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lundi 8 février 2010

Regarder la navette et rêver

La navette spatiale américaine Endeavour s'est élancée tout à l'heure de Cap Canaveral vers la Station spatiale internationale. Si vous n'avez jamais regardé un décollage de la navette, je vous recommande de regarder celui-ci, de nuit c'est vraiment extraordinaire.
Comme je vous le disais dans un précédent post, profitez bien de ces images car il ne reste plus que 4 lancements de navette cette année (mars, mai, juillet et septembre), après elle partira en retraite pour toujours, et grâce à l'administration Obama elle n'aura pas de successeur avant bien longtemps.
Si j'avais le courage, il faudrait que je fasse le voyage en Floride pour regarder un de ces lancements... Mais j'ai toujours peur des aléas météos qui retardent les vols parfois de plusieurs semaines. Pas facile de s'organiser. Après ces 4 vols il ne nous restera plus qu'à regarder les décollages des Soyouz russes et comme vous le verrez ci-dessous, c'est beaucoup moins impressionnant (la charge utile est beaucoup plus petite, juste une simple capsule, impossible donc d'acheminer des grosses pièces pour la Station spatiale).
J'ai toujours été fasciné par les décollages des fusées. Je trouve cela d'une grande poésie. Pas vous ?

samedi 6 février 2010

L'arrêt du programme Constellation : One Giant Stop for Mankind !


Je profite d’une pause entre deux biberons (je suis papa depuis deux semaines d’une petite Lucie !) pour mettre à jour ce blog. Avec la sortie imminente du roman et mes activités professionnelles diurnes, cela ne laisse plus beaucoup de temps...


Je le redoutais depuis un bon moment, mais Barack Obama l’a finalement fait : il a annulé le programme Constellation. Ce programme de la NASA lancé par W. Bush en 2004 avait pour objectif de renvoyer des Américains sur la Lune, d’y installer une base permanente et de partir ensuite à la conquête de Mars et du reste du système solaire. Avant même son élection, Obama avait indiqué que ce programme lui déplaisait car il manquait d’ambition et de nouveauté, et qu'il affecterait ses crédits à l'éducation (cf. post Constellation : Obama versus McCain). Compte tenu de l’enjeu économique pour le Texas et la Floride, Obama a bien compris qu’il devrait mettre un peu d’eau dans son vin mais au fond de lui-même il détestait ce programme qui portait la patte de son ignoble prédécesseur (ce que l'on peut comprendre). Une fois au pouvoir il a donc tout fait pour laisser mourir Constellation. Il a révoqué l’ancien administrateur de la NASA Michael Griffin (le père de Constellation et son plus fervent supporter) et a laissé le poste vacant pendant 5 mois, avant d’élire l’astronaute Charles Bolden. En parallèle, il a nommé une commission (la commission Augustine) chargée d’évaluer le programme spatial américain et celle-ci a mis plus d’un an avant de rendre ses conclusions le 22 octobre dernier, beaucoup plus tard que prévu. Les conclusions étaient très sévères sur Constellation, mais elles furent critiquées par de nombreux experts techniques et politiques.


Pendant ce temps, le programme Constellation qui souffrait déjà de fortes coupes budgétaires sous Bush a été asphyxié. Obama n’a RIEN fait pour lui donner une chance ni pour essayer d’y intéresser le peuple américain. Il aurait été possible de scénariser ce retour sur la Lune et d'en faire une grande épopée médiatique. Lors des festivités du 21 juillet 2009 pour les 40 ans d’Apollo XI, Constellation a été le grand absent et Obama s’est gardé d’y faire la moindre déclaration. Constellation était dans sa tête déjà mort.


