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mercredi 14 septembre 2011

Une humanité sans cap

Je viens de découvrir aujourd’hui une statistique inédite qui m’a fait peur. En fait non, c’est une statistique qui résume juste ce que je sens venir depuis très longtemps et qui se concrétise en ce moment. Cette statistique confirme que l’humanité est déboussolée et que nous arrivons au bout d’un système. Il ne faut pas en avoir peur, il faut au contraire se dire que c’est une opportunité extraordinaire de tout réinventer (le thème central d'Ombres et Lumières, le tome 2 de Siècle bleu, à paraître au printemps 2012, j'espère que ce ne sera pas trop tard).


Cette statistique a été publiée par la société Raise Partner, créée par mon ami François Oustry (nous étions ensemble en école d’ingénieur et c’est l’un des scientifiques que je respecte le plus). Cette société est spécialisée dans la conception de stratégies d’investissement avec un risque minimum (ou en tout cas maîtrisé). Vous vous dites quel rapport avec l'absence de cap de l’humanité ? Je vais y venir.


Pour expliquer simplement ce que fait cette société (mathématiquement c'est beaucoup plus complexe), ils commencent par calculer les corrélations entre toutes les secteurs de l'économie. Mathématiquement, la corrélation entre deux variables aléatoires est l’intensité du lien entre elles. Certains secteurs de l’économie sont traditionnellement très corrélés mais d’autres n’ont normalement aucun lien. Raise Partner propose ensuite des stratégies diversifiées qui font que si un pan de l’économie souffre, le reste du portefeuille ne souffre quasiment pas (en gros c’est l’illustration du principe de bon sens « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier »).


La construction de ce type de stratégies ne fonctionne que s’il existe des secteurs économiques non corrélés entre eux (sinon tous les oeufs sont dans le même panier). Or cela est en train de changer très vite, à un niveau jamais observé dans l’Histoire des marchés. C’est la première fois que je vois cela de façon aussi claire. L’article du blog de François Oustry de ce jour s’intitule d’ailleurs : Red alert on cross-sector correlations confirmed, (alerte rouge confirmée sur les corrélations inter-sectorielles) que je vais essayer de vous traduire ci-dessous. Cet article fait suite à un autre fort intéressant publié par François la semaine dernière : Le risque système atteint un niveau sans précédent.


Tout s’explique à partir des trois graphes suivants. La couleur d’un point de coordonnées (x,y) correspond à la corrélation entre le secteur industriel x et le secteur y.


(source Raise Partner)

  • Sur le premier graphe, vous avez une cartographie du marché dans des conditions « normales » telles qu’observées en décembre 2006. Les couleurs sont très diversifiées (donc les corrélations aussi) et les valeurs vont de -50% à 90%, avec la plupart des valeurs entre 0 et 50%.
  • Sur le second graphe, c’est une cartographie des marchés à la veille de la crise des subprimes d’octobre 2008. Les corrélations allaient de 62% (zones orange) à 95% (rouge).
  • Sur le dernier graphe, ce sont les conditions du marché en septembre 2011. Tout est rouge. La valeur minimum est de 84% et la plupart des corrélations sont au-delà de 90%. Cela veut dire qu’un choc (ou une bonne nouvelle) dans n’importe quel secteur économique affecte instantanément tous les autres. C’est du jamais vu. Le niveau d’impredictibilité des marchés a atteint un niveau historique qui démontre que l’humanité régie par la folie financière n’a plus de cap. Je vous conseille ardemment de suivre le blog de RaisePartner pour suivre l’évolution de ces graphes dans les prochaines semaines.

Il y a deux façons de prendre cette statistique. La première, pessimiste, c’est de se dire que c’est bientôt la fin de ce monde (les Mayas parlent de transition vers un autre monde plutôt que de fin du monde). En effet, avec ces corrélations toutes au rouge, la probabilité pour que tout s’effondre n’a jamais été aussi haute. L’autre façon, optimiste, est de se dire que pour la première nous vivons une crise planétaire et qu’aucun secteur du globe ne sera épargné, et que ceci peut créer un véritable éveil des consciences et une réaction des peuples planétaire. La situation actuelle des marchés où tout est corrélé à tout est l’aboutissement d’un processus de 40 ans de mondialisation qui touche à sa fin, mais sans ce processus l’humanité n’aurait peut-être pas compris ses erreurs et au lieu de se consommer à feu rapide comme maintenant, elle aurait pu se consommer à feu doux. Il y a donc encore l’espoir de changer. Mais vers quoi, car l’humanité n’a plus de cap ?


