mardi 7 juillet 2009

Auroville, une utopie pour la planète



Auroville est la cité utopique imaginée par Sri Aurobindo et Mirra Alfassa (plus connue sous le nom de Mère). Cette cité se devait d’être « un lieu de vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités ». Ce projet explore l’une des questions fondamentales d’Aurobindo : "[...] la question la plus importante de toutes, c'est de savoir si la société sera basée sur la compétition ou la coopération, sur l'individu ou la communauté".


Située à dix kilomètres de Pondichéry, Auroville a été édifiée au milieu d’un désert. Selon la légende du village avoisinant d’Irumbai, il y a cinq siècles, un yogi répondant au nom de Kaduveli Siddha dont le roi de la province s’était moqué, se serait vengé en invoquant Shiva et en faisant tomber une pluie de pierres sur la région qui l’aurait rendue désertique. Le roi  horrifié s’était finalement excusé, mais il était trop tard pour que Kaduveli répare la punition divine. En revanche il annonça que des hommes venus de loin reverdiraient la région et rendraient les terres à nouveau fertiles. C’est exactement ce que les Aurovilliens ont accompli cinq siècles plus tard. 


La région autrefois désertique a cédé la place à un paradis tropical. Depuis l’inauguration du site en 1968, plus de deux millions d’arbres ont en effet été plantés (dont les fameux banians qui poussent à l’horizontale et dont les branches se transforment en troncs lorsqu’ils touchent la terre). 



Les plans d’Auroville, inspirés par la vision de Mère, ont été dressés par l’architecte français Roger Anger. Organisée autour des bras spiralés d’une galaxie, la ville devait pouvoir accueillir 50 000 personnes (il y a aujourd’hui encore seulement 2000 Aurovilliens originaires de plus de 40 nationalités). 


Au centre de la spirale, se trouve le Matrimandir, l’âme d’Auroville, l’âme de Mère. La construction de cette grande sphère dorée a nécessité 37 années de travaux (sans l’aide d’aucun engin de chantier) et elle s’est achevée en mai 2008. Les habitants d’Auroville se divisaient auparavant en deux grandes catégories : les bâtisseurs du Matrimandir et les reboiseurs (les deux versants du projet d’Auroville : la cité spirituelle et l’environnement). Il semble que la fin de la construction de la sphère est été un aboutissement, mais la communauté traverse aujourd’hui une crise identitaire et doit se fixer un nouvel objectif pour canaliser à nouveau les énergies dans la même direction (le reste de la population mondiale est également en quête de sens mais ne le reconnaît pas).


Le Matrimandir est un lieu de méditation pour les pratiquants du yoga intégral (philosophie développée par Aurobindo). La  chambre interne entièrement recouverte de marbre blanc (marbre de Lasa en Italie, l’un des plus précieux au monde), a une allure futuriste et abrite la plus grande sphère en cristal du monde. Conçue par la maison Carl Zeiss en Allemagne, elle a un diamètre de 70 centimètres et sa structure est d’une pureté absolue. Au sommet du dôme, un miroir robotisé suit les mouvements du soleil et concentre sa lumière à l’aide d’une lentille en un rayon unique qui se déverse sur le cristal. La pièce est entourée de 12 piliers vertigineux et les séances de méditation y sont particulièrement puissantes.


Auroville ne se limite pas à cette prouesse architecturale, la finalité du projet étant éminemment humaine. Afin de redonner vie à ce site moribond, les Aurovilliens ont en effet utilisé des savoirs faire ancestraux pour redonner vie aux nappes phréatiques et faire repousser la végétation là où elle avait complètement disparu. En faisant ce travail sur la Terre, c’est aussi un travail sur eux-mêmes qu’ils ont accompli.


