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samedi 31 octobre 2009

Biosphere 2 : rencontre avec des Biosphériens (3/4)


Cet article est le troisième de mon enquête sur Biosphere 2 (je vous conseille de lire les précédents articles avant celui-ci):

- Partie 1 : Biosphere 2, la genèse du projet,

- Partie 2 : Biosphere 2, construction et désillusions,

- Partie 3 : Biosphere 2, rencontre avec des Biosphériens.

- Partie 4 : Biosphere 2, la vérité qui dérange.



Afin de comprendre ce qui s’était réellement passé dans Biosphere 2, il fallait que j'approche directement des acteurs de ce projet. C’était d’autant plus important, que le roman que j’avais commencé à écrire se déroulait en partie à Biosphere 2 et que je devais tirer ça au clair avant de le terminer.


En 2006, j’étais tombé par hasard sur le roman Le Rêve de White Spring de Michèle Decoust, paru aux Editions du Seuil. Ce livre magnifique raconte de façon romanesque l’épopée de Biosphere 2 mais transposée en Australie, au cœur des pistes du rêve. Il était indiqué en quatrième de couverture que Michèle Decoust avait participé au projet Biosphere 2. C’était donc à ma connaissance la seule personne en France à avoir côtoyé les initiateurs du projet, je tenais mon lien avec les créateurs du projet.


Après de nombreux échanges électroniques, j’ai finalement rencontré de Michèle Decoust en mai 2008 à Paris (la première version de mon roman était alors terminée). Journaliste (proche de la revue Nouvelles Clés que j’apprécie), réalisatrice (je vous ai parlé de son dernier film sur Auroville), écrivain et ethnopharmacologue, elle parcourt le monde ce qui explique pourquoi il était difficile de la rencontrer. Michèle est une personne admirable, qui est depuis devenue une amie. Nous partageons de nombreuses références et elle s’est tout de suite intéressée à mon projet de roman.


Michèle a vécu l’aventure de Biosphere 2 de très près. Elle avait rencontré l’équipe de John Allen en Australie dans les années 80 et est devenue la petite amie de Phil Hawes, l’architecte de Biosphere 2 (un élève du célébrissime Frank Lloyd Wright). Elle les a suivis jusqu’en Arizona en 1988 et y a passé plusieurs années en tant que réalisatrice pour filmer la construction de la Biosphère, qu’elle compare à celle des cathédrales. Elle était la mémoire de Biosphere 2. Elle a interviewé et filmé tous les penseurs et personnalités qui s’étaient rendus sur le site (Ravi Shankar, Charles Mingus, James Lovelock, William Burroughs, Buckminster Fuller, Marlon Brando mais aussi des astronautes, des stars du cinéma, des leaders religieux, des scientifiques, des têtes couronnées européennes…). Même si elle ne faisait pas partie des 8 biosphériens à l’intérieur, elle a été profondément marquée (positivement) par cette expérience et en garde des souvenirs de rencontres extraordinaires. On pourrait même parler d’illumination. Michèle en a tiré un documentaire de 52 minutes intitulé « Bouddha et la Biosphère » (qu’elle présente de temps à autre dans des festivals, guettez sa prochaine projection sur Internet) et son roman Le Rêve de White Spring.


Grâce à elle, le 12 décembre 2008 (soit près de 20 ans après avoir lu l’article séminal de Science&Vie sur le projet), j’ai enfin rencontré mes « héros » : Abigail Alling (« Gaie ») et Mark Van Thillo (« Laser »), deux des huit fameux biosphériens. Ils étaient de passage à Paris pour quelques jours chez Michèle Decoust. Elle a organisé un petit dîner dans son appartement qui domine les toits de Paris. Soirée inoubliable, véritable rencontre du troisième type.


Gaie et Laser sont des êtres humains extraordinaires qui savent vivre leurs rêves. Simples, abordables, doués d’une incroyable compassion pour le genre humain et la biosphère. Comme Michèle Decoust, l’expérience de Biosphere 2 les a transformés. Physiquement et spirituellement. 15 ans après (ils sont sortis de la Biosphère en septembre 1993), les marques de l’expérience sont indélébiles. Ils considèrent, sans prétention, qu’ils ont été des extraterrestres sur Terre pendant deux ans. En écoutant leur récit, on ne peut que les croire.


