dimanche 27 octobre 2013

Gravity versus Siècle bleu





* À lire seulement si vous avez vu le film *
  
Gravity est une pure merveille. Un scénario exceptionnel servi par la maîtrise technique et esthétique ahurissante d’Alfonso Cuarón qui a réussi à faire de ce techno-thiller un chef d’œuvre. Je suis sorti de la salle lessivé mais surtout émerveillé.


Pour les amoureux de la conquête spatiale c’est un film sans précédent par son réalisme et son exactitude scientifique. Même si beaucoup de points sont discutables (et discutés par les puristes comme Neil de Grasse Tyson), pour ma part je ne dirai rien tant ce film surpasse tout ce qui a pu être fait dans le passé en termes de rendu de la mécanique spatiale. Je tire simplement ma révérence à Cuarón. Lorsque la Station Spatiale Internationale se disloque dans le film, je me suis mis à pleurer, en pensant d’abord que c’était réel puis en me disant que cet édifice incroyable de plus de 100 milliards d’euros, célébration du génie humain dans tout ce qu’il a de plus admirable, périrait certainement un jour de la même manière. 

Les images de synthèse sont étonnantes et (pour une fois) la 3D apporte une dimension nouvelle au film et permet au spectateur de ressentir encore un peu plus ce qu’est l’angoisse en apesanteur et la beauté de la Terre en orbite.



Quand James Cameron affirmait que Gravity était le meilleur film sur l’espace jamais réalisé, il avait mille fois raison. Les geeks du spatial (comme moi) adoreront et les autres, hermétiques à l’aventure spatiale humaine, découvriront la grandeur et les dangers de cette quête. C’est un film à grand spectacle certes, mais c’est à cela que devrait servir Hollywood : nous divertir, nous émouvoir, nous faire découvrir de nouvelles choses et si possible nous faire réfléchir. À mon humble échelle, j’avais aussi essayé de partager ce qui me semblait admirable dans le rêve spatial et l’activité des astronautes avec ma saga Siècle bleu.

Le point de départ de Gravity est d’ailleurs assez proche. Alfonso Cuarón a imaginé lui aussi un thriller, un space drama, où des astronautes vivent une catastrophe, doivent se battre pour survivre tout cela sur fond d’images de la Terre merveilleuses. À l’origine de mes réflexions il y a quinze ans, j’avais d’ailleurs beaucoup hésité à situer l’action de Siècle bleu en orbite plutôt que sur la Lune mais je voulais que l’histoire s’étende sur plusieurs semaines (28 jours en fait, le temps qu’une vraie révolution ait lieu sur Terre) et en ce laps de temps, il y aurait eu de nombreuses façons de sauver mon héro (Paul Gardner) s’il était en orbite. J’avais aussi trouvé qu’un homme seul assis sur la Lune qui parle de la Terre serait plus poétique et que la compassion humaine serait plus forte, tant l’environnement lunaire est plus hostile que l’orbite terrestre. Après Gravity, je n’en suis plus vraiment sûr !

La réparation d’Hubble



Alfonso Cuarón y est en effet allé assez fort. Il a réuni dans Gravity tous les cauchemars des astronautes. Le film commence par la réparation du télescope spatial Hubble, la plus difficile des missions. Hubble se trouve en effet à 560 km d’altitude soit presque 200 km plus haut que la station spatiale internationale ou la future station chinoise (toujours en construction). S’ils vous arrivent un problème là-haut, vous êtes seuls. J’en avais discuté avec le spationaute français Jean-François Clervoy qui était parti réparer Hubble en 1999 à bord de la navette américaine Discovery. J’ai d’ailleurs retranscrit cet entretien sur mon blog, il y a 4 ans. La mission de Clervoy était doublement stressante car elle avait eu lieu du 20 au 28 décembre 1999, à un moment où tout le monde redoutait le fameux « bug de l’an 2000 »… et notamment les astronautes qui dépendent complètement de l’informatique !

Il y a eu en tout 5 missions de maintenance ou de réparation d’Hubble, l’une des plus belles et plus utiles machines imaginées par l’homme. J’avais écrit un long post en 2009 intitulé « Risky Business » dans lequel je rendais hommage à Hubble mais aussi aux astronautes qui risquent leur vie pour la poursuite de l’aventure scientifique. Lors de la dernière mission de secours en 2009, la NASA avait prévu un véritable scénario catastrophe. En effet, suite à l’accident de Columbia, si un problème était détecté sur le bouclier thermique de la navette, la procédure était de redescendre avec le Soyouz amarré à… la Station Spatiale Internationale. Comme celle-ci est située deux cents mètres plus bas et potentiellement de l’autre côté de la Terre, la NASA avait prévu d’envoyer une seconde navette pour secourir les astronautes. La seconde navette attendait donc sur le pas de tir. Je détaille tout ça dans « Risky Business ».    

Les sorties extravéhiculaires



Deuxième peur pour les astronautes : les sorties extra-véhiculaires. Tous ceux qui en ont effectué, vous diront à quel point c’est extraordinaire mais aussi terriblement angoissant (même si je ne connais pas un astronaute qui ne rêverait pas de sortir dans l’espace). Travailler avec 400 à 600 kilomètres de vide sous soi-même, en alternance de jour ou de nuit, avec le risque de partir en dérive (les spectateurs de Gravity ont bien compris l’angoisse de ce risque, même si normalement tous les astronautes en EVA ont un module de propulsion) et surtout les débris spatiaux. Un seul éclat de peinture ou un boulon qui errerait dans l’espace peut transpercer votre combinaison. Alors imaginez effectivement l’explosion d’un satellite dont les morceaux pourraient effectivement détruire l’ISS (International Space Station)/

J’évoquais d’ailleurs tout cela au début de Siècle bleu (p. 100), lorsque le héros Paul Gardner effectue une sortie extravéhiculaire en orbite pour inspecter sa capsule avant de partir vers la Lune. Vous retrouverez beaucoup d’émotions que vous avez ressenties dans Gravity, et c’est vrai que les images et la 3D apportent énormément pour comprendre cette liberté totale, cette émotion et surtout ces peurs.

