
lundi 16 mai 2011
Siècle bleu tome 2 : terminé !

jeudi 31 mars 2011
Tome 2 de Siècle bleu : bientôt fini !

jeudi 3 mars 2011
mensonges littéraires

Quelques petites pensées du moment sur les affres de l'écriture que je voulais partager avec vous.
Je m'étais déjà aperçu qu'écrire un roman, c'était comme imaginer un grand mensonge dans lequel tout doit paraître crédible. Un vrai travail de faussaire.
La difficulté avec le tome 2 de Siècle bleu (dont l'idée générale est très claire dans ma tête depuis longtemps, rassurez-vous) c'est qu'il doit rester également cohérent avec la trame mais aussi chacun des micro-détails du tome 1, qu'évidemment je ne peux plus changer... :-) C'est d'autant plus vrai que le tome 2 commence à l'instant où le tome 2 se termine et décrit les 14 jours qui suivent les 14 jours du tome 1 (l'ensemble correspond à une révolution de la Lune autour de la Terre). Si une année ou plusieurs s'étaient écoulées entre le déroulement des deux intrigues, j'aurais eu une liberté pour faire évoluer les personnages à ma guise, mais là je dois les reprendre exactement là où je les ai laissés.
Je viens par exemple de me tordre les méninges deux heures sur une incohérence à cause d'une phrase du tome 1 que j'avais oubliée (et que j'aurais rêvée de pouvoir changer) et qui a failli tout me faire écrouler. Mais bon, c'est réparé et j'ai adapté mon mensonge du tome 2 !
Tous les auteurs de "livres en série" (ou de séries tout court) ont dû se heurter à çà (mais paradoxalement je n'ai jamais rien lu d'eux là-dessus, j'essaierai d'interroger des écrivains là-dessus). L'histoire que l'on révèle dans un tome, conditionne tous les suivants que l'on n'a pas encore vraiment imaginé. C'est un monde parallèle mais qui fonctionne un peu comme dans la vraie vie en fait :-)
La contrainte est rude mais c'est aussi une grande source de richesse qui donne une base et pousse à approfondir chacun de ces détails et chacun des personnages pour y puiser la matière de la fiction et parfaire le travail de faussaire.
Bon allez, après ce petit intermède, je replonge...
PS : oui, je sais, les mauvaises langues me diront que je n'avais qu'à écrire le tome 2 en même temps que le tome 1 ! Mais si je n'avais pas trouvé un éditeur pour le tome 1 et reçu des échos chaleureux des lecteurs et des critiques, je n'aurais jamais trouvé l'énergie de repasser toutes ces nuits à écrire le tome 2...
samedi 26 février 2011
Mensonges d’État

Je viens de terminer un livre qui m’a bouleversé : Le Dormeur du val consacré à l’affaire Robert Boulin. Je n’étais pas du tout familier avec cette affaire survenue le 29 octobre 1979 (je n’avais que 5 ans !). En deux mots : le ministre Robert Boulin a été assassiné dans l’exercice de ses fonctions, inédit dans la Vème République, et depuis trente ans, une machine d’Etat est en branle pour faire croire à la thèse absurde du suicide.

Pour ceux qui croient encore qu’il n’y a qu’aux États-Unis que l’on peut ourdir un complot d’Etat, je vous en recommande la lecture. À la lecture de ce livre, je me dis que la machination présentée dans l’intrigue de Siècle bleu est possible (et peut-être même celle du tome 2 qui va encore beaucoup plus loin !).
Ce document, qui vient de paraître, est d’autant plus touchant qu’il est écrit par sa fille, Fabienne Boulin Burgeat, qui se bat depuis trente ans pour faire jaillir la vérité.

Robert Boulin était un grand résistant, qui fut maire de Libourne, député de la Gironde et ministre de façon quasi ininterrompue sous De Gaulle, Pompidou et Giscard. Wikipedia indique qu’il fut successivement :
- secrétaire d'État aux Rapatriés (1961-1962),
- secrétaire d'État au Budget (1962-1967),
- secrétaire d'État à l'Économie et aux Finances (1967-1968),
- ministre de la Fonction publique (1968),
- ministre de l'Agriculture (1968-1969),
- ministre de la Santé publique et de la Sécurité sociale (1969-1972),
- ministre délégué aux Relations avec le Parlement (1972-1973),
- ministre chargé des Relations avec le Parlement (1976-1977),
- ministre délégué à l'Économie et aux Finances (1977-1978) ,
- et enfin ministre du Travail et de la Participation (1978-1979).