Lorsqu’ils sont rentrés dans la biosphère, Gaie et Laser avaient respectivement 29 et 27 ans (Gaie se trouve à l’extrême gauche de la photo et Laser à l’extrême droite). Ils étaient donc très jeunes (si l’on compare par exemple à l’âge des astronautes qui ont plutôt en moyenne la quarantaine). Ils avaient rencontré John Allen (le créateur du projet donc j'ai parlé dans un précédent post), des années auparavant et avaient déjà réalisé de nombreuses missions avec l’Institut d’Ecotechnique, notamment sur un bateau lui aussi utopique, l’Heraclitus.



L’Heraclitus est une sorte de jonque, imaginée et construite par John Allen et ses équipes au milieu des années 70 à Oakland, dans la baie de San Francisco. Michèle Decoust a réalisé un autre splendide documentaire sur ce bateau, Le Dragon des Mers, où l’on voit notamment des images d’archive de sa construction. A bord de l’Heraclitus qui les a menés jusqu’en Antarctique, ils ont appris les contraintes de la vie en communauté dans un espace confiné et ils ont forgé les valeurs nécessaires pour vivre en autarcie pendant deux ans. C’est sur la base de ces critères d’endurance, de solidarité, de travail en équipe et d’ouverture d’esprit que John Allen les a sélectionnés, comme les 6 autres. Gaie était diplômée en écologie de Yale, et sa spécialité était les mammifères marins. Dans Biosphere 2, elle était plus particulièrement en charge de la conception et de l’entretien de l’océan et du récif corallien. Laser, originaire d’Anvers, après des études à l’Institut technique Don Bosco, a voyagé pendant des années (notamment à bord de l’Heraclitus) où il s’est passionné pour les systèmes mécaniques et écologiques. A lui seul, et malgré son jeune âge, il était responsable de toutes les machines à l’intérieur de Biosphere 2… Heureusement qu’il était un bricoleur de génie.


Voilà donc nos 8 aventuriers catapultés à l’intérieur de la biosphère. Là, un travail herculéen les a attendus, comparable à l’épreuve des écuries d’Augias. Le choix du nom de l’Heraclitus avait été prémonitoire ; John Allen, qui ne laissait rien au hasard, l’avait probablement anticipé. Le maintien en condition de la biosphère (agriculture, élevage, ménage, arrachage des mauvaises herbes, nettoyage de l’océan, contrôle des espèces nuisibles, réparations en tout genre, préparation des repas à partir des seules productions de la biosphère) leur prenait en effet un temps fou, la majeure partie du temps de leur journée même, ne laissant que peu de temps pour les expériences « scientifiques » (même si comme on le verra plus loin, vivre dans la Biosphere 2 constitue en soi une expérience unique).


A cette activité harassante, se sont combinées des conditions de vie à l’intérieur de la biosphère extrêmement rudes : dans cet écosystème artificiel, la composition atmosphère atteint un équilibre un équilibre différent de celui que nous connaissions sur Terre. Les niveaux de CO2 ont atteint des niveaux records (jusqu’à 3400 ppm contre 380 ppm sur Terre) avec de très amples variations journalières et saisonnières, et l’oxygène se mit à disparaître mystérieusement conduisant à réinjecter de l’oxygène dans la biosphère. Après deux ans dans ces conditions hostiles, dignes d’un autre monde, les biosphériens ont tenu et sont ressortis rachitiques et épuisés. Au lieu d’être acclamés comme des héros, ils ont été la cible d’âpres critiques. Ils ne s’en sont jamais réellement remis.


Ces critiques avaient commencé avant même le début de l’expérience. Un article de Marc Cooper dans le magazine new-yorkais Village Voice publié le 2 avril 1991 (l’expérience a commencé le 26 septembre 1991) avait mis le feu aux poudres.


Nous avons passés ces critiques en revue avec Gaie et Laser et voici leurs réponses.