Jour 2, SpaceBlog de Paul Gardner, site Internet de la NASA.

Quelle émotion ! Quel pied ! Je viens de passer trois heures à l’extérieur du vaisseau ! Trois heures de liberté totale. Enfin presque, puisque j’étais constamment relié à la capsule par un câble de sécurité. Dériver dans l’espace serait le pire cauchemar des astronautes. Grrrr…
Le franchissement du sas vers le vide spatial est effrayant. Imaginez un vide de 400 kilomètres sous vos yeux et l’environnement le plus hostile qui soit. Votre cerveau vous défendra d’y aller. Mais tant pis, mon incorrigible curiosité d’Homo sapiens l’a emporté et je me suis élancé. À l’extérieur, la température passe chaque heure de +120 °C à -100 °C selon que le Soleil est masqué ou non. Notre combinaison nous protège de ces variations, mais elle reste vulnérable aux impacts des micrométéorites aux millions de débris, vestiges de la présence de l’Homme dans l’espace, dont l’orbite terrestre basse est polluée : outils, boulons, éclats de peinture, fragments d’engins ou même des satellites entiers à l’abandon. À 28 000 kilomètres à l’heure (20 fois la vitesse d’une balle de fusil), chacun d’eux peut nous transpercer. Ces risques font partie intégrante de notre profession et nous les assumons. Rassurez-vous, la menace de collision est quand même maîtrisée : les équipes au sol suivent la trajectoire des objets les plus massifs.
(…)
Pendant près de trois heures donc, inspection des moindres détails du vaisseau pour déceler d’éventuelles traces d’impacts et quelques travaux un peu plus physiques (un panneau solaire ne s’était pas déplié et il a fallu que je force pour le décoincer). Malgré la concentration nécessaire pour effectuer ces tâches, il était difficile de ne pas se laisser enivrer par l’expérience.
Affranchi de la barrière du hublot, les sensations d’hier étaient exacerbées. Je n’observais plus seulement l’espace, j’en faisais partie. Il n’y avait plus de distinction entre l’intérieur et l’extérieur. À part la radio – que j’avais envie de couper pour mieux profiter de l’instant – et mon souffle, pas le moindre bruit. Ce silence absolu renforçait la solennité de l’instant.
Sous moi, l’immense sphère bleue palpitait de vie. Je réalisais soudain que j’étais un nouveau satellite entraîné autour d’elle par les forces invisibles de la gravitation. Bien qu’abstraites, elles étaient maintenant devenues évidentes, sensibles : j’étais devenu l’un des milliards de milliards de danseurs du grand ballet cosmique. En détournant mes yeux de la Terre plongée dans la nuit et en observant le ciel d’un noir intense, pendant quelques instants, j’ai cru entrevoir la signification de l’Infini. Subitement toutes les petites choses qui constituaient ma vie n’avaient plus d’importance et je me sentais léger, et bien. Un état de quasi-béatitude comme celui du plongeur frappé par l’ivresse des profondeurs. L’ivresse de l’espace ; la drogue ultime.
Mes instructeurs m’avaient pourtant prévenu : il ne faut surtout pas se laisser aller. Dès que l’on se sent happé, il faut impérativement se ressaisir. Si Houston ne m’avait pas parlé dans la radio, je pense que je n’en serais pas revenu. J’aurais pu devenir fou et chercher à enlever mon scaphandre pour vivre pleinement ce moment. Les quelques dizaines d’astronautes qui ont effectué des sorties extravéhiculaires ont très souvent été profondément marqués par cette expérience de liberté pure. Je n’en mesure pas encore les conséquences, mais j’en sortirai changé, c’est certain.
De retour à bord, il ne fut pas facile de partager ces sensations très personnelles avec Eileen, Scott et Gary. Je vous souhaite à tous de vivre un jour cette expérience. Peut-être que quelqu’un inventera un simulateur informatique de sorties extravéhiculaires. Cela changerait peut-être le cours de l’Histoire ?

Vous avez certainement ressenti la même chose en regardant Gravity. Ce film est peut-être l’embryon du simulateur dont je rêvais à l’époque.

Le danger des débris spatiaux



Ce danger est réel et Gravity montre à la perfection à quel point cela serait catastrophique. J’en parlais aussi à la page 100 de Siècle bleu et on a déjà frôlé à deux fois le conflit spatial.

Le nombre d’objets dangereux continue toujours de croître. Par exemple, en 2007 et 2008 les Chinois et les Américains ont chacun détruit un satellite à l’aide d’un missile, créant des quantités de nouveaux débris mortels. Un conflit spatial généralisé serait une catastrophe : la densité de déchets deviendrait telle, que l’Humanité ne pourrait plus ni séjourner en orbite ni gagner les étoiles. Elle serait condamnée à rester sur Terre pendant des millénaires, mettant ainsi un temps d’arrêt probablement fatal à une fascinante campagne d’exploration commencée il y a des millions d’années en Afrique. Pas très motivant comme perspective pour notre espèce !