Robert Boulin était un homme simple, proche des électeurs de sa circonscription et de sa famille. Sa polyvalence, sa puissance de travail, son sens de l’État et son intelligence faisaient l’unanimité. Le président Giscard avait d’ailleurs publiquement envisagé, début octobre 1979, de lui proposer le poste de Premier ministre en remplacement de Raymond Barre, au plus bas dans les sondages. Robert Boulin avait indiqué que ce n’était pas son souhait et que cette annonce risquait de lui poser de gros problèmes.
Cette nomination faisait en effet de l’ombre à ceux qui briguaient ce poste (Alain Peyrefitte notamment) mais surtout à Jacques Chirac qui venait de faire main basse sur le RPR. La présidentielle de 1981 approchait et Chirac comptait bien se présenter contre Giscard. Chirac voyait mal un homme du RPR devenir le second d’un gouvernement UDF (ancien gaulliste, Robert Boulin était un des piliers du RPR, qu’il venait d’ailleurs de quitter momentanément lorsque Chirac avait pris le contrôle du parti). Robert Boulin gênait, alors qu’il n’avait jamais cherché à être Premier ministre. C’est sa compétence et la qualité de ses relations avec les partenaires sociaux qui le plaçaient comme favori (il s’occupait du délicat dossier de reclassement de la sidérurgie française).
Pour le déstabiliser, ses opposants sortirent d’abord à la rentrée 79 la ridicule « affaire de Ramatuelle », dans laquelle Robert Boulin aurait touché de l’argent pour un terrain où il faisait construire sa maison. Ce n’était que pure calomnie, il le démontra assez facilement, mais les médias, entraînés par ses invisibles détracteurs, continuaient à se déchaîner (l’homme qui avait lancé cette accusation s’est réfugié à Ibiza d’où il n’a jamais été extradé !). Robert Boulin était un homme pour qui l’argent n’avait aucun intérêt et d’ailleurs sa famille se retrouva dans le dénuement à sa mort. Boulin s’apprêtait à répliquer en novembre et il détenait des dossiers sulfureux, probablement sur le financement des partis politiques (en tant qu’ex-ministre des finances, Robert Boulin avait connaissance des commissions versées par Elf et consoeurs aux chefs d’Etat africain, puisque celles-ci donnaient lieu à réduction d’impôts et devaient être validées par le Ministre !).
Le 29 octobre, il disparut de son domicile et fut retrouvé mort au petit matin le 30 octobre par les gendarmes dans un étang de la forêt de Rambouillet. Dans la nuit, on retrouva une lettre d’adieu dans la corbeille de son bureau à son domicile dans laquelle il expliquait son abattement après l’affaire de Ramatuelle et sa décision de mettre fin à ces jours. Cette lettre semblait être un patchwork entre une lettre qu’il avait vraiment écrite pour s’expliquer aux journalistes et des morceaux ajoutés par des tiers. Dès 9h00, le corps à peine retrouvé depuis quelques minutes, la thèse officielle du suicide était martelée par l’AFP, la radio et la télévision. Tout avait été préparé au préalable : depuis la veille au soir, alors que Boulin venait juste de disparaître, de multiples politiques étaient déjà au courant de sa mort et la femme de Robert Boulin reçut de nombreuses visites dès 19h00… de gens qui profitèrent de son inquiétude pour s’emparer chez elle de nombreux documents... Selon la thèse officielle, Robert Boulin, très affecté par l’affaire de Ramatuelle et souffrant également de tensions dans sa famille, aurait avalé des barbituriques, alors que son corps n’avait même pas encore été autopsié. Il se serait ensuite noyé, alors que l’étang où il a été retrouvé ne faisait que 50cm de profondeur !

