exploration du système solaire par des humains. On peut se demander quel est l'intérêt de dépenser des centaines de milliards de dollars pour concevoir des missions humaines complexes alors que le succès (et le coût) des missions robotisées et l'accident de Columbia auraient du pousser à faire l'inverse. 
La réponse est à la fois biologique, scientifique, économique, géopolitique et philosophique.
  • Biologique: l'exploration est dans les gènes de l'homme (Bush le rappelle dans ce discours en se référant à l'histoire de Lewis et Clark partis à la découverte du grand Ouest) et son avenir est dans les étoiles. 
  • Scientifique: aucun robot ne pourra ramener autant d'information qu'un humain si il s'agit d'établir par la suite une base humaine. 
  • Economique: la Lune possède de vastes champs d'hélium-3 (extrêmement rare sur Terre) et qui pourront servir à faire fonctionner les futurs réacteurs à fusion nucléaire.
  • Géopolitique: la Chine a également annoncé un ambitieux programme lunaire et les Etats-Unis ne peuvent pas laisser aux Chinois une aussi belle vitrine.
  • Philosophique: la vision de la Terre qui est offerte aux astronautes en orbite et plus loin, a le pouvoir de changer le monde. 
Nous développerons dans ce blog ces différents sujets.