Quand la navette, puis l’ISS, puis la station chinoise sont touchées par les pluies de débris, la vision est apocalyptique. Dans la pratique, je ne crois pas que Sandra Bullock et Georges Clooney pourrait y survivre, mais comme l’a dit Cuarón lui-même, nous n’avons pas affaire à un documentaire mais une œuvre de fiction. Le film montre aussi parfaitement les conséquences des chocs en apesanteur. Pour des raisons de conservation du moment cinétique, les corps et les objets partent en rotation et rien ne peut les arrêter.

Le silence et la solitude



Le film rend parfaitement compte du silence et de la solitude de l’astronaute. S’il n’a pas la radio, il n’entend que son souffle et les bruits de sa combinaison. Même la destruction de la station spatiale ne fait aucun bruit dans le vide. J’avais d’ailleurs eu un peu peur en découvrant le premier trailer de Gravity en mai 2013 car il y a des bruits d’explosion tout le long. Dans le film, on n’a que les bruits des astronautes et la musique (superbe) du film. Cuarón a bien fait les choses.

La grande traversée



Une des scènes les plus incroyables du film est celle où Clooney tracte Sandra Bullock d’Hubble jusqu’à l’ISS sur des centaines de kilomètres. À nouveau cela semble peu probable car les combinaisons propulsées ont une petite autonomie (et Georges Clooney qui s’amuse avec à faire des tours autour de la navette spatiale et d’Hubble avait dû pas mal attaquer ses réserves). De plus l’ISS et Hubble n’ont pas du tout les mêmes orbites : Hubble reste près de l’équateur et l’ISS remonte très au Nord, donc elle peuvent être éloignées de dizaines de milliers de kilomètres (mais parfois aussi assez proches). Même chose pour la station spatiale chinoise (laboratoire spatial puisque pour l’instant il n’est pas continument habité). Cette page du site de la revue « Sky & Telescope » donne par exemple les positions en temps réel (ainsi que la position dans les 60 prochaines minutes) de ces 3 constructions spatiales.

Néanmoins, cette traversée est juste magnifique. Lorsque Georges Clooney fait remarquer à Sandra Bullock la beauté du lever du soleil sur la fine atmosphère bleutée, ce fut grand moment d’émotion pour moi car c’est l’image que nous avons prise pour la couverture de Siècle bleu !



L’arrivée sur l’ISS, le feu et le départ d’urgence en Soyuz

L’arrivée sur l’ISS est merveilleuse. Pour moi cette construction, de la taille d’un terrain de football, est la plus belle qui soit. Le feu est l’une des plus graves choses qui puissent arriver à bord.


La navette Endeavour et sur le bas un Soyuz de secours arrimés à l'ISS

Dans les procédures de l’ISS, il est prévu en cas de danger de pouvoir la laisser à l’abandon (en pilotage automatique) et de rentrer dare-dare sur la Terre via le Soyuz toujours stationné là-haut (parfois il y en a même deux si le deuxième équipage est encore là). Depuis la mise en service de l’ISS en 2000, cela ne s'est jamais produit mais en revanche on a frôlé plusieurs fois l’accident. Par exemple le 28 juin 2011, les 6 astronautes de l’ISS ont dû regagner leurs canots de sauvetage (les deux Soyuz) à cause d’une alerte tardive, justement sur des débris spatiaux. Ce genre d’alertes est fréquente et normalement les équipes de l’ISS font monter ou descendre la station pour éviter les collisions. Comme le dit très bien Gravity, la station spatiale chinoise (enfin future station spatiale) dispose de vaisseaux de secours Shenzou.

Petite anecdote à ce sujet : lors d’une de mes premières discussions avec Jean-François Clervoy en 2001, je lui avais demandé comme il ferait si un astronaute tombait gravement malade et avait besoin d’une opération chirurgicale urgente (mon père est chirurgien et ancien chef de la Croix-Rouge au Biafra…). Il m’a dit que ce ne serait pas un problème. Tout d’abord les astronautes subissent des tests médicaux très poussés  avant le départ et il est peu probable qu’une maladie nécessitant une intervention se déclenche pendant les mois qui suivent. La NASA préconise par exemple aussi l’appendicectomie préventive (voir à ce titre la thèse de médecine de Fabrice Entine en 2006 à l’université Claude Bernard).  Si une maladie survenait, les astronautes comme Clervoy ont tous suivi des cours de chirurgie de base (comme certains capitaines de bateaux). Si le cas était grave (une blessure par exemple), la vie de l’astronaute primerait et il suffirait de regagner la Terre en Soyuz, ce qui ne prendrait que quelques minutes. En plaisant je lui disais qu’il pouvait donc rentrer déjeuner chez lui à midi ! Ce n’est pas aussi simple…

La rentrée dans l’atmosphère et la noyade à l’arrivée


La rentrée dans l’atmosphère est aussi une étape critique. L’angle d’entrée est très important si l’on veut réduire les frictions et donc la chaleur. Sandra Bullock manque de brûler évidemment car la trajectoire qu’elle suit paraît évidemment loin d’être optimale. La dernière étape de l’épopée incroyable la confronte à un dernier danger : la noyade à l’arrivée. 