Vous allez me dire : c’est impossible de dissimuler dans la durée un mensonge aussi grotesque ! Et bien, si ! Quand on ment, ce qui est important c’est de contrôler tous les maillons qui pourraient éventuellement conduire à la vérité. Cela rappelle beaucoup l’affaire JFK et à ce titre je vous conseille l’édifiant « JFK le dernier témoin : Assassinat de Kennedy, enfin la vérité ! » où le journaliste français William Reymond a retrouvé le dernier témoin vivant de cette machination, un homme d’affaires du nom de Billie Sol Estes. C’est en lisant ce livre à sa sortie en 2003 que j’avais perdu toute ingénuité dans la compréhension de la marche du monde et que j’ai commencé à essayer de lire « entre les lignes ». J’avais également revu en profondeur mon projet Siècle bleu, beaucoup trop utopiste et candide à l’époque. La théorie de la balle unique à laquellle a conclu la Commission Warren, est un monument de non-sens. Je vous cite ce qu’en dit Wikipedia : Elle postule qu'une balle unique, identifiée comme « Pièce à conviction 399 de la Commission Warren » (ou CE399) a causé l'ensemble des blessures non fatales subies par le Président John Kennedy et par le Gouverneur John Connally au cours de l'assassinat du Président. La théorie est importante parce que les deux hommes semblaient avoir été blessés en même temps ou en tout cas dans un espace de temps insuffisant pour qu'un tireur unique, compte-tenu du type d'arme (une carabine à verrou), puisse tirer deux fois. Le House Select Committee on Assassinations (HSCA) de 1979 confirma la plausibilité de cette théorie.
Quand vous voulez faire avaler un tel mensonge, ce qui est également fondamental, c’est la vitesse et l’insistance avec laquelle la thèse officielle est lâchée. Dans le cas, de l’affaire Boulin, regardez juste cette vidéo de l’INA du journal de 13h d’Antenne 2 diffusé seulement quatre heures après la découverte du corps le 30 octobre 1979 (en plus c’est assez marrant de voir comment le JT a évolué depuis).
Pour des millions de français, la thèse du suicide a été entérinée par ce journal de 13 heures. Les 75 irrégularités, inconsistances ou non-sens référencés par la famille Boulin et les multiples enquêtes de courageux journalistes (sur lesquels leurs rédactions ont exercé des pressions très fortes) n’y changeront jamais rien :
- l’eau était froide (ce qui aurait dû laisser le suspect en éveil surtout avec les doses de barbituriques indiquées, des tests l’ont prouvé),
- l’eau des poumons n’a jamais été comparée à celle de l’étang,
- les traces qui se forment juste après la mort étaient concentrées sur le dos, preuve que le corps a été retourné (il était sur le ventre au moment de sa découverte)
- les marques au visage et sur son crâne indiquent que Robert Boulin a été violemment frappé (les gendarmes tiront que le corps s’est cogné contre des pierres lorsqu’ils l’ont sorti de l’étang, alors que la zone est dépourvue de grosses pierres !)
- l’autopsie a été pratiqué sans l’accord de la famille avec de nombreuses irrégularités…
- non-audition de certains témoins
Si vous voulez connaître la liste complète des 75 irrégularités, lisez ce site ou le livre de Fabienne Burgeat-Boulin, c’est effarant.
On peut s’étonner que malgré tous ces indices, l’affaire soit encore classée, mais la famille n’a eu de cesse d’en redemander l’ouverture (cf. la chronologie établie sur Wikipedia). Le 1er juin 2010, alors qu’elle était encore garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie (et oui, encore elle !) a réaffirmé : « le dossier est clos ». Celui ou ceux qui se cachent derrière cette affaire tiennent encore à ce que, trente ans plus tard, la vérité reste étouffée. Pour les exécutants, tous les indices convergent vers le fameux SAC (Service d'Action Civile), sorte de police parallèle. Pour les commanditaires, plusieurs hypothèses, il y a évidemment Jacques Chirac mais éventuellement aussi Valéry-Giscard d’Estaing, qui s’il n’était pas le commanditaire était nécessairement au courant. Fabienne Burgeat-Boulin explique que dans ses mémoires, VGE rapportait qu’avant sa mort, la femme de Robert Boulin parlait de lui en des mots très durs. La fille du défunt a attaqué VGE en diffamation et elle a eu gain de cause. Pourtant, malgré la décision de justice, dans la nouvelle édition de ses mémoires, VGE maintint la phrase incriminée, ce qui est choquant pour un ancien président de la République et un membre du conseil constitutionnel !
