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mercredi 22 avril 2009

Jour de la Terre


Aujourd'hui, 22 avril, nous célébrons le jour de la Terre (Earth Day en anglais). Google participe activement à cette fête et en fait la promotion chaque année via de magnifiques doodles (nom donné aux adaptations du logo de la société sur la page d'accueil). Voici celui de cette année.


Earth Day a démarré le 22 avril 1970 à l'initiative du sénateur Gaylord Nelson, sous une forme inspirée par les manifestations anti-Vietnam comme il l'explique dans cette interview. Dans son esprit, le Earth Day avait pour ambition de faire prendre conscience aux politiques et au public de la fragilité de notre planète et de la nécessité à la protéger. Même si aujourd'hui près de 500 millions de personnes dans 175 pays célèbrent la Terre à cette date, la prise de conscience globale et surtout le changement général des mentalités tardent à venir.


Le salut de cette Terre que nous honorons aujourd'hui viendra-t-il de l'Espace ? Le thème du pouvoir des photos de la Terre prise de l'Espace a été débattu dans un précédent post "Le Portrait de Gaïa" et est au coeur de mon projet de roman Le Siècle bleu. Ces photos de la Terre ne sont pas cependant uniquement le fruit du hasard.


Au Vème siècle avant J.-C., Socrate, toujours visionnaire, fut le premier à l'imaginer : L'homme doit s'élever au-dessus de la Terre-aux limites de l'atmosphère et au-delà- ainsi seulement pourra t-il comprendre tout à fait le monde dans lequel il vit


En 1948, l’astronome Sir Fred Hoyle (détracteur de la théorie du Big Bang à laquelle il donna malgré lui le nom, mais aussi initiateur de la théorie de la panspermie sur l'origine spatiale des formes de vie primordiales) déclara : Quand on pourra avoir une photographie de la Terre, prise de l’extérieur, quand le complet isolement de la Terre deviendra évident, une nouvelle idée, plus puissante qu’aucune autre au cours de l’histoire, sera libérée. 

Mais rien ne se produisit. Rien ne se serait peut-être produit si en février 1966, si l'Américain Stewart Brand, l'une des figures fortes de la contre-culture américaine, n'avait pas eu une vision en prenant du LSD à San Francisco. Perché sur le haut d'un toit, il admirait la succession de gratte-ciels de la ville. Les bâtiments ne lui parurent soudain plus parallèles mais au contraire se courber sur eux-mêmes. Brand eut la sensation profonde d'apercevoir la rotondité de la Terre et plus globalement d'observer la Terre de l'extérieur. Brand se rappela alors d'une conférence de l'architecte visionnaire Buckminster Fuller où celui-ci affirmait que l'Homme percevait la Terre comme plate et infinie, et que c'était la racine de son comportement inadapté. 

Après ce trip qui l'a marqué à vie, Brand s’est demandé pourquoi notre civilisation n’avait toujours pas pris une photo de la Terre tout entière. D’après lui, si nous avions une telle photo couleur, nous ne verrions plus la Terre de la même manière. 

Pour faire évoluer la situation et forcer la NASA à publier un tel cliché (il pensait que la NASA les retenait sciemment), il a imprimé des badges avec le slogan « Why Haven’t we Seen a Photograph of The Whole Earth Yet ?" qu'il vendit sur les campus de Stanford et Berkeley. Il en fit parvenir également aux membres du Congrès, aux ingénieurs de la NASA et aux scientifiques russes, ainsi qu’à Marshall Mc Luhan (sociologue canadien, spécialiste des médias de masse) et aussi Buckminster Fuller. Buckminster Fuller lui répondit humoristiquement qu’il pourrait au mieux en photographier une moitié !

Deux ans plus tard, les efforts de Stewart Brand payèrent : en 1968 les astronautes de la mission Apollo 8 ramenèrent la photo dite EarthRise. 


Mais ce n'est qu'en 1972 qu'Apollo 17 exhaussa son rêve et ramena un cliché de la Terre Pleine baptisé forcément Whole Earth. Stewart Brand n'est probablement pas directement responsable de la publication de ces photos, mais en tout cas il a largement contribué à les populariser.


Comme expliqué à de nombreuses reprises sur ce blog, ces deux photos ont fait le tour du monde et ont joué un rôle capital dans l'éveil planétaire et l'émergence des mouvements écologistes il y a 40 ans comme GreenPeace, les Amis de la Terre ou le Earth Day. Et ce n'est pas par hasard que la photo Whole Earth figure sur le drapeau du jour du Jour de la Terre. Ni que la NASA célèbre aujourd'hui le Earth Day (le site propose d'ailleurs les plus belles photos de la Terre prises de l'Espace).



Le Jour de la Terre doit donc à Socrate, Fred Hoyle, Buckminster Fuller et Stewart Brand. Rendons leur également hommage aujourd'hui.