Cet épisode est déjà survenu à Gus Grissom, le second américain dans l’espace à l’intérieur d’une capsule Mercury. Après un vol suborbital de 15 minutes, sa capsule a amerri. Le système d’ouverture s’est déclenché trop tôt, l’eau a submergé la capsule et a failli noyer Gus Grissom dont la combinaison se remplissait. Gus Grissom est mort en janvier 1967 avec Ed White et Robert Chaffee, lors d’un test au sol, dans la capsule Apollo 1. Celle-ci avait pris feu dans des conditions encore largement inexpliquées.

Ce film exceptionnel nous démontre à quel point la vie des astronautes est périlleuse et donc leur activité admirable. On peut en juger par l’épisode survenu récemment le 21 août 2013 à l’astronaute Luca Parmitano qui faillit mourir noyé dans sa combinaison lors d’une sortie extravéhiculaire. Allez sur ce lien et écoutez son interview ainsi que le commentaire par Jean-François Clervoy, on a failli frôler la catastrophe si Parmitano (comme tous les astronautes) n’avait pas eu ce sang froid et cette connaissance des phénomènes physiques.

La Terre vue depuis l’espace



Outre les péripéties qui surviennent aux astronautes, la beauté de ce film réside dans les images de la Terre en toile de fond. Ces images sont le point de départ du projet Siècle bleu, comme je l’explique sur ma page Regards d’astronautes. Au mois de septembre, j’ai d'ailleurs écrit un article dans le premier numéro de la superbe revue Orbs sur ce thème : « La Terre vue de l’Espace, une vision pour changer le monde ». Vous pouvez commander ici le numéro #1.



Voici un dernier passage du blog de Paul Gardner où il décrit la beauté de la Terre vue depuis l’orbite terrestre.

Ça y est ! Mon rêve, notre rêve, s’est enfin réalisé ! Grâce à vous ! Après toutes ces années d’entraînement et d’attente, me voilà dans l’espace ! Merci !
Je n’arrive pas à sécher mes larmes. La beauté du spectacle est trop violente. La Terre défile sous moi et dévoile ses charmes, un à un. Elle est belle, merveilleusement belle. Sereine. Vaste, infiniment vaste et pourtant à la fois si petite : à 400 kilomètres d’altitude où je me trouve, je peux d’un coup d’œil apercevoir un pays ou même un continent.

Les paysages sont plus majestueux les uns que les autres et changent sans cesse. Notre capsule effectue un tour de la Terre en moins d’une heure et demie. À cette allure, si vous quittez des yeux le hublot quelques minutes, ce n’est plus l’Afrique qui vous fera face mais l’océan Indien. Les étendues de sable doré cèderont par magie leur place aux eaux turquoise, aux sommets enneigés, aux étendues de forêts verdoyantes… La diversité des couleurs de notre planète est prodigieuse
 D’ici, la vitesse est pourtant imperceptible. La cadence paraît au contraire apaisante, lancinante, berçante. La contemplation de la Terre nous entraîne dans de longues séances de méditation. Nous ne sommes malheureusement que quelques centaines à avoir eu la chance d’admirer ce diaporama enchanté, comme cette vue du lac Nasser et de ses ramifications dendritiques, prise tout à l’heure au-dessus de la frontière qui sépare l’Égypte et le Soudan. Notion de frontière qui n’a d’ailleurs plus d’ici la moindre signification.

J’attends vraiment que le film sorte dans les salles IMAX pour retourner le voir.

Un dernier point : si vous connaissez Alfonso Cuarón, dites lui que j’admire son travail. Dites lui aussi que s’il manque de projets, je rêverais qu’il adapte Siècle bleu au cinéma ! Si vous le connaissez, mon email est ici ! Il est mexicain, comme mon autre héros, Abel Valdès Villazón, et Cuarón a déjà tourné avec Gael Garcia Bernal, l'acteur que j'aimerais tant voir dans le rôle d'Abel :-) 







samedi 28 septembre 2013

Conférence environnementale - Restitution de la table ronde sur L'Economie Circulaire


La conférence environnementale organisée par le gouvernement s'est déroulée le 20 et 21 septembre dernier au Conseil économique, social et environnemental. 5 thèmes y ont été traités : "Economie circulaire", "Emplois et transition écologique", "Politique de l'eau", "Biodiversité marine, mer et océans", "Education à l'environnement et au développement durable".

J'étais heureux que l'économie circulaire à laquelle j'ai récemment consacré deux posts ("L'économie circulaire" et "Comment motiver le recyclage pour aller vers une économie circulaire" et d'autres suivront bientôt) soit autant mise en avant, mais déçu que les Etats Généraux de l'Economie Circulaire que Jean-Marc Ayrault devait annoncer n'aient finalement pas vu le jour (le vendredi soir il en était encore fortement question, je ne sais pas ce qui a changé ensuite). 
François-Michel Lambert, député et président de l'institut de l'économie circulaire a manifesté sa déception dans un communiqué où il parle de "rendez-vous raté". Dans sa feuille de route, le premier ministre a néanmoins appelé à l'organisation d'une conférence de mise en oeuvre, qui permettra de fixer certains points sur une notion qui était inconnue des pouvoirs publics il y a seulement quelques mois et placée en numéro 1 des cinq tables rondes. Donc c'est quand même une victoire. L'économie circulaire figure d'ailleurs en bonne place dans la feuille de route de la conférence environnementale publiée ce soir par le Ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie. Nous suivrons avec attention sur ce blog la mise en oeuvre de ces travaux.


Mon ami Serge Orru (à gauche sur la photo), ancien directeur général du WWF France et grand promoteur de l'économie circulaire, a animé la table ronde à laquelle ont participé 3 ministres : Philippe Martin, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Dans la mesure où il m'y a autorisé, voici sa restitution finale des discussions de la table ronde. 