Obama, sous prétexte d’économies budgétaires mais surtout pour des arguments de communication en période pré-électorales a sacrifié Constellation. Car en annulant ce programme il n'économise "que 4 milliards" en 2011 alors que le Pentagone a un budget quasi intact de 750 milliards de dollars. Le lobby militaro-industriel avait donc bien compris qu'il fallait mieux laisser crever Constellation qui voilerait à lui seul l'inanité du budget militaire. Ils ne sont pas trompés car la plupart des commentateurs ont interprété ça comme un geste très fort d'Obama alors que ce n'est qu'une goutte d'eau dans l'abysse du déficit budgétaire 2011 (plus de 1300 milliards de dollars de "trou").


A la place de Constellation, Obama et la NASA nous proposent un « 21st Century Space Program » plus "adapté" et plus "punchy". Obama et Augustine reprochaient à Constellation de n’être pas assez original par Apollo (rappelons quand même que Constellation n'était pas sensé s'arrêter à la Lune mais devait aller beaucoup plus loin), en remplacement ils ne proposent rien de neuf. Pour l’instant il s’agit de prolonger la station spatiale internationale jusqu’en 2020, de faire appel à des sociétés privées pour développer de nouveaux moyens d'envoyer des astronautes dans l'Espace et de développer les missions robotisées pour l’exploration du système solaire. Pour de nombreux experts, cette décision met fin (temporairement) au programme d’exploration humaine de l’espace par les Américains. Obama, en tant que prix Nobel de la Paix, aurait dû imaginer en remplacement un programme international porteur de paix et d'espoir. Il ne l'a pas fait. Lorsque je vivais à Chicago de 1997 à 2000, j'avais remarqué cet homme charismatique qui régnait depuis 1996 sur le SouthSide de Chicago. A l'époque, de nombreux commentateurs le décrivaient déjà comme un homme politique majeur capable de prendre la Maison Blanche. Tout cela me paraissait déjà à l'époque très "fabriqué" (c'est vrai qu'il avait la "gueule" de l'emploi), aujourd'hui j'en suis persuadé.


Cette décision d'Obama est tellement absurde que l’on peut espérer que le prochain président rétablira cet élan, si ancré dans les gènes cosmiques de l'humanité, car il n’aura pas d’autre choix. En effet, les Américains vont découvrir avec stupeur dans quelques mois qu’il ne leur reste plus que quatre vols de la navette après celui qui part dans les prochains jours (pour l’instant prévus le 18 mars 2010, le 14 mai 2010, le 29 juillet 2010 et le 16 septembre 2010). Après cela ce sera FINI. Après trente ans de bons et loyaux services (je me rappelle encore de cette nuit d'avril 1981 ou de cet homme volant qui avait ouvert la cérémonie des JO de Los Angeles de 1984), la navette spatiale ne volera plus. Cette navette qui fait partie de l'inconscient collectif (et à laquelle plus personne ne prêtait d'attention depuis longtemps) laissera un grand vide mental. Et surtout les Américains n’auront plus aucun moyen d’envoyer des astronautes par eux-mêmes dans l’espace. Ils devront s’appuyer sur les Russes ou même pire… les Chinois ! A moins que les Européens profitent de la situation pour modifier l'ATV et le lanceur Ariane pour remplir cette mission. Malheureusement, à part dans le cercle très fermé des passionnés d’espace, tout le monde semble ignorer la fin de la navette spatiale. Sans compter que les Chinois ne vont pas arrêter leur programme lunaire pour autant et que les Américains ne supporteront pas de les voir voler seuls vers la Lune.



Or justement la capsule Orion du Programme Constellation devait prendre le relais dès cette année, mais les coupes budgétaires sous Bush (motivées par les budgets exorbitants du Pentagone) ont retardé le programme qui aurait pu être opérationnel dans quelques années. Aujourd’hui il n’y a donc plus aucune date officielle possible car il faudra que des sociétés commerciales (comme Blue Origin de Jeff Bezos le PDG d’Amazon ou SpaceX d’Elon Musk le fondateur de Paypal) développe ces technologies et cela sera long et probablement aussi coûteux. Je suis 100% pour le développement du space entrepreneurship, mais il faut que celui-ci s’inscrive dans une vision et non pas dans ce qui ressemble à un caprice anti-Bush.