Pour moi, si l'humanité ne veut pas sombrer dans le chaos, il faut qu'elle trouve une idée directrice très forte, capable de changer l'état d'esprit général. Afin d’esquisser une réponse, voici en exclusivité un extrait du blog de l’astronaute Paul Gardner issu du tome 2 de Siècle bleu : Ombres et Lumières.




L’humanité s’est lancée sans cap dans ce nouveau siècle. Elle est comme une nuée d’oiseaux migrateurs qui ne trouverait plus le champ magnétique qui lui permet de s’orienter. À force de se mouvoir sans but, le relâchement et le déclin la guette. Elle s’épuise, se perd et se meurt.


Il est de la responsabilité de nos dirigeants de redonner un sens qui transcende chaque individu, qui restaure la ferveur de tous. Recréer les liens qui définissent notre espèce, gérer la finitude de nos ressources et arracher les baobabs du passé, voilà déjà l’embryon d’un projet collectif et fédérateur. Mais pour œuvrer ensemble à la construction de ce Siècle bleu, il faut une vision commune. De là où je me trouve, il y en a une qui paraît évidente : celle du vaisseau Terre, de cette petite planète bleue, découverte par les premiers astronautes. Dans la grande croisière cosmique, nous sommes tous embarqués sur le même esquif. Il faudrait envoyer les grands de ce monde dans l’espace pour qu’ils le réalisent enfin.


Plutôt que d’en faire un enfer et de nous détruire, apprenons à vivre ensemble. Définissons un rôle enthousiasmant, mais exigeant, pour chacun des membres de l’équipage. À bord du vaisseau Terre, les tâches pour les milliards d’humains ne manqueront pas. Répertorier les ressources, entretenir les jardins, les coursives et les moteurs. Nourrir, protéger, soigner et éduquer l’équipage en respectant les autres formes de vie. Mais aussi innover, en inventant les moyens qui permettront au navire de fonctionner indéfiniment.


Ce concept de vaisseau Terre serait quand même plus fédérateur qu’une économie folle dont nous ignorons la finalité. Certains avaient bien essayé d’infléchir cette tendance en proposant la notion de « développement durable ». Mais sans changer l’état d’esprit, il est impossible de découpler croissance économique et utilisation des ressources naturelles.


Osons affronter le défi du Siècle bleu avec un projet à sa mesure. Gréons le vaisseau Terre ! L’humanité se redressera alors, retrouvera sa dignité au sein du cosmos et pourra poursuivre son chemin, apaisée.

mardi 7 juin 2011

Gaïa : l'indispensable compagnon de Siècle bleu ?

La vision poétique de la Terre vue depuis l'espace par les astronautes est le coeur du projet Siècle bleu (cf. l'article regard d'astronautes sur le site sieclebleu.org).

J'avais découvert en 1996 ces images dans un livre admirable : Clairs de Terre (encore merci Mike), écrits par les astronautes du monde entier. Ce livre, paru en 1988, ne sera bientôt plus le seul sur ce thème. Il sera rejoint (courant juin) par un ouvrage qui s'annonce sublime (la couverture et les quelques extraits sur Internet sont incroyables) et dont le titre ne vous laissera pas indifférent : Gaïa ! De plus, le livre n'est pas écrit par n'importe quel astronaute : Guy Laliberté...