La publication du livre a remis l’affaire à l’«affiche», et Fabienne Burgeat-Boulin va réessayer une nouvelle fois de rouvrir le dossier. Je me mets à la place de cette femme et je me demande comment elle n’est pas devenue folle devant autant de mensonges, sur la mort de son propre père. C’est d’autant plus difficile qu’elle mène maintenant ce combat seule, sa mère et son frère étant décédés (de morts naturelles) il y a quelques années. Vous pouvez l’encourager en faisant des dons à l’ « Association Robert Boulin pour la liberté ».
Dans l’histoire, le mensonge a souvent été utilisé pour préserver la raison d’État. Mais ici, il s’agit de préserver des interêts personnels. La mort de Robert Boulin a marqué le début du déclin d’une grande classe politique française, dont il était l’un des derniers représentants.
mercredi 26 janvier 2011
Le plongeur et le coelacanthe

Aujourd’hui, je viens de voir quelque chose d’extraordinaire qui vient confirmer que nous vivons sur une planète merveilleuse, et que le progrès et l’Homme ne sont pas toujours aussi noirs que certains voudraient nous le dire.
Je vous avais parlé dans un précédent post de l’histoire du coelacanthe (Le coelacanthe : le dernier taxon Lazare ?), ce poisson préhistorique inchangé depuis 60 millions d’années dont le premier specimen fut découvert au milieu du siècle dernier dans les filets d’un chalutier en Afrique du Sud. Depuis ma tendre enfance, je suis fasciné par cet animal, dont on peut admirer un exemplaire (naturalisé) au Museum d’Histoire Naturelle mais j’avais toujours regretté de ne jamais en voir de vivants. En effet, cet animal vit à plus de 100 mètres de profondeur et ne peut pas vivre à la pression atmosphérique.
Ces dernières années, à cause de la multiplication des chaluts en eaux profondes, le nombre de prises accidentelles de coelacanthes a explosé, mais à chaque fois les « vieux quadrupèdes » étaient morts. Il y a quelques années, j’avais quand même été en partie satisfait car des sous-marins de poche avaient réussi à filmer des coelacanthes dans leurs cavernes dans un tombant des Comores mais les images étaient de mauvaise qualité et les coelacanthes assez statiques. Deux équipes, celle d’Hans Fricke en Allemagne (vous pouvez voir les images qu’il a tournées sur mon précédent post sur les coelacanthes) et de Masamitsu Iwata au Japon, qui a récemment filmé le premier bébé coelacanthe (31.5cm). Ce Japonais a également l’ambition de capturer un coelacanthe vivant et de le ramener dans un zoom marin japonais, ce qui en ferait une attraction unique au monde. Sachant qu’un simple dauphin de delphinarium se monnaye à 300 000 $, on peut imaginer qu’une telle créature se vendrait des millions de dollars. Si la technologie le permettait, un marché noir menacerait cette espèce protégée (comme cela est raconté dans le thriller H20 ou bien à la page 78 de mon roman Siècle bleu). Mais ce n’est pas le sujet de ce post. Laissons la place au rêve.

Vous pouvez aussi lire le beau récit de l’aventure de Laurent Ballesta dans Paris Match du 15 juillet dernier.
Certains diront qu’il n’aurait pas fallu aller déranger le vieux poisson, mais je crois que Ballesta et ses compères sont parmi les gens les plus respectueux de la faune et de la flore qu’ils rencontrent. Je crois aussi que ces images serviront à faire comprendre à tous la majesté de cet animal qu’il faut protéger à tout prix des chaluts profonds et surtout du projet de port de commerce dont la Tanzanie souhaite se doter, exactement à l’endroit où se trouve la réserve de coelacanthes. Le seul risque serait que l'exploit de Ballesta attire de nombreux autres plongeurs, mais cela nécessite une telle pratique de la plongée, que le vieux poisson aura encore de paisibles journées devant lui.
Vive les coelacanthes, vive l’Homme et vive le progrès quand il est utilisé ainsi !
dimanche 9 janvier 2011
Edgard Morin : le probable et l'improbable

- La course a commencé entre le désespérant probable et l'improbable porteur d'espoir. Ils sont du reste inséparables : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve" (Friedrich Hölderlin), et l'espérance se nourrit de ce qui conduit à la désespérance.
- "Le probable n'est pas certain et souvent c'est l'inattendu qui advient".
Edgar Morin : "Les nuits sont enceintes"
En 2010, la planète a continué sa course folle propulsée par le moteur aux trois visages mondialisation-occidentalisation-développement qu'alimentent science, technique, profit sans contrôle ni régulation.