Donc personnellement je ne dis pas adieu à Constellation, car ce n’est peut-être qu’un au revoir (peut-être même que le Congrès refusera de voter l'abandon de Constellation). Je vous quitte avec une magnifique vidéo réalisée par les employés de la NASA qui se sont acharnés ces 6 dernières années à donner vie à ce projet malgré l'indifférence générale.


lundi 11 mai 2009

Risky business


Le métier d’astronaute présente de hauts risques comme nous le rappelle la mission STS 125 dont le décollage est prévu lundi 11 mai 2009. L’objectif de cette mission de la navette Atlantis sera d’aller assurer une nouvelle fois la maintenance du télescope spatial Hubble. Au cours de cinq sorties extravéhiculaires les astronautes installeront de nouveaux instruments, répareront deux équipements existants et remplaceront les gyroscopes et les batteries. A l’issue de la mission, le télescope sera doté de nouvelles fonctions et d’une capacité d’exploration encore enrichie. Le télescope verra également sa durée de vie prolongée jusqu’en 2013. Lancé par la navette en 1990, ce télescope, qui est l’un des plus extraordinaires appareils scientifiques jamais conçu, a permis de nombreuses découvertes autour de l’âge de l’univers, la présence de trous noirs au centre des galaxies ou bien l’existence de planètes autour d’autres étoiles. Hubble nous a aussi ramené d’extraordinaires photographies qui nous ont révélé l’extraordinaire diversité du bestiaire stellaire : comètes, pulsars, supernovæ, galaxies, quasars, trous noirs, hypernovæ, météorites, nuages d’hydrogène, nébuleuses, planètes, amas globulaires, sursauts gamma, magnétars, naines blanches, astéroïdes, blazars... comme nous l’atteste le patchwork suivant (vous trouverez des milliers d’autres photos sur le site d’Hubble).


Cette mission avait été planifiée pour 2004 mais avait été abandonnée après l’accident de Columbia en janvier 2003. Puis finalement elle avait été maintenue grâce au courage de Michael Griffin, l’ancien administrateur de la NASA (qui n’a d’ailleurs toujours pas de remplaçant depuis l’élection d’Obama en janvier, ce qui est unique dans l’histoire de la NASA). STS 125 fait suite à une série de quatre missions d’entretien du télescope spatial en 1993, 1997, 1999 et 2002. A noter que l’astronaute français Jean-François Clervoy avait participé à la mission STS 103 de décembre 1999. 


Comme je vous le disais en introduction, cette mission est risquée car le télescope spatial se trouve à 559 kilomètres d’altitude, bien plus haut que la Station Spatiale Internationale (située à 347 kilomètres d’altitude). Si pendant la visite d’inspection du bouclier thermique (devenue systématique après la perte de Columbia lors de son retour dans l’atmosphère) des avaries étaient constatées, la procédure veut que normalement la navette se déplace jusqu’à la Station Spatiale Internationale et que les astronautes retournent sur Terre à l’aide du Soyouz toujours amarré à la Station ou bien attende tranquillement une autre navette. 


Si un problème était détecté sur le bouclier thermique d’Atlantis, ce ne sera pas possible de procéder ainsi et la NASA a imaginé une alternative qui ferait passer le sauvetage d’Apollo 13 pour un vulgaire exercice de routine. La NASA a en effet tenu une seconde navette (Endeavour – mission STS 400) prête à décoller sur le pas de tir voisin à Cap Kennedy comme le montre la très belle photo ci-dessous. 