Pour ceux qui suivent ce blog depuis sa création, je ne vais pas vous faire un descriptif détaillé de la mission de Guy Laliberté et je vous renvoie plutôt aux deux articles que j'avais écrits sur ce blog à l'époque :
Guy Laliberté est le canadien fondateur du Cirque du Soleil et il a réalisé son rêve en devenant ce qui est vulgairement appelé un "touriste spatial". Mais l'expérience de Guy allait beaucoup plus loin que ça. Il est parti fin 2009 dans l'espace pour son association OneDrop (pour sensibiliser l'humanité au problème de l'eau) et a organisé depuis la station spatiale international un évènement culturel et artistique planétaire appelé "mission sociale poétique". Quand j'avais entendu parler de ça, j'avais eu très peur, car cela ressemblait exactement à ce que j'avais en tête pour Siècle bleu (dont l'écriture était terminée depuis fin 2007). Guy Laliberté était pour moi l'incarnation vivante de Paul Gardner (l'un de mes héros). Les projets étaient en fait très différents, mais complètement complémentaires. Vous pouvez visionner la vidéo de cet évènement planétaire ici : http://premium.onedrop.org/?lg=fr.

Ecoutez Guy Laliberté parler de son livre, il est tout aussi poétique que ses photos.


Les quelques photos de Gaïa disponibles sur Internet sont sublimes. La première ne sera pas sans vous rappeler la couverture de Siècle bleu ! Je souhaite à ce livre le plus grand succès. C'est très important que ces valeurs se diffusent !



PS : il faudrait vraiment que j'entre en contact avec Guy Laliberté pour lui faire parvenir Siècle bleu. Il y a trop de synchronicités entre nos projets. Si vous le connaissez, let me know ! Mon rêve le plus fou serait que Siècle bleu devienne la trame d'un spectacle du Cirque du Soleil ! D'ailleurs, après avoir été fasciné Ô, le spectacle du cirque du soleil au Bellagio de Las Vegas à la fin des années 90, j'avais imaginé que mon groupe Gaïa (auquel je réfléchissais déjà) soit en fait une troupe d'un cirque itinérant dont Abel était le directeur. Cette idée remontait en fait à mon enfance et à un épisode de Capitaine Flam sur le cirque Galactique du magicien Kahlon: http://www.veoh.com/watch/v7063400NEApmcEA/CapitaineFlam
PS : merci Frédéric pour m'avoir informé de la sortie de Gaïa !

dimanche 9 janvier 2011

Edgard Morin : le probable et l'improbable

J'aime Edgard Morin. Depuis longtemps. Dans l'édition du 8 janvier du Monde, Edgard Morin pose un regard sans concession mais, comme d'habitude, éclairant sur l'état de notre société et son avenir. J'aime cet optimisme réaliste et inspiré, que je m'efforce aussi, à mon humble niveau, de rechercher. Il m'a toujours beaucoup inspiré et ce n'est pas par hasard que la plupart des idées avancées ici sont au coeur du projet Siècle bleu, et particulièrement du tome 2 en préparation. Deux phrases sont particulièrement importantes dans le texte ci-dessous :
  • La course a commencé entre le désespérant probable et l'improbable porteur d'espoir. Ils sont du reste inséparables : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve" (Friedrich Hölderlin), et l'espérance se nourrit de ce qui conduit à la désespérance.
  • "Le probable n'est pas certain et souvent c'est l'inattendu qui advient".

Edgar Morin : "Les nuits sont enceintes"

LEMONDE 08.01.11 | 13h51 • Mis à jour le 09.01.11 | 17h21

En 2010, la planète a continué sa course folle propulsée par le moteur aux trois visages mondialisation-occidentalisation-développement qu'alimentent science, technique, profit sans contrôle ni régulation.

L'unification techno-économique du globe se poursuit, sous l'égide d'un capitalisme financier effréné, mais elle continue à susciter en réaction des "refermetures" ethniques, nationales, religieuses, qui entraînent dislocations et conflits. Libertés et tolérances régressent, fanatismes et manichéismes progressent. La pauvreté se convertit non seulement en aisance de classe moyenne pour une partie des populations du globe, mais surtout en immenses misères reléguées en énormes bidonvilles.

L'occidentalisation du monde s'est accompagnée du déclin désormais visible de l'Occident. Trois énormes nations ont monté en puissance ; en 2010, la plus ancienne, la plus peuplée, la plus économiquement croissante, la plus exportatrice intimide les Etats d'Occident, d'Orient, du Sud au point de susciter leur crainte d'assister à la remise d'un prix Nobel à un dissident chinois emprisonné.