Cette table ronde sur l’économie circulaire a tourné rond et non pas tourné en rond. L’économie circulaire, c’est la réduction drastique de notre empreinte écologique et le développement du social et de l’emploi. C’est aussi passer de la société du jetable à la société du durable. 
Je reprends les écrits de Jacques Weber. « En ces temps de crise, il serait bien et urgent d’adresser un message rappelant que l’activité des entreprises repose davantage sur le vivant que sur la finance, et qu’il sera plus difficile de reconstruire la nature que le système financier ». L’économie circulaire, c’est la joie de vivre, et d’entreprendre dans une économie du moindre impact sur l’environnement immédiat et lointain. 
  
Je voudrais tout d’abord souligner que la table ronde a été extrêmement riche en propositions concrètes, j’ai senti un grand enthousiasme de tous les participants autour de la nécessaire transition vers une économie circulaire. Avant de revenir sur des orientations concrètes qui ont émergé, il me semble nécessaire de relever que les débats nous ont permis de mettre en perspective des enjeux forts liés à l’économie circulaire : 
        - la nécessité d’une vision intégrée et systémique, sur l’ensemble de la chaîne amont-aval et l’utilisation entre les deux. L’économie circulaire va au-delà du recyclage des déchets et implique une transition de société incluant la vision de la fonctionnalité. 
        - l’enjeu d’une économie des matières recyclables mais aussi des matières renouvelables, ce qui nous a amené à affirmer l’inclusion des enjeux de biodiversité dans l’approche de l’économie circulaire ainsi que la lutte contre l’étalement urbain et l’artificialisation des sols. L’économie circulaire éco-systémique et le biomimétisme devront être des priorités. 
        - les enjeux liés aux transports, à leur soutenabilité sociale et environnementale et leur contribution à la réussite de l’économie circulaire. J’ai d’ailleurs noté que Philippe Martin proposait de poursuivre cette réflexion par une table ronde de la Conférence Environnementale 2014 organisée sur cet important sujet. 
        - les nécessaires progrès en matière de recherche mais aussi d’innovation pour progresser dans les possibilités techniques de recyclage et dans l’analyse éco-socio-systémique pour basculer vers un modèle soutenable. 
  
  
Sur le sujet prioritaire de l’Eco-conception des produits, pour favoriser leur durabilité, leur réutilisation et leur réparabilité ainsi que leur recyclage, ont émergé des discussions les orientations suivantes : 
  
† l'importance de mieux informer le consommateur des critères de matières recyclées, de durée d’usage et de garanties  et donc la nécessité de  renforcer ces critères dans les éco-labels, étiquetages et éco-certification existants, en accompagnant les petites entreprises. 
  
† Il a été demandé que les collectivités et l’Etat, notamment dans le cadre de la démarche d’achats exemplaires, veillent à ce que les critères de décision favorisent la durée de vie, l’incorporation de matière recyclée, le réemploi et la recyclabilité. 
  
† en parallèle, il a été retenu le principe d’une mobilisation par les industriels de chaque filière de renforcer et diffuser les bonnes pratiques d’économie circulaire à l’échelle de leur secteur, et de se fixer des objectifs vis-à-vis de ces critères et notamment d’incorporation de matière recyclée, adaptés à chaque secteur de manière différenciée. 
  
Afin de lutter contre les pratiques d’obsolescence programmée, mettre en œuvre concrètement les nouveaux droits du consommateur prévus à court terme dans le projet de loi consommation de Benoit Hamon. En particulier : 
- Afin de dissuader et sanctionner les pratiques d’obsolescence programmée, considérée comme une tromperie sur la qualité substantielle d’un bien, les sanctions seront considérablement augmentées. 
- En complément, la création d’une procédure d’action de groupe en droit français donne le pouvoir aux consommateurs qui s’estiment lésés par une tromperie économique de porter collectivement l’action en justice.   
- La mise à disposition des pièces détachées pour le consommateur sera obligatoire dès lors que le vendeur en donne l’information. 
- Le vendeur informera également son client de l’existence de la garantie légale de conformité et de la garantie pour vice caché. L’information du consommateur sur ces droits devra être pédagogique et accessible à tous. 
- Le délai de présomption d’existence d’un défaut lors de l’achat d’un bien passera de 6 mois à 24 mois 
  
Par ailleurs les critères relatifs à la durée de vie et à la réparabilité seront plus pris en compte dans l’éco-modulation des contributions versées par les secteurs couverts par des filières REP. 
  
La France pourrait proposer à ses partenaires européens une évaluation de l’impact économique et environnemental de l’allongement de la durée de « garantie légale de conformité » pour certaines catégories ciblées de produits 
  
Il est nécessaire de définir une stratégie et des objectifs chiffrés de long terme 
  
- Pour mettre en œuvre une stratégie d'utilisation efficace des ressources, en cohérence avec les discussions européennes, des indicateurs pourront être sélectionnés afin de suivre les progrès de la mise en œuvre de l’économie circulaire en France. Une attention particulière pourra être portée aux matières d'origine renouvelable dont le bois. 
  
- n s’appuyant sur les propositions du Conseil National des Déchets, un plan déchets 2013-2020, qui intégrera la stratégie nationale de prévention des déchets, sera élaboré. 
Il devra contenir des ambitions chiffrées, telles que la réduction de moitié des déchets mis en décharge à l’horizon 2020 par rapport à 2010, l’augmentation de taux de recyclage pour les déchets non dangereux et les déchets du BTP. 
  