L'unification techno-économique du globe se poursuit, sous l'égide d'un capitalisme financier effréné, mais elle continue à susciter en réaction des "refermetures" ethniques, nationales, religieuses, qui entraînent dislocations et conflits. Libertés et tolérances régressent, fanatismes et manichéismes progressent. La pauvreté se convertit non seulement en aisance de classe moyenne pour une partie des populations du globe, mais surtout en immenses misères reléguées en énormes bidonvilles.
L'occidentalisation du monde s'est accompagnée du déclin désormais visible de l'Occident. Trois énormes nations ont monté en puissance ; en 2010, la plus ancienne, la plus peuplée, la plus économiquement croissante, la plus exportatrice intimide les Etats d'Occident, d'Orient, du Sud au point de susciter leur crainte d'assister à la remise d'un prix Nobel à un dissident chinois emprisonné.
En 2010 également, pour une première fois, trois pays du Sud se sont concertés à l'encontre de toute influence occidentale : Turquie, Brésil et Iran ont créé ce sans précédent. La course à la croissance inhibée en Occident par la crise économique se poursuit en accéléré en Asie et au Brésil.
La mondialisation, loin de revigorer un humanisme planétaire, favorise au contraire le cosmopolitisme abstrait du business et les retours aux particularismes clos et aux nationalismes abstraits dans le sens où ils s'abstraient du destin collectif de l'humanité.
Le développement n'est pas seulement une formule standard d'occidentalisation qui ignore les singularités, solidarités, savoirs et arts de vivre des civilisations traditionnelles, mais son déchaînement techno-économique provoque une dégradation de la biosphère qui menace en retour l'humanité.
L'Occident en crise s'exporte comme solution, laquelle apporte, à terme, sa propre crise. Malheureusement, la crise du développement, la crise de la mondialisation, la crise de l'occidentalisation sont invisibles aux politiques. Ceux-ci ont mis la politique à la remorque des économistes, et continuent à voir dans la croissance la solution à tous les problèmes sociaux. La plupart des Etats obéissent aux injonctions du Fonds monétaire international (FMI), qui a d'abord partout prôné la rigueur au détriment des populations ; quelques-uns s'essaient aux incertitudes de la relance
Mais partout le pouvoir de décision est celui des marchés, c'est-à-dire de la spéculation, c'est-à-dire du capitalisme financier. Presque partout les banques, dont les spéculations ont contribué à la crise, sont sauvées et conservées. Le marché a pris la forme et la force aveugle du destin auquel on ne peut qu'obéir. La carence de la pensée partout enseignée, qui sépare et compartimente les savoirs sans pouvoir les réunir pour affronter les problèmes globaux et fondamentaux, se fait sentir plus qu'ailleurs en politique. D'où un aveuglement généralisé d'autant plus que l'on croit pouvoir disposer des avantages d'une "société de la connaissance".
Le test décisif de l'état de régression de la planète en 2010 est l'échec de la personne la plus consciente de la complexité planétaire, la plus consciente de tous les périls que court l'humanité : Barack Obama. Sa première et modeste initiative pour amorcer une issue au problème israélo-palestinien, la demande du gel de la colonisation en Cisjordanie, s'est vu rejeter par le gouvernement Nétanyahou. La pression aux Etats-Unis des forces conservatrices, des évangélistes et d'une partie de la communauté juiver paralyse tout moyen de pression sur Israël, ne serait-ce que la suspension de l'aide technique et économique. La dégradation de la situation en Afghanistan l'empêche de trouver une solution pacifique au conflit, alors qu'il est patent qu'il n'y a pas de solution militaire. L'Irak s'est effectivement démocratisé, mais en même temps s'est à demi décomposé et subit l'effet de forces centrifuges. Obama résiste encore aux énormes pressions conjuguées d'Israël et des chefs d'Etat arabes du Moyen-Orient pour intervenir militairement en Iran. Mais la situation est devenue désespérée pour le peuple palestinien.
Tandis qu'Etats-Unis et Russie établissent en 2010 un accord pour la réduction des armes nucléaires, le souhait de dénucléarisation généralisée, unique voie de salut planétaire, perd toute consistance dans l'arrogance nucléaire de la Corée du Nord et l'élaboration probable de l'arme nucléaire en Iran. Si tout continue l'arme nucléaire sera miniaturisée, généralisée et privatisée.