En 2010 également, pour une première fois, trois pays du Sud se sont concertés à l'encontre de toute influence occidentale : Turquie, Brésil et Iran ont créé ce sans précédent. La course à la croissance inhibée en Occident par la crise économique se poursuit en accéléré en Asie et au Brésil.

La mondialisation, loin de revigorer un humanisme planétaire, favorise au contraire le cosmopolitisme abstrait du business et les retours aux particularismes clos et aux nationalismes abstraits dans le sens où ils s'abstraient du destin collectif de l'humanité.

Le développement n'est pas seulement une formule standard d'occidentalisation qui ignore les singularités, solidarités, savoirs et arts de vivre des civilisations traditionnelles, mais son déchaînement techno-économique provoque une dégradation de la biosphère qui menace en retour l'humanité.

L'Occident en crise s'exporte comme solution, laquelle apporte, à terme, sa propre crise. Malheureusement, la crise du développement, la crise de la mondialisation, la crise de l'occidentalisation sont invisibles aux politiques. Ceux-ci ont mis la politique à la remorque des économistes, et continuent à voir dans la croissance la solution à tous les problèmes sociaux. La plupart des Etats obéissent aux injonctions du Fonds monétaire international (FMI), qui a d'abord partout prôné la rigueur au détriment des populations ; quelques-uns s'essaient aux incertitudes de la relance

Mais partout le pouvoir de décision est celui des marchés, c'est-à-dire de la spéculation, c'est-à-dire du capitalisme financier. Presque partout les banques, dont les spéculations ont contribué à la crise, sont sauvées et conservées. Le marché a pris la forme et la force aveugle du destin auquel on ne peut qu'obéir. La carence de la pensée partout enseignée, qui sépare et compartimente les savoirs sans pouvoir les réunir pour affronter les problèmes globaux et fondamentaux, se fait sentir plus qu'ailleurs en politique. D'où un aveuglement généralisé d'autant plus que l'on croit pouvoir disposer des avantages d'une "société de la connaissance".

Le test décisif de l'état de régression de la planète en 2010 est l'échec de la personne la plus consciente de la complexité planétaire, la plus consciente de tous les périls que court l'humanité : Barack Obama. Sa première et modeste initiative pour amorcer une issue au problème israélo-palestinien, la demande du gel de la colonisation en Cisjordanie, s'est vu rejeter par le gouvernement Nétanyahou. La pression aux Etats-Unis des forces conservatrices, des évangélistes et d'une partie de la communauté juiver paralyse tout moyen de pression sur Israël, ne serait-ce que la suspension de l'aide technique et économique. La dégradation de la situation en Afghanistan l'empêche de trouver une solution pacifique au conflit, alors qu'il est patent qu'il n'y a pas de solution militaire. L'Irak s'est effectivement démocratisé, mais en même temps s'est à demi décomposé et subit l'effet de forces centrifuges. Obama résiste encore aux énormes pressions conjuguées d'Israël et des chefs d'Etat arabes du Moyen-Orient pour intervenir militairement en Iran. Mais la situation est devenue désespérée pour le peuple palestinien.

Tandis qu'Etats-Unis et Russie établissent en 2010 un accord pour la réduction des armes nucléaires, le souhait de dénucléarisation généralisée, unique voie de salut planétaire, perd toute consistance dans l'arrogance nucléaire de la Corée du Nord et l'élaboration probable de l'arme nucléaire en Iran. Si tout continue l'arme nucléaire sera miniaturisée, généralisée et privatisée.

Tout favorise les montées aux extrêmes y compris en Europe. L'Europe n'est pas seulement inachevée, mais ce qui semblait irréversible, comme la monnaie unique, est menacé. L'Europe, dont on pouvait espérer une renaissance de créativité, se montre stérile, passive, poussive, incapable de la moindre initiative pour le conflit israélo-palestinien comme pour le salut de la planète. Pire : des partis xénophobes et racistes qui prônent la désintégration de l'Union européenne sont en activité. Ils demeurent minoritaires, comme le fut pendant dix ans le parti nazi en Allemagne que nul dans le pays le plus cultivé d'Europe, dans le pays à la plus forte social-démocratie et au plus fort Parti communiste, n'avait imaginé qu'il puisse accéder légalement au pouvoir.