  • Biosphere 2 est une escroquerie, de l’air y a été réinjecté : cet argument a été utilisé par toute la presse. Tout d’abord ce n’est pas une escroquerie, car les promoteurs du projet ne l’ont jamais caché, ils ont juste été maladroits. La responsable des relations publiques (dont ce n’était pas la formation) aurait pu communiquer en indiquant que cette première mission de deux ans était inédite et que tout ne serait pas parfait du premier coup. Dieu n’a pas fait le monde en un jour. Et puis le volume d’air injecté était mesurable et en soi ne pertubait pas l’expérience mais permettait juste qu’elle se poursuive. Au lieu de cela, les promoteurs du projet ont ignoré les journalistes (même parfois pris de haut), ce qui a renforcé les suspicions à l’égard du projet. Ces erreurs de communications sont cruciales pour comprendre l'échec de Biosphere 2. Pour en avoir discuté avec les protagonistes, elles sont dues à :
  • un manque d’expérience de la relation avec les journalistes notamment au niveau de la responsable de la communication. Cette partie de l’équipe aurait dû être mieux choisie,
  • un manque de temps criant car toutes les équipes (à l’intérieur et à l’extérieur) étaient surchargées et n’avaient pas le temps matériel de répondre aux sollicitation des journalistes,
  • un sentiment de non-nécessité de se justifier car le projet était une initiative privée. C’est là que l’erreur a sans doute été la plus grande.
  • Les participants entraient et sortaient de la Serre. C’est absolument faux. Les Biosphériens ont vécu en isolement total dans un « autre monde » pendant 2 ans. Les tensions personnelles et entre les groupes d’individus ont été nombreuses, mais ils n’ont jamais craqué. Il y a eu une seule exception, Jane Poynter, qui a dû sortir après quelques jours, se faire recoudre un doigt que le Docteur Ray Walford (à l’intérieur) n’avait pas pu soigner, les sas sont restés complètement fermés. Quand elle revint dans la Serre quelques heures après, on l’accusa de tous les maux.
  • Pas de science dans Biosphère 2 : Le principal enseignement de cet expérience est humain. Même si l’expérience n’était pas parfaite, elle a aussi permis plusieurs découvertes ou développements technologiques. Par exemple, lorsque l’oxygène disparaissait de la biosphère, ils l’ont recherché partout (dans d’éventuelles fuites, dans les sols…) mais ils se sont rendus compte qu’il était en fait fixé dans le béton avec du CO2. Avant Biosphere 2, on n’aurait jamais pensé cela. Avec un simple vernis naturel, le béton a été traité et n’a plus absorbé l’oxygène. Ils ont également aussi mis au point des systèmes de recyclage des eaux par des boues que Mark Nelson, l’un des biosphériens, a par la suite commercialisés : Waste Water Gardens.
  • La Biosphère a été infestée par les insectes nuisibles : pour Gaie et Laser, le fait que les fourmis et les cafards se soient multipliés n’est pas négatif. En effet, Biosphere 2 étant très différente de Biosphere 1 (la Terre), l’équilibre des espèces qui s’y forme n’avait aucune raison d’être le même.
  • Biosphere 2 est gérée par une secte : comme je vous l’avais expliqué dans un précédent post, les biosphériens faisaient du théâtre, de la méditation, sous l’impulsion de John Allen au sein du groupe Synergia. Ce groupe a été accusé de secte ce qui est faux même si John Allen peut quand même être considéré comme un maître à penser, mais c'est plus un leader qu’un gourou.


Au-delà de ces critiques, qu’ils ont toujours du mal à encaisser, Gaie et Laser m’ont raconté les enseignements qu’ils avaient tirés de cette expérience. Dans Biosphere 2, une pollution isolée avait des conséquences visibles et sensibles partout ailleurs en l'espace de quelques heures ou quelques jours, pas quelques décennies. Ils ont donc ressenti viscéralement ce que c’était de vivre dans un monde où tout interconnecté (très peu d’humains ont eu cette révélation). Ils ont appris que nous devons nous conduire en « équipage », en « intendant » (notion de stewardship en anglais) et non pas en « passager » sur cette planète. Ils ont également reconnu qu’ils étaient trop peu nombreux pour concevoir, construire et opérer une biosphère dans des temps si courts. Le budget de deux cents million de dollars injecté par Ed Bass étaient finalement modeste en regard de ce qu’ils ont accompli.