L’équipage d’Endeavour s’est préparé comme pour une mission normale et lorsque Atlantis décollera, ils y en seront à J-7 dans leur compte à rebours. Si un problème se produit sur Atlantis, ils décolleront à sa rencontre et réaliseront l’une des plus extraordinaires manœuvres jamais réalisées dans l’espace : les deux navettes s’amarreront en mettant en commun leurs deux bras articulés et les 7 astronautes de STS 125 rejoindront Endeavour en effectuant des sorties extravéhiculaires. Après avoir récupéré l’équipage, la navette Atlantis sera dirigée vers l’atmosphère avec une trajectoire assurant sa destruction.


On souhaite très sincèrement pour les astronautes que ce scénario catastrophe ne se produise pas, mais si j’étais vous, je regarderai le décollage demain (en live sur NASA TV à 20:00 en France). D’autant plus que le programme de la navette doit s’arrêter en 2010 (ou 2011) et que plus aucune mission n’aura la même tension dramatique (toutes les dernières ayant pour destination la Station Spatiale Internationale).


En tout cas, un grand coup de chapeau aux astronautes qui vont prendre de tels risques pour la poursuite de l'aventure scientifique.

mercredi 22 avril 2009

Jour de la Terre


Aujourd'hui, 22 avril, nous célébrons le jour de la Terre (Earth Day en anglais). Google participe activement à cette fête et en fait la promotion chaque année via de magnifiques doodles (nom donné aux adaptations du logo de la société sur la page d'accueil). Voici celui de cette année.


Earth Day a démarré le 22 avril 1970 à l'initiative du sénateur Gaylord Nelson, sous une forme inspirée par les manifestations anti-Vietnam comme il l'explique dans cette interview. Dans son esprit, le Earth Day avait pour ambition de faire prendre conscience aux politiques et au public de la fragilité de notre planète et de la nécessité à la protéger. Même si aujourd'hui près de 500 millions de personnes dans 175 pays célèbrent la Terre à cette date, la prise de conscience globale et surtout le changement général des mentalités tardent à venir.


Le salut de cette Terre que nous honorons aujourd'hui viendra-t-il de l'Espace ? Le thème du pouvoir des photos de la Terre prise de l'Espace a été débattu dans un précédent post "Le Portrait de Gaïa" et est au coeur de mon projet de roman Le Siècle bleu. Ces photos de la Terre ne sont pas cependant uniquement le fruit du hasard.


Au Vème siècle avant J.-C., Socrate, toujours visionnaire, fut le premier à l'imaginer : L'homme doit s'élever au-dessus de la Terre-aux limites de l'atmosphère et au-delà- ainsi seulement pourra t-il comprendre tout à fait le monde dans lequel il vit


En 1948, l’astronome Sir Fred Hoyle (détracteur de la théorie du Big Bang à laquelle il donna malgré lui le nom, mais aussi initiateur de la théorie de la panspermie sur l'origine spatiale des formes de vie primordiales) déclara : Quand on pourra avoir une photographie de la Terre, prise de l’extérieur, quand le complet isolement de la Terre deviendra évident, une nouvelle idée, plus puissante qu’aucune autre au cours de l’histoire, sera libérée. 

Mais rien ne se produisit. Rien ne se serait peut-être produit si en février 1966, si l'Américain Stewart Brand, l'une des figures fortes de la contre-culture américaine, n'avait pas eu une vision en prenant du LSD à San Francisco. Perché sur le haut d'un toit, il admirait la succession de gratte-ciels de la ville. Les bâtiments ne lui parurent soudain plus parallèles mais au contraire se courber sur eux-mêmes. Brand eut la sensation profonde d'apercevoir la rotondité de la Terre et plus globalement d'observer la Terre de l'extérieur. Brand se rappela alors d'une conférence de l'architecte visionnaire Buckminster Fuller où celui-ci affirmait que l'Homme percevait la Terre comme plate et infinie, et que c'était la racine de son comportement inadapté. 

Après ce trip qui l'a marqué à vie, Brand s’est demandé pourquoi notre civilisation n’avait toujours pas pris une photo de la Terre tout entière. D’après lui, si nous avions une telle photo couleur, nous ne verrions plus la Terre de la même manière. 