La marche vers les désastres va s'accentuer dans la décennie qui vient. A l'aveuglement de l'homo sapiens, dont la rationalité manque de complexité, se joint l'aveuglement de l'homo demens possédé par ses fureurs et ses haines.

La mort de la pieuvre totalitaire a été suivie par le formidable déchaînement de celle du fanatisme religieux et celle du capitalisme financier. Partout, les forces de dislocation et de décomposition progressent. Toutefois, les décompositions sont nécessaires aux nouvelles compositions, et un peu partout celles-ci surgissent à la base des sociétés. Partout, les forces de résistance, de régénération, d'invention, de création se multiplient, mais dispersées, sans liaison, sans organisation, sans centres, sans tête. Par contre, ce qui est administrativement organisé, hiérarchisé, centralisé est sclérosé, aveugle, souvent répressif.

L'année 2010 a fait surgir en Internet de nouvelles possibilités de résistance et de régénération. Certes, on avait vu au cours des années précédentes que le rôle d'Internet devenait de plus en plus puissant et diversifié. On avait vu qu'il devenait une force de documentation et d'information sans égale ; on avait vu qu'il amplifiait son rôle privilégié pour toutes les communications, y compris celles effectuées pour les spéculations du capitalisme financier et les communications cryptées intermafieuses ou interterroristes.

C'est en 2010 que s'est accrue sa force de démocratisation culturelle qui permet le téléchargement gratuit des musiques, romans, poésies, ce qui a conduit des Etats, dont le nôtre, à vouloir supprimer la gratuité du téléchargement, pour protéger, non seulement les droits d'auteur, mais aussi les bénéfices commerciaux des exploitants des droits d'auteur.

C'est également en 2010 que s'est manifestée une grande force de résistance informatrice et démocratisante, comme en Chine, et durant la tragique répression qui a accompagné l'élection truquée du président en Iran. Enfin, la déferlante WikiLeaks, force libertaire ou libertarienne capable de briser les secrets d'Etat de la plus grande puissance mondiale, a déclenché une guerre planétaire d'un type nouveau, guerre entre, d'une part, la liberté informationnelle sans entraves et, d'autre part, non seulement les Etats-Unis, dont les secrets ont été violés, mais un grand nombre d'Etats qui ont pourchassé les sites informants, et enfin les banques qui ont bloqué les comptes de WikiLeaks. Dans cette guerre, WikiLeaks a trouvé des alliés multiples chez certains médias de l'écrit ou de l'écran, et chez d'innombrables internautes du monde entier.

Ce qui est remarquable est que les Etats ne se préoccupent nullement de maîtriser ou au moins contrôler "le marché", c'est-à-dire la spéculation et le capitalisme financier, mais par contre s'efforcent de juguler les forces démocratisantes et libertaires qui font la vertu d'Internet. La course a commencé entre le désespérant probable et l'improbable porteur d'espoir. Ils sont du reste inséparables : "Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve" (Friedrich Hölderlin), et l'espérance se nourrit de ce qui conduit à la désespérance.

Il y eut même, en 1940-1941, le salut à partir du désastre ; des têtes de génie sont apparues dans les désastres des nations. Churchill et de Gaulle en 1940, Staline qui, paranoïaque jusqu'aux désastres de l'Armée rouge et de l'arrivée de troupes allemandes aux portes de Moscou, devint en automne 1941 le chef lucide qui nomma Joukov pour la première contre-offensive qui libéra Moscou. C'est avec l'énergie du désespoir que les peuples de Grande-Bretagne et d'Union soviétique trouvèrent l'énergie de l'espoir. Quelles têtes pourraient surgir dans les désastres planétaires pour le salut de l'humanité ? Obama avait tout pour être une de ces têtes, mais répétons-le : les forces régressives aux Etats-Unis et dans le monde furent trop puissantes et brisèrent sa volonté en 2010.

Mais le probable n'est pas certain et souvent c'est l'inattendu qui advient. Nous pouvons appliquer à l'année 2011 le proverbe turc : "Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour qui naîtra."

lundi 6 décembre 2010

Siècle bleu sélectionné pour le prix du livre numérique de L'Express


Siècle bleu a été sélectionné pour le premier prix du livre numérique lancé par L'Express, Sony et le magazine Lire ! Le thème choisi pour ce premier prix est "Les littératures de l'imaginaire".


