vendredi 1 janvier 2010

Le poisson aux œufs d’or


En ce lendemain de fête, je vous propose de vous raconter l’histoire de l’esturgeon beluga. Elle illustre bien qu’un capitalisme aveugle, sans contrôle étatique et sous l’emprise du crime organisé ne peut pas gérer de façon renouvelable des ressources rares. Il peut juste conduire à leur extinction.


L’esturgeon beluga vit (et surtout se reproduit) au Kazakhstan dans l’estuaire du fleuve Oural à la jonction avec la mer Caspienne. Il pourrait dépasser les 3 mètres et quelques centaines de kilos, ce qui en fait l'un des plus gros poissons d’eau douce du monde. Les pêcheurs locaux percevaient traditionnellement 3 dollars/kg par femelle pêchée, qui peut porter plusieurs dizaines de kilos d’œufs. Tout cela n’aurait rien de remarquable si ces œufs n’étaient pas les plus raffinés et donc les plus chers du monde. Sur le site de Petrossian, on voit que le Caviar Beluga Special Réserve Huso huso est vendu au prix astronomique de 12 000 euros le kilogramme ! A part la drogue, il y a peu de commerces avec des marges aussi "stupéfiantes".


Pendant longtemps les deux pays limitrophes de la Caspienne (URSS et Iran) ont bien compris l’importance de gérer durablement les dividendes de cette poule aux œufs d’or. Puis à partir de 1977, le gouvernement soviétique a décrété une augmentation très importante de la production de caviar pour faire rentrer des devises. Gorbatchev a mis fin à cette pratique et a considérablement renforcé les contrôles policiers.


Malheureusement depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, l’exploitation de l’esturgeon est devenue folle. De nouveaux pays limitrophes sont apparus (l’Azerbaïdjan, le Turkménistan, le Kazakhstan et la Fédération de Russie – l’instable Daghestan) dont certains devaient financer de lourds efforts de guerre (l’Azerbaïdjan contre l’Arménie) ou n’avaient pas de sources de revenus équivalentes. Une réglementation efficace nécessitera donc que ces pays s’entendent mais surtout qu’ils aient les moyens de faire appliquer cette réglementation car, après la chute de l’URSS, l’Etat policier est devenu soit corrompu soit incapable de faire face au crime organisé. Ces bandes vont pêcher par bateau (ce qui est prohibé) la nuit et envoient des cargaisons entières vers les restaurants huppés d’Europe, des Etats-Unis, d’Asie, de Moscou ou des Emirats. Plus les prises sont importantes, plus le stock diminue et plus les nouvelles prises valent cher. L’humanité saura-t-elle sortir de cette spirale infernale qui ne valorise pas l’épuisement des stocks mais au contraire l’accélère ?


Qui faut-il blâmer pour ce comportement irresponsable : Les mafias ? Les Etats ? Les pêcheurs dans des conditions précaires attirés par les fortes primes ? Les chefs des grands restaurants ? Les consommateurs ? Tous probablement.


Sous l’impulsion du CITES (Convention du sur le commerce international des espères de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), l’esturgeon beluga a été classé comme espèce menacée. Les Etats-Unis ont interdit son importation en 2005 (provoquant incidemment l'apparition d'un fructueux marché noir) sous la pression de différents groupes écologistes comme le Caviar Emptior ou SeaWeb. Voyons si ces mesures seront suffisantes.



1 commentaire:

rectificateur a dit…

Votre article est à première vue bien documenté cependant il y manque quelque chose d'essentiel c'est que vous faite l'amalgame entre les produits officiellement exportés avec les CITES requis et ceux du commerce illégal.
De plus si vous aviez approfondi vos recherches vous auriez constaté que la vente de Beluga ne représente que quelques % de la vente totale. Enfin pour terminer vous oubliez aussi de mentionner que la plupart des caviar vendus (90%)y compris les belugas sont de l'élevage. au lieu de porter l'opprobre sur les commerces officiels vous feriez bien de moraliser les ventes aux enchères d'internet ou l'on trouve de tout y compris du faux caviar, sans compter les autres sites innombrables de produits illégaux.
c'est dommage que vous ne soyez pas impartial dans votre discours.