Tout favorise les montées aux extrêmes y compris en Europe. L'Europe n'est pas seulement inachevée, mais ce qui semblait irréversible, comme la monnaie unique, est menacé. L'Europe, dont on pouvait espérer une renaissance de créativité, se montre stérile, passive, poussive, incapable de la moindre initiative pour le conflit israélo-palestinien comme pour le salut de la planète. Pire : des partis xénophobes et racistes qui prônent la désintégration de l'Union européenne sont en activité. Ils demeurent minoritaires, comme le fut pendant dix ans le parti nazi en Allemagne que nul dans le pays le plus cultivé d'Europe, dans le pays à la plus forte social-démocratie et au plus fort Parti communiste, n'avait imaginé qu'il puisse accéder légalement au pouvoir.
La marche vers les désastres va s'accentuer dans la décennie qui vient. A l'aveuglement de l'homo sapiens, dont la rationalité manque de complexité, se joint l'aveuglement de l'homo demens possédé par ses fureurs et ses haines.
La mort de la pieuvre totalitaire a été suivie par le formidable déchaînement de celle du fanatisme religieux et celle du capitalisme financier. Partout, les forces de dislocation et de décomposition progressent. Toutefois, les décompositions sont nécessaires aux nouvelles compositions, et un peu partout celles-ci surgissent à la base des sociétés. Partout, les forces de résistance, de régénération, d'invention, de création se multiplient, mais dispersées, sans liaison, sans organisation, sans centres, sans tête. Par contre, ce qui est administrativement organisé, hiérarchisé, centralisé est sclérosé, aveugle, souvent répressif.
L'année 2010 a fait surgir en Internet de nouvelles possibilités de résistance et de régénération. Certes, on avait vu au cours des années précédentes que le rôle d'Internet devenait de plus en plus puissant et diversifié. On avait vu qu'il devenait une force de documentation et d'information sans égale ; on avait vu qu'il amplifiait son rôle privilégié pour toutes les communications, y compris celles effectuées pour les spéculations du capitalisme financier et les communications cryptées intermafieuses ou interterroristes.
C'est en 2010 que s'est accrue sa force de démocratisation culturelle qui permet le téléchargement gratuit des musiques, romans, poésies, ce qui a conduit des Etats, dont le nôtre, à vouloir supprimer la gratuité du téléchargement, pour protéger, non seulement les droits d'auteur, mais aussi les bénéfices commerciaux des exploitants des droits d'auteur.
C'est également en 2010 que s'est manifestée une grande force de résistance informatrice et démocratisante, comme en Chine, et durant la tragique répression qui a accompagné l'élection truquée du président en Iran. Enfin, la déferlante WikiLeaks, force libertaire ou libertarienne capable de briser les secrets d'Etat de la plus grande puissance mondiale, a déclenché une guerre planétaire d'un type nouveau, guerre entre, d'une part, la liberté informationnelle sans entraves et, d'autre part, non seulement les Etats-Unis, dont les secrets ont été violés, mais un grand nombre d'Etats qui ont pourchassé les sites informants, et enfin les banques qui ont bloqué les comptes de WikiLeaks. Dans cette guerre, WikiLeaks a trouvé des alliés multiples chez certains médias de l'écrit ou de l'écran, et chez d'innombrables internautes du monde entier.
Ce qui est remarquable est que les Etats ne se préoccupent nullement de maîtriser ou au moins contrôler "le marché", c'est-à-dire la spéculation et le capitalisme financier, mais par contre s'efforcent de juguler les forces démocratisantes et libertaires qui font la vertu d'Internet. La course a commencé entre le désespérant probable et l'improbable porteur d'espoir. Ils sont du reste inséparables : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve" (Friedrich Hölderlin), et l'espérance se nourrit de ce qui conduit à la désespérance.
Il y eut même, en 1940-1941, le salut à partir du désastre ; des têtes de génie sont apparues dans les désastres des nations. Churchill et de Gaulle en 1940, Staline qui, paranoïaque jusqu'aux désastres de l'Armée rouge et de l'arrivée de troupes allemandes aux portes de Moscou, devint en automne 1941 le chef lucide qui nomma Joukov pour la première contre-offensive qui libéra Moscou. C'est avec l'énergie du désespoir que les peuples de Grande-Bretagne et d'Union soviétique trouvèrent l'énergie de l'espoir. Quelles têtes pourraient surgir dans les désastres planétaires pour le salut de l'humanité ? Obama avait tout pour être une de ces têtes, mais répétons-le : les forces régressives aux Etats-Unis et dans le monde furent trop puissantes et brisèrent sa volonté en 2010.