Pour faire évoluer la situation et forcer la NASA à publier un tel cliché (il pensait que la NASA les retenait sciemment), il a imprimé des badges avec le slogan « Why Haven’t we Seen a Photograph of The Whole Earth Yet ?" qu'il vendit sur les campus de Stanford et Berkeley. Il en fit parvenir également aux membres du Congrès, aux ingénieurs de la NASA et aux scientifiques russes, ainsi qu’à Marshall Mc Luhan (sociologue canadien, spécialiste des médias de masse) et aussi Buckminster Fuller. Buckminster Fuller lui répondit humoristiquement qu’il pourrait au mieux en photographier une moitié !

Deux ans plus tard, les efforts de Stewart Brand payèrent : en 1968 les astronautes de la mission Apollo 8 ramenèrent la photo dite EarthRise. 


Mais ce n'est qu'en 1972 qu'Apollo 17 exhaussa son rêve et ramena un cliché de la Terre Pleine baptisé forcément Whole EarthStewart Brand n'est probablement pas directement responsable de la publication de ces photos, mais en tout cas il a largement contribué à les populariser.


Comme expliqué à de nombreuses reprises sur ce blog, ces deux photos ont fait le tour du monde et ont joué un rôle capital dans l'éveil planétaire et l'émergence des mouvements écologistes il y a 40 ans comme GreenPeace, les Amis de la Terre ou le Earth Day. Et ce n'est pas par hasard que la photo Whole Earth figure sur le drapeau du jour du Jour de la Terre. Ni que la NASA célèbre aujourd'hui le Earth Day (le site propose d'ailleurs les plus belles photos de la Terre prises de l'Espace).



Le Jour de la Terre doit donc à Socrate, Fred Hoyle, Buckminster Fuller et Stewart Brand. Rendons leur également hommage aujourd'hui.


Je vous conseille ardemment de vous intéresser à Stewart Brand. En 1968 il a fondé le "Whole Earth Catalog", catalogue d'achats par correspondance spécialisé dans la diffusion d'outils pour la compréhension des systèmes, la survie, les communications, l'artisanat, la vie en communauté, l'éducation. Ce catalogue (dont on peut trouver d'occasion d'anciennes éditions sur le net) a révolutionné les mentalités. 


Brand a ensuite fondé la revue CoEvolution Quarterly qui a publié notamment l'article séminal de James Lovelock sur l'hypothèse Gaïa. En 1985 il a fondé The WELL, première communauté virtuelle moderne. Plus récemment, en 1996 il a créé la Long Now Foundation, dont le but est de créer une horloge capable de fonctionner 10 000 ans. Je reviendrai un jour sur ce projet fascinant. En attendant, n'hésitez pas à vous rendre sur le site de la Long Now Foundation pour suivre leurs conférences (les X Seminars) dont les thèmes sont plus passionnants les uns que les autres. Un livre retraçant la vie de Stewart Brand a été publié l'an dernier : From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network, And the Rise of Digital Utopianism.