Il faudra se donner les moyens d’atteindre ces objectifs dans les mesures mises en œuvre, et appliquer le bon sens pour que ne soient pas enfouis les produits recyclables : seuls les produits non valorisables seront mis en décharge, et la collecte de tous les plastiques (dont les emballages films et barquettes) devra être déployée afin d’en généraliser le recyclage.  
  
Une attention particulière doit être portée aux déchets organiques : le Gouvernement a présenté récemment un plan Méthanisation qu’il convient de mettre en œuvre. Au-delà, l’ambition doit être fixée sur la collecte des biodéchets : suivre de près la mise en place de la collecte sélective par les gros producteurs, et aller plus loin sur la collecte séparée en fonction des retours d’expérience des collectivités qui l’ont mis en place. Les initiatives publiques et privées de lutte contre le gaspillage alimentaire seront favorisées dans l’objectif de diviser par deux le gaspillage alimentaire d’ici 2025. 
  
Plusieurs acteurs ont demandé l’interdiction des sacs plastiques. 
  
Concernant la toxicité, l’examen par l’Ineris examinera les risques liés à la toxicité lors du recyclage de certains produits pour des filières spécifiques. 
  
Il est apparu fortement le besoin de simplifier le geste de tri et l’information au consommateur pour l’efficacité du geste de tri. 
  
† Pour cela, nous devons fixer le cap d’une harmonisation progressive des couleurs des poubelles et consignes de tri d’une collectivité à l’autre, sans surcoûts et de manière planifiée au fil du renouvellement des équipements, avec un horizon 2020. Cela accompagnera le marquage de recyclabilité « triman » qui figurera sur les produits recyclables dès 2015. 
  
Plusieurs ont proposé une expérimentation sur des consignes de tri simplifiées entre déchets secs et déchets humides. 
  
- La consigne devra être promue dans les cas qui apparaîtront pertinents. 
  
Nous ne devons pas oublier les déchets des entreprises, qui doivent trier les principaux flux, tels que le papier. L’assujettissement des entreprises à la TEOM pourrait être supprimé au profit d’une seule redevance spéciale. 
  
Les filières REP à responsabilité élargie du producteur doivent voir leur pilotage renforcé par l’Etat, leur gouvernance clarifiée, simplifiée et harmonisée sur la base du rapport parlementaire. 
Le recours aux entreprises d’utilité sociale (insertion des personnes éloignées de l'emploi, personnes handicapées) par les éco-organismes sera favorisé grâce aux dispositions du projet de loi économie sociale et solidaire. 
Il est demandé qu’il n’y ait pas de création de nouvelle filière REP, afin de permettre à l’ensemble des acteurs et des filières des REP d’améliorer collectivement leurs pratiques et leurs résultats
, mais que soient évaluées des extensions ciblées et cohérentes du périmètre de certaines filières pour augmenter les gisements concernés 
  
Le soutien à l’innovation industrielle dans ce secteur doit être accentué. 
Il est demandé que les soutiens de l’ADEME à la politique déchets soient poursuivis, confortés et adaptés pour intégrer ces nouvelles orientations, et que les fonds publics apportent un soutien spécifique à l’innovation pour les PME, TPE, et TPI. 
Le contrat de filière portant sur la valorisation industrielle des déchets, établi dans le cadre du comité stratégique des éco-industries (COSEI) et qui inclut un pacte économie circulaire et recyclage des déchets, sera réceptionné par les Ministères de tutelle à la fin de ce mois pour mise en œuvre. 
L’innovation et l’expérimentation seront également encouragées : les travaux en cours sur la sortie du statut de déchet seront poursuivis, et l’Etat pourra publier les bonnes pratiques pour améliorer l’accès à la procédure par les entreprises. 
  
L’Etat doit poursuivre sa mobilisation pour 
la lutte contre les sites soupçonnés de fonctionner dans l’illégalité et les trafics associés. La lutte contre les dépôts sauvages sera également renforcée. 
  
Un dialogue social est nécessaire pour apporter une attention particulière à la pénibilité des métiers de l’économie circulaire. 
  
  
Pour atteindre ces objectifs, les outils incitatifs doivent être en place. 
- La fiscalité locale doit être réfléchie dans une vision globale. Dans ce but, le gouvernement saisira à l’automne le Comité pour la Fiscalité Ecologique pour rendre un avis sur la trajectoire à suivre d’ici à 2020 sur la fiscalité déchets, en lien avec le Conseil National des Déchets, s’agissant de la TGAP, la TVA, d’une contribution amont des produits non recyclables. Plusieurs acteurs ont demandé le maintient de la TVA à taux réduit. - En articulation avec les politiques fiscales, une réflexion pourra avoir lieu sur l’opportunité d’une limitation par la réglementation des quantités acceptées dans les installations d’élimination des déchets. 
  
La connaissance des flux et des coûts est un enjeu prioritaire. 
  
Il faut tout d’abord  connaître les flux et gisements d’un territoire. 
  
Les Régions ont proposé de s’investir dans l’élaboration de schémas régionaux de développement de l’économie circulaire, en lien avec leurs missions de développement économique, et pour l’émergence de plateformes de connaissances et connexion entre les acteurs. 
  
Nous devons renforcer la connaissance territoriale des gisements en incluant les déchets d’activités économiques, et en particulier du BTP, à articuler avec le schéma de carrières. Une méthodologie de comptabilisations des flux de matières sur les territoires doit émerger. 
  