Je vous conseille ardemment de vous intéresser à Stewart Brand. En 1968 il a fondé le "Whole Earth Catalog", catalogue d'achats par correspondance spécialisé dans la diffusion d'outils pour la compréhension des systèmes, la survie, les communications, l'artisanat, la vie en communauté, l'éducation. Ce catalogue (dont on peut trouver d'occasion d'anciennes éditions sur le net) a révolutionné les mentalités. 


Brand a ensuite fondé la revue CoEvolution Quarterly qui a publié notamment l'article séminal de James Lovelock sur l'hypothèse Gaïa. En 1985 il a fondé The WELL, première communauté virtuelle moderne. Plus récemment, en 1996 il a créé la Long Now Foundation, dont le but est de créer une horloge capable de fonctionner 10 000 ans. Je reviendrai un jour sur ce projet fascinant. En attendant, n'hésitez pas à vous rendre sur le site de la Long Now Foundation pour suivre leurs conférences (les X Seminars) dont les thèmes sont plus passionnants les uns que les autres. Un livre retraçant la vie de Stewart Brand a été publié l'an dernier : From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network, And the Rise of Digital Utopianism.


mercredi 18 février 2009

La Genèse du Siècle bleu : Le portrait de Gaïa (4/7)

Voici le quatrième volet de la série "La Genèse du Siècle bleu" démarrée dimanche. Bonne lecture.

Le Portrait de Gaïa.

Apollo 8, entre la Terre et la Lune, 1968.

Depuis Magellan, beaucoup de choses se sont passées. L'Homme a découvert les lois de la gravitation, la théorie de l'évolution, la nature chaotique du psyché, le Big Bang et la structure en double hélice de l'ADN. Il a créé la machine à vapeur, le chemin de fer, le téléphone, les antibiotiques, l'avion, l'automobile, le plastique, les décharges publiques, le génocide au zyklon B, la bombe atomique, la déclaration des droits de l'Homme, le LSD, la télévision, les mégalopoles et le transistor. Mais il a surtout engagé l’exploration de l'Espace et il en a ramé quelque chose auquel il ne songeait pas du tout : le portrait de Gaïa.

Une des expériences les plus intenses offerte à l'Homme fut de pouvoir contempler la Terre depuis l'Espace. Les quelques centaines d'humains qui ont eu la chance de passer quelques jours en orbite autour de notre planète sont revenus bouleversés par ce spectacle. Ces astronautes étaient partis techniciens, pilotes, soldats, les voilà transformés à jamais en poètes. De là-haut, ils ont vu ce qu'aucun autre n'avait vu et compris le message que toutes les religions et traditions humaines s’étaient évertuées à faire comprendre. Et ce, quel que soit leur pays d’origine.


Je crois que même les plus savants des philosophes de la Renaissance et les plus audacieux esprits du passé n'auraient jamais pu estimer la taille réelle de notre planète. Longtemps, elle avait paru immense, presque infinie. C'est seulement à partir du milieu de notre siècle que l'homme, s'étant rendu dans l'espace au-dessus de la Terre, a pu se rendre compte avec surprise et incrédulité combien la Terre est en fait petite. D'aucuns ont vu en elle une île flottant dans l'infini de la création ; d'autres l'ont comparée à un vaisseau spatial peuplé d'un équipage de plus de six milliards d'hommes.

Pavel Popovitch. Ex-Union Soviétique.


J’aurais souhaité, après mon retour, que les gens me demandent comment c’était là-haut, comment je m’étais associé) cette noire brillance du monde et quelle impression cela m’avait fait d’être comme une étoile tournant tout autour de la Terre.

Reinhard Furrer – République Fédérale d’Allemagne


Je voyais la Terre depuis l’espace, si belle depuis qu’avaient disparu les cicatrices des frontières nationales.

Mohammed Ahmed Faris – Syrie.


Une petite orange bleue, tiède, vivante, fragile et seule dans l'immensité lugubre du cosmos, telle est notre demeure. Elle est un Tout dont chacune des parties est interconnectée. Chaque espèce animale et végétale, chaque bactérie, chaque minéral, chaque cellule. De là-haut, pas de frontières, pas de cicatrices balafrant son visage, juste sa beauté majestueuse que nous devons préserver à tout prix.


Quand en 1968, au retour de la mission Apollo 8, les astronautes dévoilent au public le premier cliché de Gaïa pris depuis l’espace, les hommes s'arrêtent enfin, la regardent et l’admirent. La course folle de la guerre froide apportait un miroir à Gaïa, qui put enfin se contempler à travers le regard des Hommes. Une révélation qui arrivait au moment même où l’humanité commençait à se sentir menacée. Cette photo fera le tour de la Terre et, contrairement aux exploits d’Erastothène ou de Magellan, cette fois-ci le symbole était compréhensible par tous. Le premier Earth Day suivit très rapidement en 1970, l'hypothèse Gaia fut émise par James Lovelock et les courants écologiques démarrèrent dans le monde entier pour tâcher de rétablir le contrat rompu entre l'Homme et la Nature. L'Homme venait de découvrir qu'il était l'intendant d'une petite planète et qu'il allait devoir agir en conséquence s'il voulait que la Terre reste humaine.

Ce portrait de Gaïa, il ne nous lâchera pas.