jeudi 29 janvier 2009

Michael Crichton, CO2 et LHC


Le 23 février prochain, la NASA lancera son premier satellite d'observation destiné à mesurer le CO2 à la surface de la Terre. Le Orbiting Carbon Observatory (OCO) permettra enfin d'identifier où sont les principales sources de CO2, mais surtout les principaux "puits". Aujourd'hui, ce qui est clair c'est que la concentration de CO2 dans l'atmosphère est passée de 280 ppm avant l'ère industrielle à 335 ppm, et que sur la quantité émise, 40% seulement se trouve dans l'atmosphère. Sur les 60% restants, la moitié devrait se trouver dans les océans (participant malheureusement à l'acidification des océans et au processus dramatique de blanchiment des coraux dont nous reparlerons sur ce blog) mais la localisation des autres 30% séquestrés reste mal connue. 
Il ne peut pas y avoir de politique efficace de lutte contre le réchauffement climatique tant que l'on ne saura pas précisément quels écosystèmes jouent un rôle positif ou négatif, et dans quelle proportion. Le rôle précis des forêts, des toundras, des océans, des terres agricoles ou des récifs coralliens dans la chaîne du carbone seront certainement mieux compris très bientôt grâce à OCO.
Comme Al Gore et comme tout le monde, je suis un fervent partisan des réductions d'émissions de CO2 (ça a même été mon travail pendant un moment). Mais compte tenu des montants en jeu, il ne faut pas faire n'importe quoi et ne pas investir dans des économies inutiles et sans effets pour la planète. Pour cela, le réchauffement climatique doit rester un sujet "scientifique", dont on doit pouvoir débattre ouvertement et sans tabou. Et notamment du lien très complexe entre taux de CO2 et réchauffement. Aujourd'hui, il est très dur d'émettre des réserves sur le processus de réchauffement (même les plus infimes recommandations de bon sens) sans être taxé d'"agents" des multinationales pétrolières (et c'est vrai que ces agents désinformateurs existent), alors qu'il s'agit d'un des phénomènes physiques les plus complexes. Il faut absolument qu'un débat sain et serein puisse continuer à avoir lieu pour choisir la politique la plus efficace. Dans tous les domaines, c'est le cas, alors pourquoi pas dans l'environnement ? 

