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lundi 11 mai 2009

Risky business


Le métier d’astronaute présente de hauts risques comme nous le rappelle la mission STS 125 dont le décollage est prévu lundi 11 mai 2009. L’objectif de cette mission de la navette Atlantis sera d’aller assurer une nouvelle fois la maintenance du télescope spatial Hubble. Au cours de cinq sorties extravéhiculaires les astronautes installeront de nouveaux instruments, répareront deux équipements existants et remplaceront les gyroscopes et les batteries. A l’issue de la mission, le télescope sera doté de nouvelles fonctions et d’une capacité d’exploration encore enrichie. Le télescope verra également sa durée de vie prolongée jusqu’en 2013. Lancé par la navette en 1990, ce télescope, qui est l’un des plus extraordinaires appareils scientifiques jamais conçu, a permis de nombreuses découvertes autour de l’âge de l’univers, la présence de trous noirs au centre des galaxies ou bien l’existence de planètes autour d’autres étoiles. Hubble nous a aussi ramené d’extraordinaires photographies qui nous ont révélé l’extraordinaire diversité du bestiaire stellaire : comètes, pulsars, supernovæ, galaxies, quasars, trous noirs, hypernovæ, météorites, nuages d’hydrogène, nébuleuses, planètes, amas globulaires, sursauts gamma, magnétars, naines blanches, astéroïdes, blazars... comme nous l’atteste le patchwork suivant (vous trouverez des milliers d’autres photos sur le site d’Hubble).


Cette mission avait été planifiée pour 2004 mais avait été abandonnée après l’accident de Columbia en janvier 2003. Puis finalement elle avait été maintenue grâce au courage de Michael Griffin, l’ancien administrateur de la NASA (qui n’a d’ailleurs toujours pas de remplaçant depuis l’élection d’Obama en janvier, ce qui est unique dans l’histoire de la NASA). STS 125 fait suite à une série de quatre missions d’entretien du télescope spatial en 1993, 1997, 1999 et 2002. A noter que l’astronaute français Jean-François Clervoy avait participé à la mission STS 103 de décembre 1999. 


Comme je vous le disais en introduction, cette mission est risquée car le télescope spatial se trouve à 559 kilomètres d’altitude, bien plus haut que la Station Spatiale Internationale (située à 347 kilomètres d’altitude). Si pendant la visite d’inspection du bouclier thermique (devenue systématique après la perte de Columbia lors de son retour dans l’atmosphère) des avaries étaient constatées, la procédure veut que normalement la navette se déplace jusqu’à la Station Spatiale Internationale et que les astronautes retournent sur Terre à l’aide du Soyouz toujours amarré à la Station ou bien attende tranquillement une autre navette. 


Si un problème était détecté sur le bouclier thermique d’Atlantis, ce ne sera pas possible de procéder ainsi et la NASA a imaginé une alternative qui ferait passer le sauvetage d’Apollo 13 pour un vulgaire exercice de routine. La NASA a en effet tenu une seconde navette (Endeavour – mission STS 400) prête à décoller sur le pas de tir voisin à Cap Kennedy comme le montre la très belle photo ci-dessous. 


L’équipage d’Endeavour s’est préparé comme pour une mission normale et lorsque Atlantis décollera, ils y en seront à J-7 dans leur compte à rebours. Si un problème se produit sur Atlantis, ils décolleront à sa rencontre et réaliseront l’une des plus extraordinaires manœuvres jamais réalisées dans l’espace : les deux navettes s’amarreront en mettant en commun leurs deux bras articulés et les 7 astronautes de STS 125 rejoindront Endeavour en effectuant des sorties extravéhiculaires. Après avoir récupéré l’équipage, la navette Atlantis sera dirigée vers l’atmosphère avec une trajectoire assurant sa destruction.


On souhaite très sincèrement pour les astronautes que ce scénario catastrophe ne se produise pas, mais si j’étais vous, je regarderai le décollage demain (en live sur NASA TV à 20:00 en France). D’autant plus que le programme de la navette doit s’arrêter en 2010 (ou 2011) et que plus aucune mission n’aura la même tension dramatique (toutes les dernières ayant pour destination la Station Spatiale Internationale).