Siècle bleu est le seul premier roman. Les 10 autres nominés pour ce prix sont :

1 - Seul à Savoir - Patrick Bauwen (Albin Michel) - Septembre 2010
2 - L'Eternité n'est pas si longue - Fanny Chiarello (L'Olivier)
3 - Lux Tenebrae - Giacometti et Ravenne (Fleuve Noir)- Juin 2010
4 - Cytheriae - Charlotte Bousquet (Mnemos) - Mai 2010
5 - Rosée de feu - Xavier Mauméjean (Bélial)
6 - Mémoires de la jungle -Tristan Garcia (Gallimard)
7 - Siècle Bleu - Jean Pierre Goux (Edition JBz) - Avril 2010
8 - Cleer - Laure et Laurent Kloetzer (Denoël, Lune d'encre)
9 - Les aigles puent - Lutz Bassman (Verdier)
10 - La Ballade de Lila K - Blandine Le Callet (Stock)

La concurrence sera donc rude. Néanmoins pour ce prix, on a l'assurance que le concours ne sera pas biaisé : le jury est composé de 10 internautes neutres, sélectionnés pour leur goût de la lecture et leur envie de faire partager leurs lectures. Chaque semaine, les 10 jurés chroniqueront chacun l'un des 10 ouvrages. Résultat des courses au mois de mars 2011 au Salon du Livre de Paris. Je suis anxieux à l'idée de lire les critiques de Siècle bleu... En tout cas, je suis déjà très honoré d'avoir été sélectionné !
Siècle bleu est disponible en format numérique chez Numilog.fr et Relay.com. Il n'est pas encore disponible sur les autres plateformes.

vendredi 22 octobre 2010

Tragédie des biens communs dans un monde fini



L’idée que nous vivons dans un monde fini m’obsède. Elle est d’ailleurs la clef de voûte du projet Siècle bleu : ce siècle sera celui du monde fini, face à cela l’humanité a le choix d’apprendre à vivre avec les limites de notre monde avec tout ce que cela implique comme changements (option dite "siècle bleu") ou bien basculer dans le chaos (cf. Genèse de Siècle bleu).


L’humanité tâtonne et n’a pour l’instant pas réussi à trouver un mode de gouvernance et une organisation économique qui permettent de gérer la pénurie à venir des différentes ressources naturelles. Si rien n’est fait, nous serons victimes inéluctablement de ce que l’économiste Garreth Hardin appelait la Tragédie des biens communs (tragedy of commons) dans un article célèbre paru en 1968 dans la revue Science (l’article est disponible intégralement et gratuitement).


Le texte original de Garrett Hardin décrit comment l'accès libre à une ressource limitée pour laquelle la demande est forte mène inévitablement à la surexploitation de cette ressource et finalement à sa disparition. Chaque individu ayant un intérêt personnel à utiliser la ressource commune de façon à maximiser son usage individuel, tout en distribuant entre chaque utilisateur les coûts d'exploitation, est la cause du problème.


L’économie de marché qui domine le monde contemporain accélérera ce processus, car elle n’offre pas de rétroactions permettant de gérer la pénurie, la hausse des prix (rétroaction prévue par le marché) n’intervenant bien souvent que trop tard ou jamais. On le voit par exemple pour l’exploitation des stocks de poisson qui s’écroulent en silence. La morue d'Atlantique n'a pas été secourue par le marché (qui se contente aussi bien de colin ou d'une autre espèce), elle a disparu. On le voit plus généralement dans la biodiversité à laquelle l’économie traditionnelle ne donne pas de prix. Le rapport Sukhdev présenté mercredi au sommet international sur la biodiversité qui se tient à Nagoya (Japon) sous l'égide de l'ONU (qui a déclaré 2010 Année Internationale de la biodiversité), nous a rappelé que les services rendus par la nature étaient chiffrables à 23 500 milliards de dollars, soit la moitié du PIB mondial. A nouveau, je ne suis pas sûr qu'intégrer cela artificiellement dans l'économie de marché, comme cela a été le cas avec le CO2, changera quelquechose. Le problème est l'état d'esprit et Einstein disait bien : "Aucun problème ne peut être résolu, sans changer l'état d'esprit qui l'a engendré".