C'était le sens de la mise en garde de Michael Crichton dans son roman Etat d'Urgence (paru en 2004 aux Etats-Unis) qui a défrayé la chronique. En effet, les propos de l'auteur ont été mal compris et on lui a tout de suite reproché d'être à la solde d'Exxon. Michael Crichton, dans un roman certes provocant mais qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre, indiquait seulement qu'il fallait que l'environnement puisse rester un sujet scientifique avec des controverses et non un amas de compromis scellés pour l'éternité. Depuis Popper, on sait que ce qui caractérise la Science, c'est sa Falsifiabilité, donc la possibilité de pouvoir essayer de démontrer l'inexactitude de ses affirmations. Relisez Crichton et surtout son message aux lecteurs à la fin dans lequel il s'explique. Crichton était un environnementaliste convaincu, mais scientifique dans l'âme et donc il ne pouvait pas supporter l'attitude fanatique de certains et les dérives qui en découlent. Même s'il a tort dans certains faits qu'il a énoncés, on ne peut pas lui reprocher de lutter contre le fanatisme. Crichton aurait donc été ravi de l'envoi de la nouvelle mission de la NASA qui participe à une meilleure connaissance des processus de la chaîne du CO2, et donc à une amélioration du débat scientifique. 
Je dis bien "aurait été" car Michael Crichton nous a quitté le 4 novembre 2008, emporté par un cancer, la veille de la victoire d'Obama... A l'âge de 66 ans, il laisse une oeuvre gigantesque. Evidemment Jurassic Park, mais aussi la série Urgences (bon d'accord cette série n'aura pas fait avancer l'Humanité). Ces 3 derniers livres étaient bien au-dessus des autres :
  • Prey (La proie) en 2002 qui mettait en scène les dérives liées à l'utilisation combinée  des nanotechnologies, de la robotique et de l'intelligence artificielle. Ce livre était une extrapolation de l'article extraordinaire "Why the future doesn't need us" de Bill Joy (directeur scientifique de Sun Microsystems et proche d'Obama) paru dans Wired en avril 2000, dont je recommande la lecture à tout le monde. On en reparlera aussi sur ce blog.
  • State of Fear (Etat d'Urgence) en 2004, dont nous avons parlé plus haut, qui dénonce le totalitarisme écologique. C'est un livre qui fait réfléchir, à prendre avec des pincettes. Malheureusement la qualité de l'intrigue laisse à désirer et en fait finalement un médiocre éco-thriller. Son livre le plus polémique, mais pas le meilleur.
  • NEXT en 2006, un roman vraiment renversant qui nous alerte sur le danger inouï des brevets sur les gènes et de leur commerce. Tous les faits sont tirés d'histoires vraies, qui se déroulent aujourd'hui et on l'ignore presque complètement (au moins en France). Un monument de mise en garde.
Pendant 40 ans et jusqu'au bout, ce chirurgien diplômé de Harvard a écrit. Il était déjà très riche (150 millions de livres vendus et des dizaines d'adaptations cinématographiques) et il écrivait uniquement pour son plaisir et celui de ses lecteurs (ce qui est une preuve de plus que State of Fear n'a pas été écrit pour Exxon dont il n'avait rien à faire). Il était le précurseur d'un genre qualifié d'edu-tainment (education + enternainment) et il nous manquera beaucoup. La qualité de son anticipation était rare, et malheureusement il y a peu d'autres auteurs du même niveau dans ce genre. Il a passé son temps à nous alerter sur les dangers de la technologie et sur les solutions à mettre en oeuvre pour les éviter. C'était un scientifique éclairé.
Pour ceux qui aimaient Michael Crichton, sachez qu'il avait presque terminé un nouveau livre qui devrait sortir à titre posthume en mai 2009 aux Etats-Unis. Le titre sera probablement "Final day of happiness". Il y raconte l'histoire d'un groupe de scientifiques qui conçoit un nouvel accélérateur de particules, surpuissant. L'accélérateur s'emballe et produit alors un trou noir artificiel qui menace l'Humanité. On pourrait se croire dans une mauvaise série Z, mais c'est exactement ce que certaines voix redoutaient lors de la mise en service du plus grand accélérateur de tous les temps, le Large Hadron Collider du CERN (Crichton était toujours extrêmement bien documenté) en septembre dernier. Il ne s'est heureusement rien passé de tel, mais la raison principale est que le LHC a été endommagé après seulement quelques jours de tests à faible charge... (la presse a peu parlé de ces problèmes). Le LHC doit redémarrer à l'été 2009 et un article ("Probing the improbable") publié la semaine dernière par l'Institut sur le Futur de l'Humanité de l'Université d'Oxford revient sur les risques, maigres mais théoriquement significatifs, d'un tel événement...
En tout cas, une grande révérence pour Michael Crichton, génie de l'anticipation. En espérant tout de même qu'aucune de ses dernières prophéties ne se réalisent... Bon voyage stellaire Michael !
PS : si certains veulent échanger sur Etat d'Urgence, j'y suis tout à fait disposé, mais à la condition que vous ayez lu le livre (et non pas ce que l'on en dit sur Internet) !

dimanche 3 août 2008

Constellation : Obama vs McCain

   
A l'approche des élections, la tension monte entre Obama et McCain sur de nombreux sujets. Ces derniers jours c'est sur un thème peu courant dans cette campagne électorale marquée par les débats sur la hausse des prix du pétrole et la situation en Irak : l'avenir du programme spatial américain et en particulier celui du programme Constellation initié par Georges W. Bush et dont nous vous avons parlé dans un récent post.
Obama avait annoncé il y a quelques mois qu'en cas de victoire, il décalerait le programme Constellation de 5 ans et qu'il financerait ainsi un programme scolaire ambitieux avec les milliards économisés. 
McCain avait été assez réservé jusqu'à présent sur l'avenir du programme Constellation mais il est revenu à la charge à l'occasion du 50ème anniversaire de la NASA. Le 29 juillet, il a indiqué dans un communiqué qu'il donnerait tous les crédits nécessaires (230 milliards sur 20 ans) à ce programme fondamental pour une nation qui avait envoyé des hommes sur la Lune (McCain est cependant très discret sur l'origine de ces fonds). Alors que la NASA s'apprête à suspendre les missions de la navette (en 2010), McCain veut pousser le développement du nouveau vaisseau Orion (qui fait partie du programme Constellation), pour que les astronautes américains ne dépendent pas des Chinois ou des Russes pour accéder à l'Espace.
Le même jour, dans un autre communiqué, Obama a souligné que la NASA avait besoin d'une nouvelle vision, d'un nouvel élan, nécessaires pour continuer à faire rêver les Américain. Le 2 août, devant les électeurs de Floride Obama a encore affiné sa vision du futur de la NASA, la vidéo est disponible ci-dessous.