Ils estiment aussi que ce projet est arrivé trop tôt pour deux raisons. La première c’est qu’en 1991, la prise de conscience sur l’effet du CO2 était encore très limitée et les conclusions physico-chimiques de Biosphere 2 n’intéressaient personne. Le grand public n’était pas éduqué pour comprendre. A l’heure actuelle, après l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto et la vulgarisation de la problématique par les médias, un tel projet aurait eu beaucoup davantage de répercussions. La deuxième raison qui leur fait dire que ce projet est arrivé trop tôt, c’est qu’à cette époque le web n’existait pas vraiment. En 1993, le World Wide Web n’était en effet en qu’à ses balbutiements. Je suis rentré en école d’ingénieur en septembre 1993 et à cette époque il n’y avait que quelques centaines de serveurs web de part le monde (nous avions d’ailleurs monté à l’Ecole l’un des tous premiers serveurs français et l’on découvrait chaque semaine les nouveautés du langage HTML que je testais sur ma page personnelle), à l’époque on connaissait encore le web par cœur et on regardait chaque jour les nouveaux serveurs qui apparaissaient. Avec le web, la communication du projet n’aurait pas dû nécessairement passer par les fourches caudines journalistes (évitant cette campagne de dénigrement dont ils ont été victimes). L’équipe de Biosphère 2 aurait donc piloté sa communication et les internautes se seraient rendus compte en temps réel de la dureté des conditions de vie à l’intérieur de la serre et de l’intérêt de l’expérience. Le rôle éducatif de la biosphère aurait pu être extraordinaire. Tous les enfants qui visitaient le site étaient enchantés par ce qu’ils découvraient. Avec le web, ils auraient été des millions à pouvoir virtuellement effectuer ce pèlerinage.


Cette confession de Gaie et Laser, les larmes aux yeux quand ils évoquaient leur biosphère, était extrêmement touchante. Tout ce qu’ils m’ont dit correspondait à ce que j’avais pressenti depuis 20 ans : cette expérience avait été extraordinaire et avait été enterrée par l’establishment américain hostile à une telle révolution. La réussite d’une telle utopie privée aurait été problématique pour eux. Même si je n’avais pas vécu la même chose qu’eux, nous nous sommes sentis complètement en osmose, tellement cette expérience me tenait aussi à cœur et tellement j’en avais rêvé. Ce qui s’est noué pendant cette soirée était extrêmement puissant. La dernière heure de discussion fut inoubliable, à parler de dauphins, des coraux, de la Terre, du rôle de la technologie et de l’avenir de l’homme.


Je devrais les revoir bientôt, ils sont en ce moment à Malte, où ils préparent un nouveau bateau pour la Pacific Coral Reef Foundation, la fondation de protection des coraux dont ils s’occupent.


En se quittant, ils m’ont dit que je ne pourrais pas complètement comprendre Biosphere 2 si je ne rencontrais pas John Allen. Cette rencontre fut plus dure à monter mais je l'ai finalement vu le 20 octobre 2009 à Paris. Compte-rendu bientôt sur ce blog.


PS : deux coïncidences bizarres pendant cette soirée : j'avais imaginé dans mon roman que la forêt vierge de Biosphere 2 cachait de mystérieuses plantations d'ayahuasca (une plante sacrée hallucinogène utilisée par les chamanes d'Amérique du Sud) et que l'océan contenait un tridacne géant (le plus gros des coquillages), et bien j'avais vu juste ! Gaie et Laser étaient circonspects, moi aussi.