Si la disparition d’espèces animales ou végétales n’émeut pas outre mesure nos décideurs, la pénurie d’autres ressources provoque en revanche un grand stress. On le voit en ce moment en France avec la grève des dépôts de carburant qui préfigure d'ailleurs l’avenir proche si rien n’est fait pour développer des alternatives aux énergies fossiles (et surtout une réduction massive de la demande énergétique). Mais ces alternatives elles-mêmes vont buter sur la finitude d’autres ressources. Prenons par exemple, les voitures électriques (le mieux évidemment étant de n’avoir pas de voitures) qui requièrent du lanthane pour les accumulateurs ou bien les éoliennes qui nécessitent 600 kilos de néodyme pour leurs aimants.


Le lanthane et le néodyme font malheureusement partie de ce que l’on appelle les « terres rares » (ou « métaux rares ») dont 96% de la production est assurée par la Chine et qui sont utilisées dans toutes les industries de pointe (comme l'aéronautique, la défense ou l'électronique).


Ces mystérieux éléments chimiques font depuis un an les titres des journaux car la Chine s’en sert comme d’une arme diplomatique. L’an dernier elle a réduit de 30% ses exportations de terres rares et elle vient d’annoncer une nouvelle réduction de 40%. Officiellement la Chine souhaite d’abord satisfaire sa demande intérieure en plein essor et réorganiser cette filière (qui comportait 130 acteurs épars et que la Chine veut réduire à 3 ou 4). Officieusement, suite à la collision entre un bateau des gardes-côtes japonais et un navire de pêche chinois au large des îles Senkaku (pour les Japonais, les îles étant appelées Diaoyu côté chinois), revendiquées par les deux pays, elle a fait comprendre au Japon sa dépendance des exportations chinoises. Et depuis récemment, c’est les Etats-Unis qui en font les frais (suite à une plainte déposée auprès de l’OMC pour subventions illicites au secteur des énergies renouvelables). Il n’est pas la peine de préciser que les cours de ces métaux ont explosé.


Pour résoudre la tragédie des communs il y a habituellement plusieurs solutions : la nationalisation de la ressource ou l’intervention des pouvoirs publics pour en réguler la consommation. Le problème est qu’ici on parle de ressources dispersées (inégalement) à travers le globe et la nationalisation par l’ONU n’est pas envisageable, pas plus que la régulation qui nécessiterait encore l’organisation de « grands machins » comme le sommet de Copenhague qui dureront un temps infini et ne serviront qu’à montrer la faible cohésion des humains entre eux. Les ressources finies feront donc l’objet d’armes diplomatiques pour ceux qui les possèdent et éveilleront les convoitises des pires mafias. Il faut bien l’avoir en tête pour préparer la transition. A cela, on ne peut qu’essayer de se ramener au bon sens, très bien résumé par ce poème indien :


Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière asséchée, le dernier poisson pêché, l'homme s'apercevra que l'argent n'est pas comestible.


vendredi 16 juillet 2010

Critique Siècle bleu dans La Tribune

Très bon article aujourd'hui dans le journal La Tribune ! Cliquez sur l'image pour zoomer.

jeudi 14 janvier 2010

Comment écrire un roman


Avec ma maigre expérience, je ne prétendrai pas vous expliquer comment écrire un roman. En revanche, je viens de découvrir un livre vraiment excellent sur ce thème, Ecrire un roman et comment se faire publier de Bob Mayer, un auteur américain de polars et de thrillers.


Sous ce titre un peu tapageur se cache en fait un excellent manuel que tout apprenti écrivain devrait lire. J'en ai acheté plusieurs du même genre dans le passé et c'est de loin le meilleur. Je le trouve abordable, complet, humble, plein de très bons conseils et de bon sens. Si vous demandez comment peaufiner l'idée de votre livre, comment créer des personnages attachants, comment choisir le point de vue, comment ménager le suspens, ce livre est pour vous. Dans mon cas cet ouvrage m'aurait économisé beaucoup de temps, mais faire le cheminement soi-même est aussi une bonne chose (mais il faut avoir le temps). La partie "comment se faire éditer" est en revanche incomplète et parfois pas tout à fait adaptée au marché français (même si le traducteur a tenté de l'adapter). Je vous donnerai un jour quelques trucs car cette période a été assez proche de l'enfer pour moi et j'en ai tiré plusieurs leçons.