Les coûts doivent être objectivés, et pour cela les collectivités iront vers la mise en place d’une comptabilité analytique déchets et l’intégration des indicateurs de suivi des coûts dans les rapports annuels. Chaque année l’Adème pourra produire un observatoire national des coûts et financements de la gestion des déchets. 
  
  
Enfin, nous devons agir pour garder les ressources stratégiques sur le territoire. 
  
La fuite des métaux stratégiques présents dans nos déchets sera limitée par les mesures inspirées du Comité des Métaux Stratégiques, dont un reporting systématique sur les métaux stratégiques dans les filières REP concernées. 
Pour garder la valeur ajoutée de ces activités sur le territoire, il faut porter au niveau Européen la proposition de limiter les transferts transfrontaliers et 
réfléchir à la mise en œuvre possible pour le principe de proximité à l’échelle pertinente pour chaque flux. 
  
Une stratégie sur l’écologie industrielle et territoriale doit être définie, et avec l’implication du CATEI (comité territorial durable et écologie industrielle) et de l’ensemble des parties prenantes, un guide méthodologique sera produit à destination des collectivités. 
  
Des Etats généraux ont été demandés. La question a été posée de savoir comment concrètement poursuivre les travaux sur le thème de l’économie circulaire. Philippe Martin a proposé de se revoir dans le cadre d’une conférence de mise en œuvre, afin de s’assurer que toutes les actions retenues ont progressé de manière satisfaisante. 
  
Bref, il s’agit d’une 
économie de désendettement vis-à-vis de la planète et de notre commerce extérieur en réduisant au maximum l’impact de la création de richesse sur al biodiversité et les ressources. C’est notre mission de passager de la planète. 
« Les rêves des hommes font évènement » Jean-Pierre Benoit, jeune résistant fusillé. 

Serge Orru - 21/09/13 
Facilitateur de la table ronde économie circulaire 
Administrateur de l'Institut de l'économie circulaire




vendredi 27 septembre 2013

Tracking Point : L'arme de chasse fatale


Beaucoup de choses m’indignent en ce bas monde et dans le haut de la pile il y a les chasseurs de gros gibiers notamment exotiques. Procurez-vous dans un kiosque la revue « Grand Gibier » ou équivalente et lisez. C’est atterrant. Vous apprécierez aussi les photos où ces chasseurs posent devant le « monstre » abattu avec un air satisfait. Comme Juan Carlos, le roi d’Espagne, dans la photo qui avait fait scandale.
Mais ce qui m’énerve encore plus, c’est lorsque ces chasseurs utilisent des armes qui ne laissent aucune chance à l’animal et qui permettent même au pire des chasseurs de réussir son coup (en général on leur fournit des armes de guerre, de façon à ce que le riche touriste en ait pour « son argent »). 

Jusqu’à présent, cela nécessitait quand même une certaine dextérité ou alors de tirer à bout portant, ce qui supposait a minima de gérer l’approche de l’animal ou de s’exposer à sa réaction. Malheureusement l’arme fatale vient d’être inventée et est commercialisée depuis le mois de mai 2013. 
Il s’agit d’un fusil électronique fabriqué par la marque Tracking Point et qui permet d’atteindre sa cible à … 1000 mètres et par n’importe quelles conditions de vent. Vous avez bien lu : 1000 mètres. Seuls les meilleurs tireurs d’élite au monde étaient capables d’une telle prouesse, aujourd’hui le moindre poivrot peut y accéder, à condition de verser 25 000 $. Tous les détails techniques sont sur le site du constructeur
Pour vous rendre compte de ce que cela signifie, il vous faut vraiment regarder la vidéo ci-dessous, où vous verrez un groupe d’abrutis descendre des impalas, des zèbres, des koudous à plus de 1000 mètres. C'est juste hallucinant.

Le fusil utilise des technologies dérivées des systèmes de guidage embarqués dans les avions de combat couplés avec une application iPhone ou iPad (qui permet de voir la cible, mais aussi d’enregistrer le « shooting » pour le partager avec vos amis sanguinaires). Je n’ose même pas imaginer les carnages qui vont être effectués sur les gros animaux, déjà en grand danger, et sur les humains.
J’aurais aimé vous dire que tout ce qui précède est un gag sorti du dernier Iron Man, mais non. L’âge de la stupidité ne fait que commencer. Il est temps qu'une organisation comme Gaïa s'en mêle. Je préférais l'époque de la galinette cendrée.








vendredi 20 septembre 2013

Motiver le recyclage pour aller vers une économie circulaire



Aujourd’hui nous allons parler du recyclage et de la façon dont on peut motiver les citoyens pour en augmenter drastiquement l'ampleur. On voit bien que si nous souhaitons nous diriger vers une économie circulaire, sujet de mon précédent post sur ce blog. il est important d’aller au-delà du tri (je suis toujours impressionné par la diversité de ce qu'il y a dans ma poubelle "à recycler") et de créer des filières « arrière » qui renvoient grâce à un tri-ultra sélectif les objets directement à celui qui les a créés, car lui seul est à même de 1) tirer un avantage du retour de la matière première 2) de revoir la conception de ses produits pour recycler plus facilement ceux qui reviennent. Je ferai prochainement un article sur l'économie circulaire pour expliquer tout cela.