mercredi 14 octobre 2009

Obama au pays des Bisounours



Lorsque j’ai appris le choix de Barack Obama par le comité Nobel la semaine dernière, ma première réaction fut l’indignation (même si j'apprécie globalement les idées et surtout le style Obama). Finalement je me dis que peut-être ce jury a de l’humour et même du second degré. N’oublions pas que le prix Nobel de la paix aurait été suggéré à Alfred Nobel pour réparer « le mal qu’il avait causé avec la dynamite » dont il était l’inventeur. En décernant dès le début de son mandat le prix Nobel de la paix à Obama, c’est peut-être une sorte de vaccin contre la violence (ou en tout cas contre un revirement de ses opinions) que nos amis d’Oslo ont cherché à lui inoculer.
Barack Obama a en effet dû se retrouver fort embarrassé de recevoir une telle distinction à son réveil. Il a vite dû se rendre compte qu’il aurait bien du mal à décliner ce prix compte tenu de sa popularité et de l’espoir qu’il représente pour une grande partie de la population mondiale. Ses filles ne lui auraient pas non plus jamais pardonné de renvoyer cette cargaison de bisounours arrivés tout droit de Scandinavie, le pays du Père Noël. Leur papa adoré allait de plus devenir du jour au lendemain, l’« homme le plus gentil du monde », ce n’est pas rien pour un papa.
Barack va donc traîner pendant 3 ans (et peut-être plus) cette image de bisounours. J’imagine que lorsqu’il aura besoin d’intervenir militairement, nous allons assister à de sublimes inventions d’oxymores ou autres euphémismes de bienséances. Après la guerre propre, la pacification, les conflits armés, les frappes chirurgicales ou les dommages collatéraux, que va-t-on nous inventer ? La guerre bienveillante, les attaques douces, les boucliers anti-méchants, la bombe qui fait pas mal, l’obus fleuri, l’opération arc-en-ciel ? Ca ne va pas être simple pour lui d’être convaincant, car un bisounours déguisé en soldat, ça ne fait pas très peur et c’est surtout ridicule.
Peut-être que finalement après cela nous assisterons à la fin de la guerre (Fukuyama nous avait bien prédit la fin de l’histoire), tellement ce concept est rétrograde. « So Second Millenium » comme diraient nos amis british. Cela va être en tout cas intéressant de suivre l’impact de cette distinction sur le discours et l’attitude des Etats-Unis sur la scène internationale. D’ailleurs, Obama devra aller chercher son prix à Oslo le 10 décembre (date anniversaire de la mort d’Alfred Nobel) en plein milieu du Sommet de l’ONU sur le climat qui se déroulera à Copenhague du 7 au 18 décembre. Les Etats-Unis auront donc peut-être du mal à se défiler (comme ils cherchent en ce moment à le faire malgré les belles promesse de l'ami Barack).
En définitive, je me demande presque si ce Prix Nobel ne serait pas un nouveau calunar des Yes Men, eux qui avaient il y a 5 ans si bien piégé Dow Chemicals en proposant d’indemniser les victimes de Bhopal en direct à la BBC. Si vous ne connaissiez pas cette vidéo, délectez-vous, c'est du miel.

mardi 7 juillet 2009

Auroville, une utopie pour la planète



Auroville est la cité utopique imaginée par Sri Aurobindo et Mirra Alfassa (plus connue sous le nom de Mère). Cette cité se devait d’être « un lieu de vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités ». Ce projet explore l’une des questions fondamentales d’Aurobindo : "[...] la question la plus importante de toutes, c'est de savoir si la société sera basée sur la compétition ou la coopération, sur l'individu ou la communauté".


Située à dix kilomètres de Pondichéry, Auroville a été édifiée au milieu d’un désert. Selon la légende du village avoisinant d’Irumbai, il y a cinq siècles, un yogi répondant au nom de Kaduveli Siddha dont le roi de la province s’était moqué, se serait vengé en invoquant Shiva et en faisant tomber une pluie de pierres sur la région qui l’aurait rendue désertique. Le roi  horrifié s’était finalement excusé, mais il était trop tard pour que Kaduveli répare la punition divine. En revanche il annonça que des hommes venus de loin reverdiraient la région et rendraient les terres à nouveau fertiles. C’est exactement ce que les Aurovilliens ont accompli cinq siècles plus tard. 


La région autrefois désertique a cédé la place à un paradis tropical. Depuis l’inauguration du site en 1968, plus de deux millions d’arbres ont en effet été plantés (dont les fameux banians qui poussent à l’horizontale et dont les branches se transforment en troncs lorsqu’ils touchent la terre). 



Les plans d’Auroville, inspirés par la vision de Mère, ont été dressés par l’architecte français Roger Anger. Organisée autour des bras spiralés d’une galaxie, la ville devait pouvoir accueillir 50 000 personnes (il y a aujourd’hui encore seulement 2000 Aurovilliens originaires de plus de 40 nationalités). 