Mais le probable n'est pas certain et souvent c'est l'inattendu qui advient. Nous pouvons appliquer à l'année 2011 le proverbe turc : "Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra."
lundi 6 décembre 2010
Siècle bleu sélectionné pour le prix du livre numérique de L'Express

dimanche 5 décembre 2010
Deux exemplaires de Siècle bleu à gagner sur le Réseau Cétacés

C’est une heureuse coïncidence car c’est grâce au Réseau Cétacés que j’ai découvert l’existence des massacres des dauphins à Taiji en 2004 et j’avais été profondément scandalisé. En 2004, j’avais répondu à leur appel et j’étais allé manifester devant l’Ambassade du Japon à Paris en septembre 2004. Afin de faire connaître ce scandale, j’avais aussi décidé à la même époque que ce serait la scène d’ouverture de mon roman Siècle bleu qui était en gestation et qui mettait en scène l’organisation éco-activiste Gaïa (inspirée entre autres de Sea Shepherd). Finalement dans la version finale, la scène du massacre est précédée d’un prologue et se trouve au début de la première partie du livre. Vous pouvez lire la scène de Taiji en intégralité ici ainsi que la scène où le gouvernement japonais réagit aux actes de Gaïa.
Au moment où Siècle bleu est sorti (avril 2010), le massacre était bien plus médiatisé qu’il ne l’était en 2004, grâce notamment à The Cove, le documentaire de Ric O’Barry qui remporta l’Oscar du meilleur documentaire en 2010. Malgré cela, des dizaines de dauphins sont abbatus et sans l’intervention quotidiennes des observateurs des ONGs des milliers de dauphins seraient encore exterminés chaque année. Il y a donc du progrès mais il faut maintenir la pression médiatique et développer une industrie touristique d’observation des cétacés pour compenser les pertes des pêcheurs.
A propos de Réseau Cétacés
Vous pouvez retrouver le réseau cétacés :
- Sur Internet : http://www.reseaucetaces.fr
- Sur Facebook : http://www.facebook.com/group.php?gid=44951828209&v=info
Réseau-Cétacés est aujourd’hui l'une des principales sources d'informations mise à la disposition du public concernant les Cétacés. Scientifiques, étudiants, associations, pouvoirs publics, médias, personnalités du monde de la mer et passionnés de toutes sortes font partie de ce réseau.
Sur le site, découvrez l'actualité des Cétacés dans le monde, l'environnement marin, l'éco-tourisme, les publications scientifiques… Mais également les offres d'emplois et de stages, une bibliographie exhaustive, l'agenda des conférences et événements artistiques, les coordonnées de nos homologues français et internationaux…
En plus de sa mission d'information, Réseau-Cétacés s'implique également de manière active dans la protection des Cétacés, et ce par le biais d'un travail en collaboration avec le monde entier destiné à faire rebondir l'information et à mobiliser le public.
En particulier, le Réseau Cétacés est engagé ces derniers temps sur la protection des globicéphales qui font aussi l’objet de massacres sanguinaires aux îles Féroë. Ils ont développé un programme d’adoption / parrainage de dauphins sauvages ((adoption 5 euros/mois – parrainage 30 euros). 25% de l'argent collecté est reversé au « Fonds de soutien au développement du whale-watching aux Iles Féroé » créé par RC. Ce fonds a pour objectif d'assister financièrement les futurs entrepreneurs qui souhaiteront développer des excursions en mer à la rencontre des dauphins le long du littoral féroïen comme cela se fait ailleurs avec succès notamment aux Canaries.
Quelques liens utiles:
- Le Cétacé mystère du mois de novembre: http://www.reseaucetaces.fr/archive/2010/11/01/3966.aspx
- Fonds de soutien au développement du whale-watching aux Iles Féroé: http://www.reseaucetaces.fr/archive/2010/11/17/4019.aspx
- Catalogue RC: http://www.reseaucetaces.fr/archive/2010/11/21/4035.aspx
- Programme « Adopter/parrainer un dauphin » : http://www.reseaucetaces.fr/category/27.aspx