L'auteur insiste bien sur le fait que le plus important est l'idée de départ, qui doit vous être personnelle (pour moi c'est une règle d'or sinon le plaisir d'écrire sera effacée). Ou alors vous pouvez aussi prendre un essai quelconque et en faire un roman. Comme Dan Brown par exemple.

Lorsque j'avais lu le Da Vinci Code, j'avais été stupéfait car la quasi totalité des informations de son scénario provenait d'un livre paru en 1982, L'Enigme sacrée d'Henri Lincoln, Michael Baigent et Richard Leigh. Cette enquête menée par 3 journalistes de la BBC nous révélait les mystères de Rennes-le-Château et surtout l'existence du fameux Prieuré de Sion qui protégerait la lignée "royale" depuis Jésus en passant par les Mérovingiens. Ce livre d'ésotérisme que mon père m'avait passé en 1993 avait eu beaucoup de succès mais tout ce qu'il contenait s'était avéré n'être qu'une succession d'affabulations (il n'en était pas moins plaisant à lire).


A tel point que ce livre et ces nombreuses erreurs de raisonnement ont inspiré l'idée du Pendule de Foucault à Umberto Eco (grand livre sur les syllogismes, avec lesquels on peut prouver tout et surtout n'importe quoi). En en-tête du chapitre 66, on trouvera d'ailleurs une citation de The Holy Blood and the Holy Grail (le titre original de L'Enigme sacrée). Compte tenu de la richesse (parfois indigeste) de son roman, on ne pourra pas reprocher à Umberto Eco de n'utiliser qu'une seule source ! Pour revenir à Dan Brown, les 3 auteurs du livre original l'ont accusé de plagiat mais le procès leur a donné tort (et heureusement car cela aurait eu pour conséquence de ne plus permettre de puiser dans des essais pour écrire de la fiction.


Ce que je reproche à Dan Brown ce n'est pas tant de ne pas avoir cité cette source majeure (il y fait allusion car le livre se trouve justement dans la bibliothèque d'un personnage appelé Leigh au chapitre 60) mais c'est surtout de prendre les lecteurs pour des imbéciles en leur disant en avertissement que tous les faits du livres sont avérés.


Aujourd'hui dans le Monde des livres, c'est un autre auteur, Jean-Paul Jody, qui est accusé d'avoir pillé un rapport sur le projet américain HAARP (High Frequency Active Auroral Research Program) pour en avoir fait un thriller, La Route de Gakona, paru au Seuil en octobre 2009. Cet article intitulé Thrillers en kit sur Internet est très dur. En première lecture j'y ai cru et l'avait relayé sur ce blog. Mais après un échange de mails avec l'auteur (cf. commentaire laissé par l'auteur ci-dessous), il s'avère que les critiques de l'article sont infondés. En effet, contrairement à ce qui est avancé (et contrairement à Dan Brown), Jean-Paul Jody cite sa source à la fin de son livre (Luc Mampaey, Le Programme Haarp, science ou désastre, GRIP, 1998) et en plus ce n'est pas sa seule source d'inspiration, loin de là, il n'y a qu'à parcourir le blog de la Route de Gakona qui possède des informations d'une très grande richesse sur les armes électromagnétiques. Le procès d'intention est donc vraiment injuste et j'imagine quel doit être le choc pour l'auteur de découvrir un tel article.



Le "trailer" du bouquin a l'air vraiment bien et je vais donc acheter ce livre. J'avais découvert cette histoire de réseau Haarp dans le livre 2012 de Sylvie Simon (dont j'avais parlé sur ce blog et qui contient plein d'autres trucs pseudo-ésotériques qui pourraient bien intéresser Dan Brown pour ses prochains bouquins) et je suis curieux de savoir ce qu'il en a fait dans son scénario (comme je ne suis pas revanchard, je dois reconnaître que Dan Brown a fait un très bon scénario de l'essai dont il s'est inspiré).