En tout cas, un grand coup de chapeau aux astronautes qui vont prendre de tels risques pour la poursuite de l'aventure scientifique.

mercredi 18 février 2009

La Genèse du Siècle bleu : Le portrait de Gaïa (4/7)

Voici le quatrième volet de la série "La Genèse du Siècle bleu" démarrée dimanche. Bonne lecture.

Le Portrait de Gaïa.

Apollo 8, entre la Terre et la Lune, 1968.

Depuis Magellan, beaucoup de choses se sont passées. L'Homme a découvert les lois de la gravitation, la théorie de l'évolution, la nature chaotique du psyché, le Big Bang et la structure en double hélice de l'ADN. Il a créé la machine à vapeur, le chemin de fer, le téléphone, les antibiotiques, l'avion, l'automobile, le plastique, les décharges publiques, le génocide au zyklon B, la bombe atomique, la déclaration des droits de l'Homme, le LSD, la télévision, les mégalopoles et le transistor. Mais il a surtout engagé l’exploration de l'Espace et il en a ramé quelque chose auquel il ne songeait pas du tout : le portrait de Gaïa.

Une des expériences les plus intenses offerte à l'Homme fut de pouvoir contempler la Terre depuis l'Espace. Les quelques centaines d'humains qui ont eu la chance de passer quelques jours en orbite autour de notre planète sont revenus bouleversés par ce spectacle. Ces astronautes étaient partis techniciens, pilotes, soldats, les voilà transformés à jamais en poètes. De là-haut, ils ont vu ce qu'aucun autre n'avait vu et compris le message que toutes les religions et traditions humaines s’étaient évertuées à faire comprendre. Et ce, quel que soit leur pays d’origine.


Je crois que même les plus savants des philosophes de la Renaissance et les plus audacieux esprits du passé n'auraient jamais pu estimer la taille réelle de notre planète. Longtemps, elle avait paru immense, presque infinie. C'est seulement à partir du milieu de notre siècle que l'homme, s'étant rendu dans l'espace au-dessus de la Terre, a pu se rendre compte avec surprise et incrédulité combien la Terre est en fait petite. D'aucuns ont vu en elle une île flottant dans l'infini de la création ; d'autres l'ont comparée à un vaisseau spatial peuplé d'un équipage de plus de six milliards d'hommes.

Pavel Popovitch. Ex-Union Soviétique.


J’aurais souhaité, après mon retour, que les gens me demandent comment c’était là-haut, comment je m’étais associé) cette noire brillance du monde et quelle impression cela m’avait fait d’être comme une étoile tournant tout autour de la Terre.

Reinhard Furrer – République Fédérale d’Allemagne


Je voyais la Terre depuis l’espace, si belle depuis qu’avaient disparu les cicatrices des frontières nationales.

Mohammed Ahmed Faris – Syrie.


Une petite orange bleue, tiède, vivante, fragile et seule dans l'immensité lugubre du cosmos, telle est notre demeure. Elle est un Tout dont chacune des parties est interconnectée. Chaque espèce animale et végétale, chaque bactérie, chaque minéral, chaque cellule. De là-haut, pas de frontières, pas de cicatrices balafrant son visage, juste sa beauté majestueuse que nous devons préserver à tout prix.


Quand en 1968, au retour de la mission Apollo 8, les astronautes dévoilent au public le premier cliché de Gaïa pris depuis l’espace, les hommes s'arrêtent enfin, la regardent et l’admirent. La course folle de la guerre froide apportait un miroir à Gaïa, qui put enfin se contempler à travers le regard des Hommes. Une révélation qui arrivait au moment même où l’humanité commençait à se sentir menacée. Cette photo fera le tour de la Terre et, contrairement aux exploits d’Erastothène ou de Magellan, cette fois-ci le symbole était compréhensible par tous. Le premier Earth Day suivit très rapidement en 1970, l'hypothèse Gaia fut émise par James Lovelock et les courants écologiques démarrèrent dans le monde entier pour tâcher de rétablir le contrat rompu entre l'Homme et la Nature. L'Homme venait de découvrir qu'il était l'intendant d'une petite planète et qu'il allait devoir agir en conséquence s'il voulait que la Terre reste humaine.

Ce portrait de Gaïa, il ne nous lâchera pas.