Au centre de la spirale, se trouve le Matrimandir, l’âme d’Auroville, l’âme de Mère. La construction de cette grande sphère dorée a nécessité 37 années de travaux (sans l’aide d’aucun engin de chantier) et elle s’est achevée en mai 2008. Les habitants d’Auroville se divisaient auparavant en deux grandes catégories : les bâtisseurs du Matrimandir et les reboiseurs (les deux versants du projet d’Auroville : la cité spirituelle et l’environnement). Il semble que la fin de la construction de la sphère est été un aboutissement, mais la communauté traverse aujourd’hui une crise identitaire et doit se fixer un nouvel objectif pour canaliser à nouveau les énergies dans la même direction (le reste de la population mondiale est également en quête de sens mais ne le reconnaît pas).


Le Matrimandir est un lieu de méditation pour les pratiquants du yoga intégral (philosophie développée par Aurobindo). La  chambre interne entièrement recouverte de marbre blanc (marbre de Lasa en Italie, l’un des plus précieux au monde), a une allure futuriste et abrite la plus grande sphère en cristal du monde. Conçue par la maison Carl Zeiss en Allemagne, elle a un diamètre de 70 centimètres et sa structure est d’une pureté absolue. Au sommet du dôme, un miroir robotisé suit les mouvements du soleil et concentre sa lumière à l’aide d’une lentille en un rayon unique qui se déverse sur le cristal. La pièce est entourée de 12 piliers vertigineux et les séances de méditation y sont particulièrement puissantes.


Auroville ne se limite pas à cette prouesse architecturale, la finalité du projet étant éminemment humaine. Afin de redonner vie à ce site moribond, les Aurovilliens ont en effet utilisé des savoirs faire ancestraux pour redonner vie aux nappes phréatiques et faire repousser la végétation là où elle avait complètement disparu. En faisant ce travail sur la Terre, c’est aussi un travail sur eux-mêmes qu’ils ont accompli.


Mon amie écrivain et réalisateur Michèle Decoust vient à ce propos d’achever un sublime documentaire (on pourrait même l’appeler un « document ») sur Auroville (intitulé « Auroville, une terre pour demain. Vers une écologie spirituelle.» qui a été présenté en première à Paris la semaine dernière et que vous pourrez bientôt vous procurer en DVD sur le site du film) dans lequel elle dresse le portrait de plusieurs habitants. Ils ont tous en commun un regard émerveillé et une passion communicative pour leurs projets :

  • Aviram de Sadhana Forest (régénération de zones désertiques)
  • Bhagwandas d’Aqua Dyn (fontaine écologique à haute performance)
  • Joss de Pitchandikulam Forest (regénération de zones désertiques)
  • Moushine de Prakti Design (fours à faible consommation de bois)
  • Satprem de l’Earth Institute (constructions en briques compressées à la main)
  • Tendy du CSR (centre de recherche pour le développement durable)
  • Uma d’Upasana (qui fabrique notamment les poupées Tsunamika, faites de matériaux de récupération et offertes à travers le monde pour venir en aide des victimes du Tsunami, la côte ravagée étant à seulement quelques kilomètres d’Auroville)

Michèle Decoust a su parfaitement saisir l’émotion et la force de ces Terriens hors du commun dont les actions ont eu une empreinte écologique « positive ». J’espère que ce document unique aura un grand succès dans les festivals et qu’il donnera à de nombreuses personnes l’envie de s’investir dans des projets de ce type, pourquoi pas en France. Auroville a été avant l’heure un laboratoire du développement durable (développement qui combine nécessairement un progrès technique et une élévation spirituelle de l’homme) et il faut maintenant espérer que ce savoir faire s’essaime. 