Mon amie écrivain et réalisateur Michèle Decoust vient à ce propos d’achever un sublime documentaire (on pourrait même l’appeler un « document ») sur Auroville (intitulé « Auroville, une terre pour demain. Vers une écologie spirituelle.» qui a été présenté en première à Paris la semaine dernière et que vous pourrez bientôt vous procurer en DVD sur le site du film) dans lequel elle dresse le portrait de plusieurs habitants. Ils ont tous en commun un regard émerveillé et une passion communicative pour leurs projets :

  • Aviram de Sadhana Forest (régénération de zones désertiques)
  • Bhagwandas d’Aqua Dyn (fontaine écologique à haute performance)
  • Joss de Pitchandikulam Forest (regénération de zones désertiques)
  • Moushine de Prakti Design (fours à faible consommation de bois)
  • Satprem de l’Earth Institute (constructions en briques compressées à la main)
  • Tendy du CSR (centre de recherche pour le développement durable)
  • Uma d’Upasana (qui fabrique notamment les poupées Tsunamika, faites de matériaux de récupération et offertes à travers le monde pour venir en aide des victimes du Tsunami, la côte ravagée étant à seulement quelques kilomètres d’Auroville)

Michèle Decoust a su parfaitement saisir l’émotion et la force de ces Terriens hors du commun dont les actions ont eu une empreinte écologique « positive ». J’espère que ce document unique aura un grand succès dans les festivals et qu’il donnera à de nombreuses personnes l’envie de s’investir dans des projets de ce type, pourquoi pas en France. Auroville a été avant l’heure un laboratoire du développement durable (développement qui combine nécessairement un progrès technique et une élévation spirituelle de l’homme) et il faut maintenant espérer que ce savoir faire s’essaime. 


Le film devrait être montré à nouveau au cinéma l’Entrepôt dans le 14ème arrondissement à Paris au début du mois de septembre 2009 (la date et l’heure seront données prochainement sur le site de l’Entrepôt).

5 commentaires:

Anonyme a dit…

votre article sur auroville ne mentionne pas la ségrégation par l'argent nécéssaire pour obtenir le droit d'y séjourner, ou encore celle de l'exploitation des paysans locaux pour la construction de la ville ...

gerard de dk a dit…

En france,on embauche des marocains,pour construire nos routes!à Auroville,on embauche des tamouls,bien contents d,avoir du travail rénuméré au smig de làbas!
en plus leurs enfants bénifiçient des ecoles et des soins de santé.Il faut avoir été à auroville
pour voir ce qui se passe et ne pas dire des idioties à 4 sous!
gerard de dk.france...

Jean-Pierre Goux a dit…

Bonjour. Merci pour vos messages. Je n'ai pas été à Auroville donc je ne peux pas juger. Néanmoins je fais confiance à ceux que je connais et qui y sont allés. Ils ont certes vus des choses améliorables dans la relation avec les locaux, néanmoins je ne crois pas que l'on puisse parler d'exploitation. Auroville est une utopie et comme tout aventure humaine, rien n'y est parfait. Au contraire de beaucoup d'autres aventures humaines, Auroville a une vocation utopique, et rien que pour ça, c'est déjà beaucoup.

DEYBACH Simon a dit…

Bonjours, je souhaite vivement venir à Auroville j'ai 700 euros pour faire le voyage depuis la France j'habite à Nancy pouvez vous me conseiller s'il vous plait ?

Anonyme a dit…

On a peut-être tellement besoin d'idéal qu'il apparaît insupportable qu'un idéal affiché ne soit pas en correspondance totale avec ce qu'on en attend, un peu comme ceux qui loin de la France, en rêvent encore comme le pays des libertés (égalité/fraternité) et découvrent éventuellement plus tard qu'il y a des petites nuances à apporter au tableau en cours de composition... Mais cela demeure bizarre comme on peut préférer interroger et questionner des lieux au loin que d'examiner comment nous nous conduisons et quelles en sont les implications dans notre quotidien, y compris des implications au loin d'ailleurs... Auroville, le plus court chemin pour y aller c'est rechercher l'aurore dans votre ville.