Les filières arrière commencent à se mettre en place, mais aujourd’hui tout le monde ne les utilise pas. La raison est simple : pendant longtemps l’écologie ne s’est « vendue » qu’en promettant des bénéfices à très long terme (« si tu tries, nous vivrons dans 20 ans dans un monde meilleur ») qui ne mobilisent que les écolos les plus convaincus. Les écolos un peu moins convaincus (je les appellerai les « écolos de cœur » par opposition aux « écolos de foi ») doutent que leur simple geste puisse avoir la moindre incidence dans un monde où tout le monde semble s’en foutre et du coup ils ne font rien. Or ces écolos de cœur sont très nombreux dans la société et ce sont eux qui pourraient vraiment changer les choses, en faisant passer les derniers récalcitrants pour des dinosaures :-)

Comment sortir de ce cercle vicieux ? Réponse : en donnant un bénéfice court terme à celui qui recycle et si possible en rendant l’acte de recyclage ludique.

Le problème


Une personne qui travaillait chez un grand assureur (en l'occurence Generali qui est précurseur en France de tout ce qui peut contribuer au bien-être des salariés, cf leur site Génération Responsable) nous a parlé de son expérience pour le recyclage des gobelets à la machine à café. C'est un problème que beaucoup d'entre nous connaissent. Certes le meilleur moyen est d’interdire les gobelets et de forcer tout le monde à avoir sa tasse, mais les résistances sont encore très importantes. Il faut donc limiter l’usage des gobelets (de nombreux distributeurs possèdent maintenant une touche « sans gobelet » à côté de "sans sucre") et recycler ceux qui restent utilisés. Or ils finissent au mieux dans les poubelles recyclables mais jamais chez le fabricant. Comment introduire la filière arrière et encourager les employés à l’utiliser ?

La solution


C’est très simple, ils ont installé un collecteur qui tous les 25 verres ramenés donne un jeton pour un café gratuit. Du jour au lendemain, tous les comportements ont changé : les salariés se sont mis à garder leurs gobelets pour arriver à 25 (meilleure tactique pour gagner à chaque coup) et à ramasser tous les gobelets qui traînaient pour arriver au chiffre fatidique. Des piles de gobelets se sont mises à fleurir sur les bureaux et les salariés guettent les externes qui ne connaîtraient pas la règle et jetteraient leur gobelet. Une fois la machine installée, tous ceux qui jettent encore leurs gobelets appartiennent du jour au lendemain à l'ancien monde et leur comportement devient obsolète. Une simple machine montre bien qu'un changement de paradigme est possible.



En me renseignant, la machine qu’ils utilisent s’appelle Jackpoot et a été créé par Eco-collectoor. On peut paramétrer le nombre de verres qui déclenchent le jeton gratuit. Eco-collectoor propose aussi une autre machine qui rend une consigne (le café est par exemple facturé à 0.45 au lieu de 0.35 et on récupère les 10 centimes auprès de la machine), mais c’est moins ludique. Il y a des tas d’autres solutions, plus simples, comme Versoo.

L’impact
Quel impact vous me direz ? En France, on consomme chaque année 4 milliards de gobelets et seuls 1% sont recyclés. Dans le cas de l’entreprise qui témoignait, ils sont passés à presque 100% de gobelets récupérés alors qu’avant, dans la poubelle recyclable ils finissaient soient incinérés soient enfouis…

Rêvons un peu : comment boucler la boucle et créer une économie circulaire ?


On voit que dans cette solution c’est l’aspect ludique et la gratification immédiate qui motivent les gens, même si ceux-ci n’étaient pas écolos. Comment généraliser cela à l’ensemble de la filière recyclage ? En écoutant cette histoire, je me suis rappelé que lorsque j’étais petit, dès que mes parents avaient une cinquantaine de sacs plastique, je pouvais les ramener à la boulangère qui nous offraient un bonbon. Autant vous dire que l’on se battait avec mon frère et ma sœur dès que nous arrivions à cinquante.
Rêvons un peu. Si on réinstaurait ce concept de «  retour du produit = 1 bonbon » pour les piles, les ampoules, les médicaments usagés etc… Je peux vous dire que les enfants de toutes les maisons de France feraient la guerre à leurs parents pour qu’ils ne jettent rien de ce qui est recyclable et qu’ils les useraient chaque samedi pour tout ramener au magasin. Cela créerait un cercle vertueux où l’écologie se vivrait dans la joie avec des retours de court-terme.

Evidemment si cela se généralisait, il faudrait remplacer les bonbons par autre chose (sinon nous n’aurions que des enfants obèses et diabétiques), par exemple une carte à point qui leur donnerait droit à des livres, des cadeaux… Les éco-organismes en charge des filières arrières pourraient s’associer entre eux pour faire fonctionner cela et proposer un système de points communs. Vous pourriez alors faire confiance aux enfants pour éplucher la liste de tous les produits qui donnent droit à des points. Certains (dont les deux miens) se mettront même à inspecter les poubelles et faire celles des voisins ! Les chiffonniers du futur !


Si cela fonctionnait, on pourrait même imaginer que dans les secteurs qui n’ont pas encore mis en place de filières « arrière », il y ait un gros intérêt marketing à proposer des produits qui puissent être « ramenés », et ce sont les enfants qui recommanderaient à leur parents d’opter pour ces produits là (à cause toujours des petits bonbons). Alternativement on pourrait aussi faire que le recyclage permette d'obtenir des points dans une monnaie alternative et solidaire, mais cela impliquera directement les enfants.

En résumé, avec un simple retour au bon sens et en associant les enfants, on pourrait réussir à boucler la boucle, à entrer dans une économie circulaire, à valoriser les entreprises qui ont franchi le pas et ...  à changer le monde !