Le film devrait être montré à nouveau au cinéma l’Entrepôt dans le 14ème arrondissement à Paris au début du mois de septembre 2009 (la date et l’heure seront données prochainement sur le site de l’Entrepôt).

jeudi 4 juin 2009

TED et la suite du combat d’Al Gore


Avec le rapport de Sir Nicholas Stern sur l’économie du changement climatique, le film d’Al Gore « Une vérité qui dérange » sorti en 2006, a grandement contribué à la prise de conscience générale sur la bombe climatique. Malheureusement, les actions concrètes et rapides n’ont pas nécessairement suivi (même si on peut se féliciter de la nouvelle posture de l’administration Obama, grandement attribuable à Al Gore). Il faudra encore attendre les tractations internationales qui auront lieu en décembre à Copenhague lors de la conférence de l’ONU sur le changement climatique pour connaître l’ampleur des efforts auxquels l’humanité s’engagera. Malheureusement ces conférences sont toujours le lieu de multiples compromis, et il est peu probable qu’il en sorte une révolution. Celle-ci viendra des humains eux-mêmes, de la rue, sûrement après une catastrophe environnementale majeure (sur l’eau par exemple, celle-ci semblant être la plus imminente), en espérant qu’il ne soit pas trop tard.


Depuis 2006, Al Gore ne s’est pas arrêté et il continue à perfectionner et mettre à jour son slideshow et à le montrer à travers le monde. Une des musiques de Michael Brook dans Inconvenient Truth baptisée 1000 slideshows montrait Al Gore dans cette épreuve digne de Sisyphe et évoquait bien la peine de sa tâche. 


Ces deux dernières années, Al Gore est venu présenter en avant-première les nouveautés de son slideshow à la conférence TED (TED pour Technology Entertainment Design). Vous verrez que son ton s’est durci, tant la situation a empiré depuis 2006 (dans la seconde vidéo ci-dessous, Al Gore évoque la fonte des glaces qui capturent normalement les quantités astronomiques d'hydrates de méthane du fond des mers, c'était l'un des éléments du scénario catastrophe du livre Abysses dont je vous avais parlé dans un précédent post, ce qui fait vraiment très très peur). Faites partager ces vidéos autour de vous !


Son intervention en 2008:


Son intervention en 2009:



Si vous ne connaissez pas TED, je vous conseille de passer quelques minutes sur ce site.  Je suis certain que vous serez happés et que vous y passerez des heures. Depuis une vingtaine d’année, cette conférence est organisée chaque année en Californie et réunit plusieurs centaines d’artistes, d’inventeurs, de scientifiques, d’entrepreneurs qui présentent chacun une idée qui vaut la peine d’être partagée (le slogan de TED est Ideas Worth Spreading) dans un speech court dont la durée oscille entre 5 et 20 minutes. Des invités prestigieux comme Yann Arthus-Bertrand ou Ray Kurzweil ont participé à l’édition 2009 mais aussi de nombreux inconnus du grand public, tous spécialistes de leurs domaines et qui ont des choses incroyables à faire partager, dans tous les secteurs de la connaissance. 



L’accès à la conférence annuelle est payant (très cher même, mais ça sert à en payer l’organisation) mais chaque jour, tout au long de l’année qui suit la conférence l’équipe de TED met en ligne gratuitement une vidéo supplémentaire. Si vous avez un iPod vidéo, iPod Touch ou iPhone, inscrivez-vous au video podcast de TED (pour cela, ouvrez iTunes, sélectionner le iTunes Store, sélectionner le rayon Podcasts dans le menu en haut à gauche de la fenêtre principale, et tappez TED dans la barre de recherche. Plusieurs choix apparaîtront, sélectionnez « TED Talks (video) » en cliquant sur le bouton « s’abonner »). Dans vos déplacements ou dans les salles d'attente, vous pourrez alors consommer sans modération ces petites conférences. TED est à mon sens l’un des sites les plus intéressants d’Internet.

samedi 30 mai 2009

Home


Difficile de ne pas en parler sur ce blog, même si vous avez déjà dû tous entendre parler du film Home réalisé par Yann Arthus-Bertrand. Ce film produit par Luc Besson et soutenu par le groupe PPR, sera lancé simultanément dans 50 pays le 5 juin prochain, journée mondiale de l’environnement de l’ONU. Grande nouveauté, il sera aussi projeté le même jour en plein air (20h35 au Champ de Mars), à la télévision (20h35 sur France 2), sur Internet (il sera disponible sur YouTube dès la matinée du 5 juin sur la page officielle YouTube du film) et également disponible en DVD. Sur le site officiel du film et sur le site Youtube, on trouve déjà de nombreuses informations, comme notamment la bande annonce du film (cf. ci-dessous) ou des scènes du making-off.