Obama n'évoque pas explicitement le programme Constellation (dont il changera de toute façon le nom pour ne pas laisser à Bush un héritage aussi important) mais il indique qu'il poursuivra le développement du successeur de la navette spatiale et qu'il poursuivra l'exploration du système solaire par des robots et des humains. Il conclue en indiquant qu'il reformera le National Space Council pour forger une nouvelle vision.
Les deux candidats ont donc marqué leur volonté de poursuivre d'une façon ou d'une autre le programme Constellation. Comme indiqué en commentaire de mon post sur le programme Constellation, compte tenu de la poursuite inéluctable du programme lunaire chinois, ils n'auront de toute façon pas d'autres choix possibles.

dimanche 29 juin 2008

Constellation : retour vers la Lune

Le 14 janvier 2004, le président Georges W. Bush exposait devant les employés du siège de la NASA la nouvelle vision de l'exploration spatiale des Etats-Unis, probablement sa seule intervention mémorable en 8 ans de mandat. Un an après l'accident de la navette Columbia, les Etats-Unis y insistaient sur la nécessité de faire rêver la NASA et les Américains avec un grand projet que le programme de la navette n'incarnait plus. Et le programme inspiré par Bush, maintenant baptisé Constellation, ne manque pas d'ambition. Il s'agit d'établir une base humaine pérenne sur la Lune avant le grand saut vers Mars, puis vers le reste du système solaire (Moon, Mars and Beyond).
Comme dans toute aventure humaine, la ferveur est nécessaire pour maintenir les employés de la NASA au plus haut niveau de motivation et d'exigence.  Par son ampleur, ce programme dépasse largement l'effort d'Apollo. Même si on en entend peu parler en France, la NASA a réagi à une vitesse incroyable et le programme est déjà bien amorcé : les grandes orientations techniques sont arrêtées (ci-dessous une simulation en images de synthèse du voyage vers la Lune prévue d'ici la fin de la décennie) et des fournisseurs ont reçu les premières commandes. 
Le programme inspiré par Bush insiste sur l'importance de l'exploration du système solaire par des humains. On peut se demander quel est l'intérêt de dépenser des centaines de milliards de dollars pour concevoir des missions humaines complexes alors que le succès (et le coût) des missions robotisées et l'accident de Columbia auraient du pousser à faire l'inverse. 
La réponse est à la fois biologique, scientifique, économique, géopolitique et philosophique.
  • Biologique: l'exploration est dans les gènes de l'homme (Bush le rappelle dans ce discours en se référant à l'histoire de Lewis et Clark partis à la découverte du grand Ouest) et son avenir est dans les étoiles. 
  • Scientifique: aucun robot ne pourra ramener autant d'information qu'un humain si il s'agit d'établir par la suite une base humaine. 
  • Economique: la Lune possède de vastes champs d'hélium-3 (extrêmement rare sur Terre) et qui pourront servir à faire fonctionner les futurs réacteurs à fusion nucléaire.
  • Géopolitique: la Chine a également annoncé un ambitieux programme lunaire et les Etats-Unis ne peuvent pas laisser aux Chinois une aussi belle vitrine.
  • Philosophique: la vision de la Terre qui est offerte aux astronautes en orbite et plus loin, a le pouvoir de changer le monde. 
Nous développerons dans ce blog ces différents sujets.