J’avais personnellement été bouleversé par l’exposition « La Terre vue du Ciel » sur les grilles du jardin du Luxembourg pendant l’été 2000. La beauté et la poésie de ces photos m’avait laissé sans voix. Mais ce qui m’avait plus frappé encore, c’était de voir les passants pressés qui marchaient sans lever la tête, puis jetaient un bref coup d’œil à une photo, ralentissaient, puis s’arrêtaient pour en regarder une, puis la suivante, et finalement passaient une heure à regarder l’exposition. C’était également mon cas, car j’étais tombé sur cette exposition par hasard (à l’époque j’habitais à Chicago et j’étais brièvement de passage à Paris en juillet 2000). J’étais ensuite resté l’après-midi à observer les humains de tout âge, de toute nationalité, de toute classe sociale, qui arrêtaient soudainement leur activité effrénée pour admirer la Terre. 


Arthus-Bertrand était parvenu à arrêter le temps et pendant une heure il avait capté l’attention maximum de ces terriens. Cette vision m’avait beaucoup inspiré pour l’écriture du scénario de mon roman. L’événement Home risque donc d’être extraordinaire. Il l’est déjà par son ampleur. Je ne sais pas s’il changera les choses, mais en tout cas il participera à alerter et à susciter l’éveil par la poésie. Il faut des gens comme Arthus-Bertrand. Il a des détracteurs, mais je crois qu’aujourd’hui on demande toujours trop de choses à ceux qui se mobilisent. Comme le disait Nicolas Hulot dans une conférence à laquelle j’avais assistée il y a quelques années : on peut pas être à la fois celui qui alerte, celui qui trouve les idées et qui en plus doit les légitimer. Donc bravo et longue vie à Yann-Arthus Bertrand. Continue à nous faire rêver et à nous montrer la Terre d'une aussi belle manière.


Home permettra peut-être à la Journée Mondiale de l’Environnement d’avoir plus d'effet. Quand on contemple la liste des thèmes abordés depuis sa création, on se demande vraiment si l’humanité écoute. 


2009 - Votre planète a besoin de vous - unissons-nous contre le changement climatique 

2008 - Non à la dépendance! Pour une économie à faible émission de carbone

2007 - La fonte des glaces, une question brûlante ?

2006 - Déserts et désertification, ne désertez pas les zones arides.

2005 – Des villes vertes, un plan pour la planète!

2004 - Avis de Recherche! Mers et océans: morts ou vivants?

2003 - L'eau: deux milliards de personnes en meurent d'envie

2002 - Donnons une chance à la Planète

2001 - Connectez-vous à la cyber toile de la vie

2000 - Faisons de l'an 2000 le début du millénaire de l'environnement. Il est temps d'agir!

1999 - Notre terre, notre avenir : sauvons-la !

1998 - Pour la vie sur terre – sauvons nos océans

1997 - Pour la vie sur terre

1996 - Notre Terre, notre habitat, notre domicile

1995 - Nous, les peuples: unis dans la défense de l’environnement mondial

1994 - Une terre, une famille

1993 - La pauvreté et l’environnement - briser le cercle vicieux

1992 - Une seule terre; soigner et partager

1991 - Les Changements climatiques et la nécessité d’un partenariat mondial.

1990 - Les enfants et l’environnement

1989 - Alerte au réchauffement climatique !

1988 - Quand le peuple privilégie l’environnement, le développement est durable

1987 - Environnement et logement : mieux qu’un toit

1986 - Un arbre pour la paix

1985 - La jeunesse: population et environnement

1984 - La désertification

1983 - La gestion et le stockage des déchets toxiques: La pluie acide et l’énergie

1982 - Stockholm dix ans plus tard 

1981 - Les nappes phréatiques ; Des substances toxiques dans les chaînes alimentaires humaines et les aspects économiques de l’environnement

1980 - Un nouveau défi pour la prochaine décennie – développement sans destruction

1979 - Un seul avenir pour nos enfants – développement sans destruction

1978 - Le développement sans destruction

1977 - Préserver la couche d’ozone; érosion et dégradation du sol ; bois de feu

1976 - L’eau : source de vie

1975 - Les établissements humains

1974 - Une seule terre